En 2025, le télétravail aura tout incarné. À la fois accélérateur de performance, frein à l’innovation pour certains, outil de rétention pour d’autres, ou bien encore un risque pour la santé. Voire même, tout ça à la fois.
On sait effectivement que 76 % des actifs ont déjà travaillé chez eux en étant malades, selon une étude de l’Observatoire du télétravail citée par Le Journal du Geek en novembre 2025*. Est-ce que 2026 va tendre vers une officialisation de la pratique ? Une proposition a déjà fait surface : celle pour les médecins de prescrire du télétravail à la place d’un arrêt maladie, lorsque l’état de santé le permet et que le poste est compatible. Une réflexion ouverte en commission, dans le cadre du PLFSS 2026, par un amendement examiné à l’Assemblée nationale*.
On respire un coup.
L’objectif affiché est clair : limiter les arrêts maladie. Mais, l’effet collatéral possible n’est-il pas rude ? Puisqu’il risque normaliser le travail en étant souffrant, tout comme encourager la surconnexion, le surtravail, le surmenage…
En parallèle, Microsoft a annoncé en fanfare vouloir réduire le remote. Et oui, la plupart des salariés devront revenir au moins trois jours par semaine au bureau. Un choix justifié par des données internes, mises en avant dans Les Échos le 9 septembre 2025 : « Les données sont claires : les gens qui travaillent côte à côte ont plus de résultats », explique l’article signé Julien Dupont-Calbo*.
À l’opposé, certains acteurs continuent de voir le télétravail comme un filet de sécurité pour des salariés fragilisés. Résultat : le télétravail devient presque ‘médicamental’. Une béquille de plus pour un système déjà sous tension.
Derrière le débat, plusieurs vérités cohabitent :
- Certaines personnes performent mieux seules, loin du bruit et des injonctions. C’est vrai.
- D’autres ont besoin de collectif pour progresser, apprendre, se sentir utiles.
Finalement, le piège semblerait être de faire du télétravail une variable d’ajustement de la santé publique. Un compromis économique plutôt qu’un choix organisationnel.
Pendant ce temps-là, des voix influentes se positionnent en appellant à travailler 60 heures par semaine pour “gagner la course à l’IA”. C’est le cas d’Eric Schmidt, ex-PDG de Google, qui, en octobre 2025, défend un rythme inspiré du modèle chinois dit “996” (9h–21h, 6 jours sur 7) et appelle à des “compromis” sur l’équilibre vie pro/vie perso, au nom de la compétitivité face à la Chine.* Tel un refrain nostalgique de l’ancien monde.
Tout ça dresse un beau paradoxe. Le télétravail serait mauvais pour le collectif, la performance, les résultats, MAIS, parfait pour limiter les arrêts maladie !
Ce qu’on peut retenir pour 2026 :
- Le débat ne se fera plus sur “pour ou contre” mais sur ses conditions et ses intentions.
- Le sujet devient sanitaire, plus seulement organisationnel.
- La question clé restera : le télétravail sert-il l’humain, ou lui demande-t-on de servir l’organisation ?
En filigrane, plusieurs chantiers restent à travailler sérieusement, à savoir : la mise en place de garde-fous juridiques, la protection du droit au repos et au soin, sans culpabilisation, l’émergence de modèles hybrides plus situés, plus contextuels, peut-être moins idéalistes. Plus réalistes.
En bref, en 2026, le télétravail ne devrait plus faire débat. C’est la façon de l’utiliser qui devra, elle, être clairement questionnée.
Sources :
*https://www.generation-nt.com/actualites/eric-schmidt-teletravail-google-996-chine-2063670