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Billet de blog 23 févr. 2012

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Un demi-million d'Afghans fuyant les combats... laissés pour compte

Au moins 22 enfants sont morts de froid au mois de janvier dans les camps sordides de Kaboul, où leurs familles ont cherché refuge, fuyant l’escalade des combats en Afghanistan.

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Au moins 22 enfants sont morts de froid au mois de janvier dans les camps sordides de Kaboul, où leurs familles ont cherché refuge, fuyant l’escalade des combats en Afghanistan.

D’autres nourrissons ont connu le même sort tragique au cours des dernières semaines.

Penser que des enfants sont morts de froid a naturellement incitéde nombreuses personnes en Afghanistan et dans le monde à proposer leur aide.

La nourriture, l’eau, les couvertures et les médicaments qui sont aujourd’hui destinés aux familles déplacées sauveront des vies. Mais ces mesures provisoires ne sauraient se substituer à des stratégies efficaces et coordonnées du gouvernement en vue de faire face au problème des personnes déplacées.

Force est de constater que les autorités afghanes ont largement ignoré cette population déplacée, qui a atteint un demi-million de personnes au début de l’année.                                           

La stratégie nationale de développement évoque en termes vagues leur éventuel retour dans leurs villages, ignorant délibérément la réalité, à savoir que la plupart ne peuvent rentrer chez eux en sécurité, pas plus maintenant que dans un avenir proche.

Depuis quatre ans, nous avons régulièrement rendu visite aux communautés déplacées et rencontré des représentants du gouvernement. Nous avons bien souvent entendu les responsables parler avec dédain des familles déplacées qui avaient cherché refuge dans leur région.

Les personnes déplacées sont, de manière désobligeante, qualifiées de « migrants économiques », lors même que plus de 180 000 ont fui les combats pour la seule année 2011.

Le gouvernement provincial de Herat, autorité locale, a nié l’existence même des déplacements à l’intérieur du pays, comme si le fait de nier la situation pouvait porter une politique publique efficace.

La triste réalité est que le déplacement interne est une caractéristique de la vie en Afghanistan, et ce depuis des décennies.

Nombre de ces familles fuient vers Kaboul, Herat, Mazar-e-Charif et d’autres villes. Déracinées de leur foyer, séparées de leurs communautés et privées de leurs moyens de subsistance, elles plongent sans transition dans une économie monétaire qu’elles connaissent mal.

Le logement se fait rare à Kaboul et dans les villes afghanes. La plupart des familles déplacées n’ont pas les moyens de s’acquitter de loyers élevés.

Elles s’installent là où elles le peuvent, construisant souvent des abris rudimentaires sur des parcelles inutilisées. À Kaboul, quelque 35 000 personnes déplacées vivent dans les bidonvilles qui ont surgi au cours des dernières années.

Les conditions dans ces quartiers sont épouvantables. L’eau de pluie s’infiltre aisément dans les tentes de fortune installées par les familles. Lorsque nous nous y sommes rendus à la saison des pluies,le sol en terre battue de ces abris était détrempé.

Pire encore, les habitants des bâtiments alentour utilisent ces parcelles de terrain comme des décharges : les familles déplacées doivent se faire un chemin au milieu de tas de détritus pour atteindre leur abri. Dans un quartier de Herat où nous nous sommes rendus, les latrines de la mosquée voisine fuyaient sur le terrain où s’étaient installées des familles déplacées, cernées par un écoulement de boue et d’excréments humains.

Difficile de rester en bonne santé dans de telles conditions d’insalubrité. Le simple fait de se procurer assez d’eau pour boire, cuisiner et se laver est une lutte quotidienne.

Lorsque l’on est témoin d’une telle misère, il est tentant de réagir comme l’ont faitnombre de personnes et d’organisations ces dernières semaines, en offrant de l’argent et une aide immédiate.

Les dons privés aideront sans doute quelques familles chanceuses à passer l’hiver sans avoir à enterrer d’autres enfants. Mais cette aide ne fera guère plus pour remédier à cette misère implacable que la plupart des familles déplacées subissent.

En effet, enépousant la ligne officielle selon laquelle ces familles vont bientôt rentrer chez elles, les responsables du gouvernement découragent toute aide qui donnerait à penser que ces gens vont rester un certain temps.

Au lieu de creuser des puits, les organisations humanitaires doivent bien souvent amener des citernes d’eau aux communautés déplacées. Les écoles et les dispensaires publics sont fréquemment éloignés des bidonvilles où elles vivent.

Il faut tellement d’argent et de temps pour se rendre dans ces dispensaires, que pour beaucoup se faire soigner n’est tout simplement pas envisageable.

« Parfois, on n’y va pas, tout simplement, et on est malade plus longtemps », nous a confié une habitante du quartier pauvre de Kart-e-Parwan à Kaboul, ajoutant qu’ils ne pouvaient pas se payer les transports pour s’y rendre.

Une autre femme a expliqué que de nombreuses familles déplacées doivent faire face à des naissances : « Si une femme enceinte a des difficultés durant la nuit, nous espérons qu’elle va survivre jusqu’au matin ».

Fournir une aide destinée à réinstaller les familles déplacées dans un autre quartier permet d’apporter une solution plus viable et plus durable. Il faut reconnaître que le gouvernement national s’est doté d’un programme d’allocation de terrains qui va dans ce sens.

Malheureusement, certaines familles se sont vues proposer des terrains bien trop éloignés des emplois, des dispensaires et des écoles. Nous nous sommes rendus sur l’une de ces parcelles, qui n’avait même pas de source d’eau. Un homme dont la famille  s’est vue proposer un terrain à une heure et demie de route de Kaboul a confié : « Je n’ai pas les moyens de vivre là-bas. » En effet, les trajets pour se rendre sur son lieu de travail et en revenir lui coûteraient plus cher que ce qu’il gagne chaque jour.

En Afghanistan, le déplacement  interne est en grande partie dû à l’action humaine, résultant principalement du conflit. Il perdure en raison de l’inaction : parce que les décideurs politiques préfèrent l’ignorer ou, pis encore, s’orienter vers des solutions qui nient la réalité.

Pour une protection efficace, il faut admettre à tous les niveaux l’existence du déplacement interne et accepter que la plupart des familles déplacées ne pourront pas rentrer chez elles avant longtemps. Si les responsables locaux et nationaux ne reconnaissent pas cette situation afin d’y remédier, on continuera de pleurer la mort de nourrissons dans les plus grandes villes afghanes.

Horia Mosadiq est chercheuse sur l’Afghanistan à Amnesty International et Michael Bochenek est directeur du programme Droit et politique d’Amnesty International. Ils sont les auteurs du nouveau rapport de l’organisation intitulé Fleeing War, Finding Misery: The plight of the internally displaced in Afghanistan.

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