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Billet de blog 25 janvier 2026

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Trump arme l’ICE : la police politique qui prépare la guerre intérieure

Deux morts, un État d’exception permanent, une police fédérale hors contrôle et l’alliance du pouvoir avec la surveillance algorithmique : le trumpisme prépare sa mise au pas autoritaire.

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Par la rédaction insurgée


L’ICE est une police politique. Pas par slogan, pas par analogie paresseuse, mais par définition stricte. Une police politique se caractérise par trois éléments précis : elle cible des groupes définis politiquement ou racialement, elle agit prioritairement pour défendre un pouvoir et non un droit, et elle opère dans un cadre d’exception qui la soustrait au contrôle démocratique ordinaire. Sur ces trois critères, l’ICE coche toutes les cases.

D’abord, l’ICE ne poursuit pas des actes mais des statuts. Elle ne réagit pas à des crimes, elle traque des existences administratives jugées illégitimes. C’est le cœur de toute police politique : transformer une catégorie de population en problème de sécurité. La figure du migrant n’est pas ici un sujet de droit mais un ennemi intérieur potentiel, interchangeable, extensible. Cette logique est fondamentalement politique, parce qu’elle ne vise pas la protection d’un ordre juridique universel mais la production d’un ordre hiérarchisé, racialisé, instable, où certains vivent sous la menace permanente de l’État.

Ensuite, l’ICE sert directement un projet de pouvoir personnel. Sous Donald Trump, l’agence a cessé d’être un outil bureaucratique pour devenir un instrument stratégique. Trump n’a jamais gouverné par la loi, mais par le conflit. Son premier mandat a révélé une limite majeure : il disposait du discours autoritaire, mais pas de l’appareil coercitif suffisamment discipliné pour l’appliquer contre des territoires politiquement hostiles. L’ICE a alors été hypertrophiée, armée, idéologisée. Non pour résoudre une question migratoire, mais pour créer un levier de pression sur les villes, les États démocrates, les mouvements sociaux, et l’ensemble du camp progressiste.

Ce point est essentiel : l’ICE ne s’oppose pas seulement aux migrants, elle s’oppose à tout ce qui protège les migrants. Municipalités sanctuaires, gouverneurs récalcitrants, ONG, journalistes, élus locaux. Elle matérialise une reprise en main fédérale contre la démocratie locale. C’est exactement la fonction d’une police politique dans un régime qui glisse : casser les médiations, court-circuiter les contre-pouvoirs, rappeler que la souveraineté réelle ne se négocie pas.

Cette fonction n’est possible que grâce à un cadre d’exception permanent. L’ICE bénéficie d’un statut juridique hybride qui lui permet d’agir hors des standards ordinaires du maintien de l’ordre. Détention administrative, absence de mandat judiciaire classique, coopération forcée avec d’autres agences, secret opérationnel, immunités de fait. Ce n’est pas une dérive : c’est un design. L’exception n’est pas temporaire, elle est structurelle. Et comme toujours, l’exception commence par une population marginalisée avant de s’étendre.

Ce qui change aujourd’hui, et ce qui rend la situation qualitativement plus dangereuse qu’au premier mandat Trump, c’est l’alliance entre cette police politique et le techno-fascisme. Avec Palantir, l’ICE ne se contente plus de traquer, elle anticipe. Elle cartographie, profile, relie, prédit. Le pouvoir autoritaire moderne ne repose plus uniquement sur la matraque, mais sur la donnée. La mise au pas ne passe plus seulement par la peur visible, mais par la surveillance invisible, la suspicion automatisée, la gestion algorithmique des populations.

Tous les régimes autoritaires contemporains suivent la même séquence. D’abord, la désignation d’un ennemi intérieur. Ensuite, l’extension de l’état d’exception. Puis la fusion entre appareil coercitif et infrastructure technologique. Enfin, la normalisation de la répression comme mode de gouvernement. Le trumpisme a raté cette séquence une première fois par incompétence et désorganisation. Il ne la ratera pas deux fois.

C’est ici que la question des midterms devient centrale. Dans tous les régimes en voie d’autoritarisation, les moments électoraux intermédiaires sont les plus dangereux. Ils concentrent à la fois la possibilité d’un revers politique et la tentation de la coercition. Si le pouvoir anticipe une perte de contrôle parlementaire, il durcit. Il criminalise. Il provoque. Il cherche l’affrontement pour justifier l’exception. Les élections deviennent non plus un mécanisme de régulation, mais un prétexte à la violence politique institutionnelle.

Il faut être lucide : les midterms du second mandat de Trump ne seront pas une simple compétition électorale. Elles seront un test de force. Et l’ICE, appuyée par l’infrastructure technologique du contrôle, sera l’un des outils centraux de ce test. Non pas contre des candidats, mais contre les conditions mêmes de la démocratie : la liberté de circulation, d’organisation, de contestation.

La fenêtre qui s’ouvre n’est pas une fenêtre de chaos, mais une fenêtre de responsabilité historique. Les sociétés ne basculent pas dans l’autoritarisme en un jour. Elles y glissent parce que trop peu de gens nomment ce qui est en train de se produire pendant qu’il est encore temps. Résister, ici, ne signifie pas répondre à la violence par la violence, mais refuser la normalisation, documenter, désobéir politiquement, construire des alliances massives, rendre le coût politique de la répression insoutenable.

Le racisme est le carburant de cette crise autoritaire. La peur est son accélérateur. La police politique en est le bras armé. Tout est déjà en place. La seule inconnue restante n’est pas celle du pouvoir, mais celle de la réponse collective. Et l’histoire, elle, n’attend jamais indéfiniment.

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