Peine de mort : juste une question de temps ?

A l'occasion de la journée internationale contre la peine de mort, Jean Stern, rédacteur en chef de la Chronique, revient sur les 40 ans de combat d'Amnesty International pour l’abolition totale de la peine de mort sur la planète. Alors que 57 pays maintiennent toujours ce châtiment, il faut veiller à ne pas relâcher Ia lutte jusqu’à son abolition universelle et irréversible.

Il y a quarante ans, en 1977, 16 pays avaient aboli la peine de mort pour tous les crimes. Aujourd’hui, ils sont 105, sur les 198 pays que compte les Nations unies. 7 pays l’ont abolie pour les crimes de droit commun, et 29 n’ont procédé à aucune exécution depuis au moins 10 ans et sont de fait considérés comme abolitionnistes. Ces beaux chiffres témoignent  d’un réel recul de cette pratique inhumaine et  on pourrait les mettre en tête de gondole, s’auto-congratuler et passer à autre chose en se disant que le combat est quasiment gagné. Mais ce n’est pas possible car on parle de la peine de mort « la plus brutale des imbécillités », me disait un avocat fameux, Paul Lombard. Et 57 pays maintiennent ce châtiment, tandis que quelques autres qui l’avaient aboli semblent y revenir, et pas en catimini. Prenez les Philippines et les exécutions extrajudiciaires de supposés trafiquants et consommateurs de drogue encouragées et soutenues par le président Duterte. Il souhaite désormais donner un cadre légal à cette macabre  campagne, en soumettant à son parlement le rétablissement de la peine capitale pour les infractions liées à la drogue. Un texte en ce sens a déjà été adopté à Manille par la chambre des Représentants en mars, un autre est à l’étude au Sénat.

Si la Chine, microscopique avancée, a réduit le nombre de crimes passibles de la peine de mort,  les exécutions y sont toujours tellement nombreuses que leur nombre tient du secret d’Etat et que Amnesty International se refuse à tenter la moindre statistique. L’Iran et l’Arabie saoudite, frères ennemis en diplomatie, sont copains-copains pour pendre et décapiter à tour de bras  des criminels réels ou supposés. Aux Etats-Unis, 22 personnes ont été exécutées en 2016 et 2832 condamnés sont détenus dans les couloirs glacés de la mort. Il y a des pas en avant dans certains Etats fédérés, des pas en arrière dans d’autres. Quand le Gouverneur du Missouri suspend une exécution, comme le 22 août dernier, celui de Floride nomme un Procureur favorable à la peine capitale. Mais ces quatre pays-là, souvent décriés sur ce sujet et à juste titre, ne sont pas isolés dans la blême géographie des potences et des chaises électriques. Le Vietnam est certes le « pays du sourire » mais c’est aussi celui qui a exécuté  429 personnes en trois ans. Bien plus qu’en Egypte, pays soumis à une féroce répression, où au moins 44 personnes ont été exécutées en 2016. Et pourtant nul ne parle du Vietnam et de la peine de mort, ou si peu…

Le combat pour l’abolition totale de la peine de mort sur la planète mobilise Amnesty International depuis 40 ans. Il ne faut pas relâcher la lutte jusqu’à son abolition universelle et irréversible. C’est une question de temps, mais aussi d’énergie et de courage. Ce courage dont l’avocat Robert Badinter, maître du verbe, dit qu’il compte parfois plus que les mots.

Jean Stern, rédacteur en chef de La Chronique

Dossier spécial sur les 40 ans de lutte contre la peine de mort sur Amnesty.fr

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.