Jeunes et engagés pour que cessent les ventes d’armes illégales de la France

Alors que le Yémen entre dans une sixième année de conflit, les jeunes ambassadeurs de la Cellule armes d’Amnesty International France appellent le Président français à cesser tout transfert d’armes à la Coalition internationale engagée au Yémen. L’année 2019 a été la plus meurtrière depuis le début du conflit. Pourtant, les ventes d’armes françaises aux belligérants n’ont pas cessé, au contraire.

Alors que le Yémen entre dans une sixième année de conflit, nous, jeunes ambassadeurs de la Cellule armes d’Amnesty International France, appelons le Président de la République Emmanuel Macron à cesser tous les transferts d’armes françaises à la Coalition internationale engagée dans le conflit. Nous parlons ici plus particulièrement des transferts à destination de l’Arabie saoudite et des Émirats arabes unis. Nous refusons que des armes françaises menacent la population yéménite. Nous refusons également qu’elles soient vendues en notre nom et en celui des citoyennes et citoyens français.

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En autorisant des transferts d’armes vers l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, La France trahit ses engagements internationaux. En ratifiant le Traité sur le commerce des armes (TCA) en 2014, la France a en effet pris des engagements devant la communauté internationale et devant nous, citoyens français. Nous rappelons à ce jour ses engagements : notre pays ne doit pas fournir d’armes à des pays qui violent le droit international humanitaire.  La vie de milliers de civils en dépend.

L’année 2019 a été la plus meurtrière depuis le début du conflit au Yémen. Pourtant, les ventes d’armes de la France aux belligérants n’ont pas cessé, au contraire. Notre pays est le 3ème fournisseur en armement de l’Arabie saoudite et le 2ème fournisseur des Émirats arabes unis sur la période 2015 - 2019.

Un parallèle glaçant : le bilan en termes de victimes civiles est gravissime, mais ne semble recueillir que de l’indifférence. Les enfants comme le reste de la population civile sont dramatiquement touchés et leur avenir et celui du pays est compromis. Entre mars 2015 et septembre 2019, 1 997 enfants ont été tués dans le conflit au Yémen. Selon les Nations unies, 360 000 enfants souffrent de grave malnutrition, 2,5 millions auront des retards de croissance « irréversibles » et 2,5 millions sont déscolarisés avec la destruction d’une école sur cinq dans le pays. Par ailleurs, près de 3 000 enfants se retrouvent enrôlés dans le conflit. Le message envoyé est particulièrement ignoble : la vie des civils yéménites vaut moins que le commerce lucratif des armes.

Nous avons des preuves depuis le début du conflit en 2015 que des crimes de guerre ont été commis par les différents pays impliqués. Plusieurs ONG ont également rassemblé des preuves permettant de demander à la Cour pénale Internationale d’enquêter sur la responsabilité d’entreprises de l’armement, y compris françaises, et de hauts fonctionnaires de pays membres de l’Union européenne y compris français, dans ces crimes. Le Conseil des droits de l’Homme des Nations unies a quant à lui mis en cause, en septembre 2019, la responsabilité et donc la possible complicité de la France dans ces crimes de guerre. 

Il est donc urgent que le Président de la République entende notre message. La souveraineté de la France et son indépendance sont bien trop souvent mises en avant par les autorités pour motiver ses ventes d’armes. Autrement dit, celles-ci seraient nécessaires pour que la France puisse disposer de son armement en toute indépendance. Cela suffit ! La France ne peut plus justifier la mort de milliers d’enfants au nom de son autonomie stratégique et ne pas rendre de compte, au risque d’être accusée de complicité de crimes de guerre. Il est bien question ici de crimes de guerre, de crimes punissables par la Cour Pénale Internationale.

Nous, jeunes ambassadeurs de la cellule Armes d’Amnesty International France, sommes mobilisés depuis plusieurs mois pour alerter sur les exportations d’armes irresponsables. Nous étions notamment réunis le mois dernier à Cherbourg avec d’autres acteurs de la société civile pour tenter d’empêcher le Bahri Yanbu, navire saoudien suspecté de venir charger des armes françaises, d’accoster. Nous exhortons aujourd’hui le président de la République à prendre toutes les mesures nécessaires pour que cessent les transferts d’armes aux belligérants du conflit au Yémen. Il en va de la vie de milliers de civils.

 

Les Ambassadeurs de la Cellule Armes d'Amnesty International France : Innocent Azilan, Jérémy Bellec, Sheïma Ben Abbes, Lucille Besse, Thaïs Bourenane, Paola Bourgeois, Antoine Defruit, Arthur Delon, Safia Elkhatabi, Victoire Heymelot, Diane Hilgers, Gurvan Judas, Maëlle Labomme, Waline Ledru, Amélie Olivier, Léandre Oster, Armand Paquereau, Léo Tolub, Elsa Saez

 

 

 

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