Guantánamo doit être fermé

Le 11 janvier 2020 marque le triste anniversaire de Guantanamo. Cette prison, symbole de l’arbitraire et des graves violations commises à grande échelle par les États-Unis, devrait déjà faire partie de l’histoire américaine. Pourtant, dix-huit ans après son ouverture, 40 hommes sont encore détenus dans le camp, la plupart ayant été torturés.

Par Geneviève Garrigos, responsable Amériques à Amnesty International France

 

Le 11 janvier 2002, les premiers prisonniers de la « guerre contre le terrorisme » arrivaient sur la base navale américaine de Guantánamo à Cuba. Dix-huit ans plus tard, cette prison, symbole de l’arbitraire et des graves violations commises à grande échelle par les États-Unis, devrait déjà faire partie de l’histoire américaine. Les détenus déclarés « transférables » auraient dû être libérés et les inculpés auraient dû être jugés devant une cour civile.

Selon les autorités américaines, 779 personnes ont été détenues à Guantánamo, dans la plupart des cas sans inculpation ni jugement. Depuis 2002, seulement huit d’entre elles ont été déclarées coupables dont sept par des commissions militaires et cinq après avoir plaidé coupable dans le cadre d’accords avec les autorités. Aujourd’hui, 40 hommes, tous musulmans, âgés de 37 à 71 ans, sont encore détenus dans le camp, la plupart ayant été torturés.

Les détenus de Guantánamo vieillissent et connaissent des problèmes de santé considérables. Ces hommes subissent les conséquences physiques et psychologiques de la détention illimitée et pour certains des tortures subies de la part d'agents du gouvernement américain. La base militaire se transforme en un centre de soins de santé, un casse-tête très couteux pour l’administration, une approche cruelle pour les personnes dont certaines, actuellement cinq, sont autorisées à être transférées depuis des années, mais y demeurent incarcérées malgré les procédures et les recours engagés par leurs avocats.

Toffiq al Bihani, est l’un d’eux. Citoyen yéménite, Toffiq al Bihani est né au Yémen et a grandi en Arabie saoudite. Arrêté en Afghanistan, il a été torturé par la CIA avant d’être envoyé à Guantánamo en 2003. Le 22 janvier 2010, les autorités américaines ont conclu qu’il pouvait être envoyé au Yémen si la situation sécuritaire s’améliorait sur place, ou sinon dans un pays tiers. L’Arabie saoudite, où vivent 11 de ses frères et sœurs, a accepté de l’accueillir. Pourtant, dix ans après l’approbation de son transfert, il demeure emprisonné sans inculpation ni procès. Ses avocats continuent de se battre pour faire reconnaître ses droits et permettre, enfin, son transfert.

D’autres détenus, s’ils ont été inculpés, sont toujours en attente de leur procès par une commission militaire. Des commissions qui ne respectent pas le droit international, ne garantissent pas les droits des détenus à un procès équitable et qui, depuis leur mise en place, sont décriées par toutes les organisations de défense des droits humains et les avocats des prévenus.

Ammar al-Baluchi a été enlevé en 2003 au Pakistan. Il a d’abord été maintenu en détention dans des centres secrets de la CIA jusqu’à son transfert en septembre 2006 à Guantánamo. Accusé d’avoir participé à la préparation des attaques du 11 septembre 2001, notamment en ayant procédé à des transferts d'argent, Il fait partie des 6 hommes qui encourent actuellement la peine de mort. Au cours de ses 17 ans de captivité, Ammar al-Baluchi a été victime de disparition forcée, de torture, de traitements inhumains et dégradants. Emprisonné dans des centres secrets de détention, des « sites noirs», il a notamment subi de multiples séances de « waterboarding » (simulation de noyade), de « walling » (technique consistant à pousser violemment un détenu contre un mur après avoir été attaché par le cou), et détenu à l’isolement. Depuis plus de 10 ans, Ammar al Baluchi attend son procès devant une commission militaire. Pour ses avocats, même si la date de 2021 a été avancée, il est peu probable que le procès ait lieu, surtout si le gouvernement continue de bloquer leur accès aux preuves de torture de leur client par la CIA.

En 2008, à l’occasion de sa campagne électorale, Barak Obama s’était engagé à fermer la base. Ce fut d’ailleurs son premier décret en tant que Président. Mais les obstacles à la concrétisation de cette promesse ont été trop nombreux et à l’investiture de Donald Trump, le camp était encore ouvert. Le nouveau président a pris le contrepied de son prédécesseur, signant un décret pour assurer le maintien du centre pendant encore au moins 25 ans pour pouvoir y transférer de nouveaux prisonniers en provenance de Syrie ou d’Afghanistan.

Dix-huit ans après son ouverture, le camp de Guantánamo continue de fonctionner dans la plus grande indifférence, perpétrant en toute impunité des violations graves des droits humains commises au nom de la « guerre contre le terrorisme ». Il doit être fermer sans attendre.

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.