Je ne pensais pas en pénétrant dans cette zone militaire qu’est le QG des forces navales italiennes, près de Rome, ressentir autant d’émotions. Certes, les responsables de l’opération Mare Nostrum - lancée au lendemain des deux naufrages meurtriers d’octobre 2013 - allaient évoquer les personnes sauvées en Méditerranée et également celles disparues.
Mais j’ai trouvé dans ce quartier général, de la part de tous l’encadrement dirigeant quelque chose en plus. Une conviction évidente et partagée, sensible et exprimée, qu’il y a à l’égard des migrants et réfugiés qui tentent de rejoindre l’Union européenne, un devoir d’assistance et de secours. Devoir que la Marine italienne et toutes les autres forces de sécurité associées à cette opération de grande envergure honorent depuis plus d’un an. Une mission qui leur a permis de sauver en haute mer d’embarcations en péril plus de 180.000 personnes.
Les propos du commandant de l’opération Mare Nostrum m’ont particulièrement marqués : « si l’on n’a pas assisté à l’arrivée de ces hommes, femmes, adolescents, enfants, nourrissons mêmes, sur un navire de leur marine, mais que l’on n’a seulement entendu parler de cela, alors on ne peut pas se rendre réellement de ce que représente cette opération ».
Photo : Un groupe de femmes somaliennes, parmi les personnes à qui le navire Virginio Fasan de la Marine italienne
a porté secours les 13 et 14 août 2014 - Crédit : Amnesty International
J’ai d’ailleurs eu l’occasion de visionner un court montage vidéo montrant les différents aspects d’une opération de sauvetage, du repérage des embarcations à la dérive, au transbordement des naufragés et à leur acheminement jusqu’au navire-maître où ils seront pris en charge. A leur arrivée, les rescapés applaudissaient l’équipage du navire pour les remercier de leur avoir porté secours. L’émotion était palpable à la fois à bord, mais également dans la salle de réunion.
Un militaire nous a également montré sur son portable l’extrait d’un documentaire à paraître le 29 septembre prochain dans les médias italiens. La même émotion autour de ce petit écran se faisait sentir alors que sous nos yeux les images montraient des corps flottants, des personnes apeurées, épuisées révélant, s’il était besoin, combien sont fragiles ces vies perdues en Méditerranée.
Mais le message du commandant des forces navales italiennes est clair : l’opération Mare Nostrum ne peut continuer pour l’Italie. Cette opération, indispensable, est trop lourde à porter pour un seul Etat, avec une surface de recherche représentant trois fois la Sicile.
Selon lui, Mare Nostrum est une opération simple techniquement et la poursuivre n’est donc qu’une question de volonté politique. L’Union européenne aura-t-elle cette volonté ?
Si l’Union européenne et les Etats détournent les yeux, alors mes interlocuteurs m’ont dit que, pour eux, la suite doit passer par l’Organisation des Nations-Unies.
Mais dans l’immédiat que se passera-t-il lorsque l’Opération cessera ?
Ce billet est publié à l'occasion de la sortie d'un rapport intitulé "Des vies à la dérive. Réfugiés et migrants en péril en Méditerranée".
Plus d'informations sur : www.amnesty.fr/Sos-Europe