Youtubeuse beautés, égéries de la consommation moderne

Les marques de fast-fashion en font leurs égéries, elles répandent conseils beauté et mode sur la plateforme YouTube. Les Youtubeuses beautés et autres influenceuses deviennent les nouvelles égéries de la mode en ligne. En acceptant des partenariats, des collaborations et autre service rendus aux marques, elles incitent leur communauté à perpétuer un modèle de consommation illimité.

J'ai toujours honte de dire que je regarde des vidéos YouTube. Plus particulièrement des vidéos de "filles". Des trucs de maquillage, de fringues. Je sais pas pourquoi je regarde ces vidéos. Sûrement parce que ça me fascine, toute ces filles au service des marques. Mais aussi, car j'en fait une sorte d'étude quotidienne d'un monde qui est trop loin du mien, est dans lequel seul ce qui va vous rendre "plus beau" est important.

La mode sur YouTube elle est simple. Il s'agit de visionner des vidéos de HAUL, des journées de vlog ou le spectateur assiste à des cramages de carte bleu, des journées dans des centres commerciaux ou dans les allées commerçantes des métropoles, des soirées pour des évènements de marques. Tout ça fait rêver, vraiment.

Et puis quand les Youtubeuses grimpent dans l'échelle de la célébrité en ligne, elle deviennent créatrice de leur marque, elles voyagent grâce aux marques, elles vivent grâce aux marques. Sous couvert de "vivre à fond", elles servent copieusement le menu classique que l'on connaît si bien, une consommation illimitée ou l'argent part aussi vite qu'il est arrivé. Bien sûr, certaines font un effort, comme Marie de la chaîne Enjoy Phoenix qui décidait en janvier dernier d'arrêter toute collaboration avec des marques. Marie recevait entre 3 et 7 colis, par jour.

Alors, la question que je me pose souvent est celle-ci : sont-elles conscientes qu'elles deviennent les égéries d'une société qui déraille sérieusement ?

J'y suis allée dans ces magasins aux néons qui vous explosent les yeux, ces magasins dont les miroirs des cabines vous donnent l'impression d'être un ballon dégonflé. Les Zara, HM, Primark. J'en ai fait des commandes sur Asos, des sites de mode exclusivement en ligne comme Sheinside, Nastygal, MissGuided, Boohoo.

Mais à quoi bon ?

Pour le plaisir de recevoir un colis triplement emballé, dans un plastique non-recyclable.

Pour le plaisir de se rendre compte au bout de quelque que mois que ce vêtement n'est pas de si bonne qualité que ce que l'on croyait, que la maille du petit pull que l'on trouvait si "cute" se détend.

Pour le plaisir que d'étranges tâches jaunes apparaissent au niveau des aisselles de ce même vêtement parce qu'il est à 80% fait d'acrylique.

Rien de tout ça n'est étonnant au fond. Le plaisir de ces achats est de se dire que l'on est enfin comme tout le monde, que l'on pourra se faire "valider" par le groupe de copines ou les collègues du bureau. Tant pis si c'est pas original, l'important c'est d'être à la mode et adapté à Instagram, right ?

Pauvre artisans, maroquiniers, cordonniers et créateurs non-luxueux. Il n'existent plus que pour ceux qui accordent de la valeur à leur travail. On ne rencontre plus les gens qui cousent, qui tissent, qui créent, qui font, qui refont, qui sont plus long que le monstre du fast-fashion*.

*fast-fashion: marques qui se caractérisent par le renouvellement rapide de leurs vêtements (peut-être plusieurs fois par mois)

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