Un monde bientôt délivré de la peine de mort

Cette année encore, le rapport d'Amnesty International sur la peine de mort prouve que le monde progresse inexorablement vers l’abolition universelle de la peine de mort. Les États qui continuent d’exécuter sont de plus en plus marginalisés.

Par Sarah Roussel, chargée de campagne à Amnesty International France

208935-death-penalty-2015-video-stills
Lentement mais sûrement, un consensus mondial est en train de se former pour la suppression du recours à la peine de mort. Alors qu’Amnesty International a publié ce 10 avril son rapport annuel sur la peine de mort dans le monde, le nombre d’exécutions recensées en 2018 a chuté de 31%. Un chiffre historique puisque c’est le plus faible jamais enregistré depuis dix ans, avec 690 exécutions dans 20 pays.

Un recul qui témoigne d’une tendance désormais mondiale. Le combat contre la peine de mort progresse, d’années en années.

Des reculs tangibles partout dans le monde
Cette chute du nombre d’exécutions est d’autant plus encourageante que, même les pays parmi les plus rétifs à l’abolition, ont cette année amorcé un changement dans leurs pratiques. En Iran – pays qui recourt très fortement à la peine de mort – le nombre d’exécutions a reculé de 50 %. Une baisse conséquente qui fait suite à une modification de la législation relative à la lutte contre les stupéfiants. L’Irak, le Pakistan et la Somalie, pays ayant eux aussi une « tradition » en matière d’exécutions, présentent également une baisse sensible du nombre d’exécutions. Et parce qu’ils interviennent dans des pays jusqu’alors restés plutôt sourds aux arguments contre la peine de mort, ces reculs inédits renforcent l’espoir du camp abolitionniste.

L’horizon d’un monde sans peine de mort devient de plus en plus proche.

Reculs historiques aux États-Unis
Autre avancée majeure de cette année, et pour la troisième année consécutive, les États-Unis ne figurent plus parmi les cinq pays du monde pratiquant le plus grand nombre d’exécutions.

Par ailleurs, vingt États, soit presque la moitié des États fédérés, ont désormais aboli la peine de mort dans leurs législations. En octobre 2018, la loi relative à la peine capitale dans l’État de Washington était déclarée inconstitutionnelle. Et en mars dernier, la Californie, dont les couloirs de la mort sont les plus peuplés aux États-Unis, suspendait ses exécutions. Fin 2018, sur les 2 654 personnes attendant leur exécution dans le pays, près de 739 se trouvaient en Californie. Si le « Golden State », avec ses 40 millions d’habitants, est l’État américain le plus peuplé, cela ne suffit pas à expliquer qu’on y trouve un quart des condamnés à mort. Il existe bien un attachement historique – et ambivalent – à la peine capitale. L’annonce courageuse d’un moratoire sur les exécutions par le gouverneur Gavin Newsom est donc une très belle victoire même si les réactions mitigées des californiens à son instauration laissent à penser que rien n’est encore gagné.

Une évolution inexorable vers l’abolition
Cette année encore, le rapport que nous venons de publier prouve que, le monde progresse inexorablement vers l’abolition universelle de la peine de mort. Les Etats qui continuent d’exécuter sont de plus en plus marginalisés. Seule une poignée de dirigeants continu de vouloir utiliser la peine capitale à titre de "solution expéditive" au lieu de régler les problèmes à la source par des politiques humaines et efficaces.
Mais si ce combat progresse chaque jour, il reste loin d’être terminé avec 19 000 personnes encore condamnés à mort à l’échelle mondiale.

Ce combat est historique pour Amnesty International qui se bat depuis plus de 40 ans pour que les exécutions cessent. Un combat de longue haleine qui a très régulièrement porté ses fruits. En 1977, 16 pays avaient aboli la peine de mort dans leur législation pour tous les crimes, et 55 étaient abolitionnistes en droits ou en pratique, contre 106 pays ayant aboli la peine de mort dans leur législation pour tous les crimes, et 142 abolitionnistes en droit ou en pratique fin 2018.

Un tiers reste à convaincre.

Pour en savoir plus
Vidéo Amnesty International France « Voir pour comprendre la peine de mort avec Nota Bene »

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.