Populisme : De l’occident au monde arabe

on n’évoque le terme de populisme que dans le contexte occidental de façon générale pour désigner la montée des partis nationalistes qualifiés d’extrême droite dans le jargon politicien. Or qu’en est-il de l’autre rive de la méditerranée et du monde arabe. Y existe-t-il un populisme ?

Le populisme, ce mot qui traverse nos esprits à longueur de journée à chaque fois que nous entendons parler de l’actualité politique, les uns l’utilisent péjorativement, les autres le considèrent comme la nouvelle vertu de la politique.

En effet, on n’évoque ce terme que dans le contexte occidental de façon générale pour désigner la montée des partis nationalistes qualifiés d’extrême droite dans le jargon politicien. Or qu’en est-il de l’autre rive de la méditerranée et du monde arabe. Y existe-t-il un populisme ?  

En réalité, le populisme existe dans le monde arabo-musulman mais il se manifeste autrement et fonctionne par d’autres procédés. Il convient donc de comprendre ce phénomène dans deux contextes culturels différents.

Le populisme en Occident est l’expression d’une révolte  et une fronde populaire contre les injustices de la mondialisation et du système des valeurs d’universalisme que celle-ci véhicule. Cette colère est portée politiquement par des partis  et des chefs parfois charismatiques revendiquant la renaissance de l’identité nationale, d’ores et déjà foudroyée par la globalisation culturelle.

Dans ce sens, le populisme occidental s’alimente de la crise de la mondialisation économique néolibérale porteuse d’une idéologie universaliste, face à laquelle il oppose le nationalisme et  le retour aux frontières  comme remèdes.  Ceci est le point commun de tous les événements qui ont chamboulé l’occident ces dernières années : Donald Trump, le Brexit et la montée des partis d’extrême partout en Europe. La cause de tout cela reste la même et se résume ainsi : La crise de 2008 a montré aux gens le vrai visage de la mondialisation. Les classes moyennes et populaires ont payé le prix de la crise par des politiques d'austérité exigées par les gouvernements et la commission européennes au profit des élites. Donc les classes populaires se sont tournées vers des nationalistes  comme acte de vengeance électorale et ils ont trouvé un bouc émissaire responsable  en partie de cela : l’immigré. Ceci fait que le populisme porte la bataille contre la mondialisation libérale sur front de l’immigration qu’il considère la source de tous les maux.

En Europe, les populistes  qui ne sont pas forcément des gens  infréquentables ou vicieux, ils  véhiculent le slogan de la reprise du contrôle sur le destin de la nation, jugée engloutie dans l’essor de la mondialisation. Ils se servent également de l’arme de la démocratie et de la loi du nombre puisqu’ils glorifient le peuple comme seul origine de la souveraineté. Ce peuple qui vit de son travail et qui est étouffé par le néolibéralisme élitiste.

L’exercice du populisme donne naissance à la démagogie, l’exaltation du nationalisme et prêche parfois  un retour aux racines de la civilisation occidentale européenne : Chrétienté, héritage greco-romain et l’autorité de l’Etat-nation.

De l’autre côté de la rive méditerranéenne, le monde arabe est aussi bien touché de ce phénomène qu’en Europe. Or les causes et les manifestations sont radicalement différentes.

Le populisme a commencé son expansion en terre d’Arabie et d’Islam après le prétendu «  printemps arabe ». Il est à caractère religieux et il est constamment exprimé et représenté par des partis conservateurs  de référence islamique, jadis occultée par la terreur des dictatures laïques comme ce fut le cas en Egypte, en Tunisie, en Iraq et en Lybie sans oublier le Maroc qui bien qu’un Etat musulman modéré , il se méfiait des islamistes pour des raisons politiques.

Les partis islamistes sont le reflet du populisme arabo-musulman, ils ne manquent pas de soutien populaire qui se limite aux couches conservatrices des sociétés musulmanes qui demeurent nombreuses. Ce soutien s’explique par la crainte de l’universalisme occidental et la rage contre la corruption des régimes en place. Ainsi le populisme dans ce cas-là prêche le retour à la morale de l’islam contrairement au populisme occidental qui privilégie la voie du nationalisme.

Au Maroc par exemple, le parti gouvernant est parvenu au pouvoir grâce au vote d’une communauté conservatrice fidèle qui considère le vote comme un devoir religieux, et qui succombe facilement à un discours prosaïque et démagogique entremêlant le politique et le religieux. Cependant, ce qui est le plus frappant, c’est que  les islamistes dès qu’ils arrivent aux commandes, s’accommodent aussitôt du plaisir du pouvoir et entre dans le jeu du capitalisme oubliant ainsi leurs références religieuses tant loués. Vous les voyez s’allier aux libéraux, aux socialistes sans discernement politique.

De l’autre côté, en Iraq comme au Liban, les populistes Chiites conservent une influence sur le pouvoir par l’exaltation du communautarisme des chiites afin de dominer les gouvernements  en place. En outre, ce qui frappe dans ce populisme, hélas qui se revendique de islâm  c’est sa tendance à perpétuer une corruption capitaliste indéfendable sans intérêt à la question sociale.

En somme, le populisme arabe est l’usage d’une démagogie religieuse, d’un discours prosaïque pour tirer bénéfice de la piété des foules  conservatrices dans le but de prendre le pouvoir.

Dans ce cas, la religion est exploitée par une prétention humaine à un pouvoir difficilement acquis par les méthodes conventionnelles. Le plus sidérant encore, c’est que les partis islamistes dès qu’ils arrivent au pouvoir savourent aussitôt ses plaisirs et ses privilèges et se soumettent aux exigences du  néolibéralisme.

En définitive, le populisme que ce soit en occident ou au monde arabe, s’alimente de la désespérance des classes populaires dont les unes sont accablées par les inégalités et et les autres sont révoltées contre la corruption. En Occident, on s’attache à la nation, tandis qu’aux arabes, on s’attache à la religion.    

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