Les Amérindiens, victimes oubliées de la crise vénézuélienne

Le 22 février 2019, Zoraida Rodríguez est tuée par les forces de l’ordre vénézuéliennes à Kumarakapay, un des derniers villages vénézuéliens avant la frontière avec le Brésil. Zoraida Rodríguez était pémon. Peuple amérindien présent au Venezuela, les Pémons subissent de plein fouet les conséquences de la crise humanitaire et les violences qui font du Venezuela l’un des plus dangereux au monde.

Par Geneviève Garrigos, responsable Amériques à Amnesty International France

Le 22 février 2019, alors que les caméras étaient braquées sur la frontière entre le Venezuela et la Colombie et sur le concert donné pour récolter des fonds pour l’aide humanitaire, Zoraida Rodríguez était tuée par les forces de l’ordre vénézuéliennes à Kumarakapay, un des derniers villages avant la frontière avec le Brésil.

Zoraida Rodríguez était pémon. Peuple amérindien présent au Venezuela, les Pémons subissent de plein fouet les conséquences de la crise humanitaire et les violences qui font du pays l’un des plus dangereux au monde. L’aide humanitaire bloquée de l’autre côté de la frontière est vitale pour eux. Ce 22 février, quand des convois militaires sont passés par le poste de contrôle de Kumarakapay pour interdire son entrée, des Pémons présents sur place se sont interposés pour les en empêcher. Les forces de l’ordre ont alors tiré à balles réelles, tuant Zoraida et blessant gravement quinze autres personnes.

Stationnée au passage frontalier de Santa Elena de Uairén pour bloquer le passage de l’aide, l’armée accompagnée de la Garde nationale bolivarienne, de Colectivos (groupes armés pro-régime) et de prisonniers de droit commun libérés pour l’occasion, a tiré le jour suivant à balles réelles sur la population, principalement des Pémons, faisant au moins trois morts et vingt-deux blessés.

Si l’ensemble de la population vénézuélienne est touchée de plein fouet par la crise humanitaire, les peuples amérindiens y sont particulièrement exposés et leur sort reste peu connu. Reléguées aux marges de la société vénézuélienne, ces communautés ont un accès réduit, voire inexistant, aux services, et leurs droits sont bafoués. Leurs indicateurs de santé sont dramatiques : l’épidémie de malaria a repris, les enfants ne sont plus vaccinés et la rougeole, que l’on pensait éradiquée, a causé la mort d’au moins cinquante enfants en 2018. Les médicaments de premières nécessité et le matériel de base pour les hôpitaux manquent cruellement. Cette région a été déclarée en alerte sanitaire par les ONG.

Ces pénuries ne sont pas le seul fléau qui frappe les Pémons. Leurs terres ancestrales abondent de minerais, telles celles de l’Arc minier de l’Orénoque qui regorgent d’or et de diamants. La richesse de leurs terres attise les convoitises et expose ces populations aux violences de la part de trafiquants, d’orpailleurs clandestins, de compagnies minières et des forces de l’ordre. Ces dernières, au lieu de les protéger, les menacent, les harcellent voire les attaquent, mettant leurs vies en danger comme en décembre 2018, lorsqu’elles ont tué un Pémon et en ont blessé trois autres.

Dans ce climat de terreur et avec la militarisation croissante de la zone frontalière, le seul espoir de la population réside dans le passage de l’aide humanitaire bloquée de l’autre côté de la frontière. C’est aussi là qu’ils doivent transporter leurs blessés pour qu’ils soient soignés et aient une chance de rester en vie.

À Santa Elena de Uairén, les Pémons continuent d’être les victimes d’un régime qui réprime dans la violence les populations qui réclament l’aide humanitaire. Les blessés se comptent maintenant par dizaines et on ne connaît toujours pas le nombre de morts.

Les Pémons ne savent pas si l’aide humanitaire leur parviendra. Pour le moment, ils pleurent leurs morts et soignent leurs blessés. Ils survivent.

 

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