«Le PS ne peut plus continuer comme ça, la machine s'est enrayée»

«Pris dans la tourmente, les candidats PS aux législatives n'ont pas bonne presse, ni auprès des médias, ni auprès des électeurs. Dénigrés après une campagne présidentielle qui a révélé le pire de cet appareil politique, ils peinent à retrouver ce qui les unissait. Certains, par conviction ou pour sauver leur peau, choisissent de se rallier à la majorité présidentielle» explique Valérie Fritz-Méry, candidate PS dans la 5ème circonscription du 93.

Le Bourget, Seine-Saint-Denis. Dans l’entrée de son appartement, situé près de la gare RER, un tract pour la campagne présidentielle de Benoît Hamon traîne sur un meuble. Valérie Fritz-Méry, candidate PS aux législatives dans la 5ème circonscription du 93, reçoit dans son salon. Le parti socialiste n’a pas jugé utile de mettre un local à disposition de celle qui est secrétaire de section du Bourget depuis 3 ans. Souriante, Valérie Fritz-Méry, 48 ans, et mère de deux grands enfants, a les cheveux encore mouillés de sa douche. Nécessaire, après avoir passé la matinée du lundi de Pentecôte à coller des affiches, explique-t-elle en s’installant sur son canapé rouge. Elle attrape machinalement un handspinner posé sur la table basse, avec lequel elle jouera par intermittence durant l’entretien.

Valérie Fritz-Méry, candidate aux législatives en Seine Saint Denis © Anais Sybellas Valérie Fritz-Méry, candidate aux législatives en Seine Saint Denis © Anais Sybellas

1. Pourquoi vous présentez-vous aux législatives ?

J’ai été désignée par les militants en septembre dernier. La circonscription est aux mains de Jean-Christophe Lagarde (UDI) depuis 2002, elle n’est pas gagnable. Aucun ténor ne voulait y aller. Donc on la laisse à une femme. J’y vais car il n’y avait personne d’autre pour défendre les valeurs de gauche auxquelles je crois, l’humanisme et le vivre ensemble. Je ne peux pas faire autrement que me présenter. Il y a encore des dingues, comme moi, qui y croient !

2. Que pensez-vous des membres du PS, comme Manuel Valls ou Marisol Touraine, qui se revendiquent de la majorité présidentielle ?

Ce sont des traîtres. L’honnêteté est une valeur en régression. Il ne faut pas tromper les gens sur ce qu’on est. On ne peut pas appartenir à la majorité présidentielle et au PS. Evoluer et changer d’avis et de valeurs, c’est possible. Mais dans ce cas, il faut aller jusqu’au bout et quitter le parti. Comment peut-on être pour la réforme du travail et se prétendre socialiste ? L’humanisme et le vivre-ensemble sont les socles fondateurs de notre parti. Ils ne sont pas compatibles avec la politique d’Emmanuel Macron.

3. Comment ça se passe, sur le terrain ?

Je dis que je suis de la gauche du PS, c’est devenu un réflexe. Les gens font maintenant une distinction, et je n’ai que 30 secondes pour les convaincre de m’écouter.
On nous reproche les trahisons de Valls, Le Drian, Touraine. Je souhaite leur exclusion, car je paye leur comportement dans ma campagne. Se rendent-ils compte à quel point ils nous discréditent ?
J’ai demandé il y a quelques semaines à la Commission des conflits du parti l'exclusion du secrétaire de section de Drancy, qui tracte pour la République en Marche (LRM). On m’a répondu qu’il fallait attendre. Attendre quoi ? Les législatives, c’est maintenant !

4. Que pensez-vous du non-soutien de Benoit Hamon à certains candidats PS ?

Je lui dis bravo, c’est courageux. Ce n’est pas de la vengeance de sa part mais la continuité de ce qu’il a dit. Il va au bout des choses, contrairement à Jean-Christophe Cambadélis qui a les fesses entre deux chaises et n’a pas de position claire. C’est ça qui nous tue. Il n’est pas difficile de comprendre que les électeurs sont perdus et ne font plus confiance au PS. Si j’étais à la place du premier secrétaire, il y aurait beaucoup de radiations. Ça ferait peut-être revenir ceux qui ont rendu leur carte. En haut, ils ne se rendent pas compte que ce flou nous est néfaste. Si le PS avait été clair, on n’en serait sûrement pas là.

5. Comment vous situez-vous, au sein du parti ?

J’ai fait partie des frondeurs, et j’ai soutenu Arnaud Montebourg durant la primaire. Après sa défaite, j’ai voté pour Benoit Hamon, dont la ligne est assez proche. Ça m’a fait réfléchir et évoluer. Au début, j’étais totalement opposée au revenu universel, je prônais la valeur travail. Aujourd’hui, j'ai changé d'avis, j’ai pris le temps d’y réfléchir et de comprendre que le monde change.
Ce sont les valeurs que je défends en tant que candidate aux législatives. Je veux être élue pour changer la vie des gens. Et je pense que seule la gauche peut le faire pour le plus grand nombre.

6. Si vous aviez su comment les choses évolueraient, vous seriez-vous présentée aux législatives ?

Une partie de moi répondrait non. Je suis fatiguée, j’en ai marre d’entendre les gens m’insulter parce que je suis au PS. Mais ne pas le faire serait renier qui je suis. Je travaille dans le social. Mon quotidien, c’est la misère de notre département. C’est ça aussi qui me motive. Quand je vois ma mère, qui à 72 ans est obligée de faire des petits boulots pour s’en sortir, je ne vois pas comment je pourrais ne pas me présenter.

7. Le PS vous aide à faire campagne ?

(Rires) Oh non ! C’est le système D, il ne faut compter que sur soi, et sur ses amis. Je finance ma campagne sur mes deniers personnels. Il faut compter 7 à 8.000 euros. J’ai demandé au parti d’être caution pour pouvoir emprunter à ma banque. Le trésorier a refusé. Je pense que mon soutien aux frondeurs n’a pas joué en ma faveur.
Résultat, si je fais 5%, l’Etat me remboursera dans un an, et la banque acceptera ma demande de prêt en attendant. Dans le cas contraire, je risque le surendettement, car j’ai déjà un crédit pour mon appartement. Tous les candidats doivent se débrouiller par eux-mêmes.
Pour m’aider, je n’ai que trois, quatre militants. Je dois prendre des congés pour tracter et coller mes affiches. Je ne combats pas à armes égales avec Jean-Christophe Lagarde !

8. A votre avis, que va devenir le PS ?

Je ne sais pas, on est tous un peu perdus. Le parti ne peut plus continuer comme ça. Historiquement, on a toujours eu des courants différents. Mais là, il n’y a plus aucune unité, juste des guerres d’ego. Moi, je veux garder le parti socialiste, le rénover, pour qu’il redevienne social. Je suis pour une union de la gauche. Je me rappelle la joie de mes parents en 1981, lors de la victoire de François Mitterrand. C’est ce qui m’a poussé à m’intéresser à la politique. Et Mitterrand a gagné parce qu’il a su rassembler la gauche autour de lui. Le 1er juillet, Benoit Hamon lance un mouvement transparti. S'il parvient à réunir la gauche, alors je le suivrai, même si je préférerais que ça se fasse en interne. J’irai là où je peux défendre le mieux mes valeurs.
Mais pour le moment, je me pose plus en spectatrice qu’en actrice.

9. Pensez-vous que le PS peut mourir ?

Détruire le PS, c’est détruire la poule aux oeufs d’or. Tout va se jouer après les législatives, selon les résultats et donc l'argent obtenu.
Certains élus risquent de partir car ce ne sera plus aussi intéressant en terme de carrière et de rémunération. Tant mieux, il restera les gens avec nos valeurs, et on pourra peut-être reconstruire le parti.

10. Comment comprenez-vous la situation actuelle ?

Depuis 5 ans, on a tout fait en dépit du bon sens. On avait tout, et on a tout perdu ! Elections municipales, européennes, régionales, départementales, et enfin présidentielles... On est devenus une machine à perdre, il n’y a pas plus idiot ! Jean-Christophe Cambadélis est un incapable. Plus rien ne fonctionne dans ce parti. On accuse les frondeurs, mais c'est François Hollande qui s’est éloigné de la ligne du PS, et le parti a suivi sans rien dire. Manuel Valls a quand même signé une motion, lors du dernier congrès du parti, qui interdisait l’inversion de la hiérarchie des normes. Au gouvernement, il a fait l’inverse en imposant la loi Travail ! Le parti aurait dû réagir et faire comprendre notre désaccord aux citoyens.
Il n’y a même plus de votes au Conseil National du PS, car voter, c’est prendre le risque de désaccords ouverts. On s’est complètement coupé de notre base, ça ne peut plus fonctionner. La machine s’est enrayée.

Propos recueillis par Anais Sybellas 

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