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Billet de blog 23 janv. 2013

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Dangereux de rester, dangereux de partir – le sort des réfugiés à Yida

Alex Neve, secrétaire général d’Amnesty International Canada, et Khairunissa Dhala, spécialiste du Soudan du Sud au sein d’Amnesty International sont actuellement en mission au Sud Soudan. Ils racontent la situation du camp de réfugiés de Yida.

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Alex Neve, secrétaire général d’Amnesty International Canada, et Khairunissa Dhala, spécialiste du Soudan du Sud au sein d’Amnesty International sont actuellement en mission au Sud Soudan. Ils racontent la situation du camp de réfugiés de Yida.

Janvier 2013 – Cela fait neuf mois que nous avons visité le camp de réfugiés de Yida, au Soudan du Sud. De retour sur place aujourd’hui, nous sommes stupéfaits de tout ce qui a changé – nous constatons également avec une grande inquiétude ce qui n’a pas changé.

Depuis un an et demi, ce camp est la destination des réfugiés fuyant des violations massives des droits humains et une crise humanitaire dans l’État soudanais du Kordofan méridional.

Quand nous sommes venus en avril, il y avait un peu plus de 20 000 réfugiés à Yida mais des centaines d’autres arrivaient chaque jour.

Le camp compte maintenant quelque 60 000 réfugiés noubas originaires du Soudan. Le rythme des arrivées, qui avait fortement ralenti pendant la saison des pluies dans cette région, a repris de plus belle avec une moyenne d’environ 1 000 arrivées par semaine en janvier.

Et c’est là le principal changement : le camp s’est considérablement étendu – sa taille a presque triplé en huit mois.

Outre l’afflux massif, d’autres éléments le montrent. Le marché grouille de monde. Des habitations sont construites partout : on ne voit plus seulement les huttes en paille des nouveaux arrivants, mais également des maisons en briques plus solides et confortables. Et tout ce développement semble s’accompagner d’une ambiance bien plus calme dans le camp.

Cependant, il y a beaucoup de choses qui n’ont pas changé du tout, et c’est très préoccupant.

D’abord et avant tout, bien sûr, les violations des droits humains et du droit humanitaire se poursuivent de manière systématique de l’autre côté de la frontière.

Aujourd’hui nous avons interrogé plusieurs réfugiés qui sont arrivés à Yida au cours des dernières semaines. Tous ont fait un récit désespérément similaire à ce que nous avions entendu l’an dernier.

Les bombardements par les avions Antonov de l’armée de l’air soudanaise continuent. Les gens nous ont donné beaucoup de noms de proches et de voisins – parmi lesquels un bébé d’un an – qui ont été tués ou grièvement blessés sous les pluies de ces bombes non discriminantes par nature. Un homme nous a montré les cicatrices d’une récente blessure causée par des éclats d’obus.

En plus de cette terreur aérienne, tout le monde a évoqué les ravages de la famine au Kordofan méridional.

Les bombardements ont détruit des boutiques d’alimentation, ruiné des champs et rendu impossible toute nouvelle culture ou plantation. Comme en 2012, les gens se réfugient à Yida car ils sont terrifiés aussi bien par les bombes que par la famine.

L’autre élément qui n’a pas changé est la crainte des Nations unies que l’emplacement de Yida – près de la frontière entre le Soudan et le Soudan du Sud et au bord d’une route stratégique – ne soit trop dangereux. Le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) veut que les réfugiés s’éloignent de Yida. L’an dernier, il a tenté d’inciter les réfugiés à se rendre dans le camp de Nyeel, situé plus au sud à deux heures de route. Des tentes avaient été installées pour 9 000 personnes, mais finalement moins de 10 % de ce nombre ont fait le déplacement. Pour de multiples raisons, dont le fait que Nyeel était un endroit sujet aux inondations pendant la saison des pluies, les réfugiés de Yida n’ont pas bougé. Cette initiative a été abandonnée.

Des projets sont actuellement en cours pour déplacer les réfugiés dans un autre lieu – notamment l’ouverture en mars d’un nouveau camp qui, comme Yida, sera près de la frontière, mais pas à côté de la même route stratégique.

Cependant, ce nouvel emplacement est plus proche d’une zone contrôlée par l’armée soudanaise, et non par l’Armée populaire de libération du Soudan – Nord (APLS-Nord), groupe d’opposition qui contrôle les alentours de Yida.

De nombreux réfugiés que nous avons rencontrés ont donc à nouveau affirmé qu’ils ne partiraient pas. Ils se sentent bien installés à Yida et ont peur de la proximité du nouveau camp avec l’armée soudanaise. Comme nous a dit une femme, « pourquoi les réfugiés voudraient-ils se rapprocher de leur ennemi ? »

C’est une situation difficile que nous continuerons d’étudier dans les prochains jours. Plusieurs réfugiés nous ont indiqué qu’ils préféreraient retourner dans les monts Nouba que de rejoindre le nouveau camp. Ce n’est évidemment pas la solution.

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