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Le Club de Mediapart lun. 2 mai 2016 2/5/2016 Dernière édition

LA MORALE SELON KANT (et ce que j'en ai compris)

Tout d’abord, que l’on se rassure, il ne sera pas question ici de rentrer dans un débat technique, stérile et complexe, où moult « spécialistes » des questions kantiennes se sont perdus dans une jungle dont ils ne reviendront sans doute pas.

Aussi tenterai-je de donner à mon propos le reflet clair et concis d’une doctrine (la morale kantienne) que j’estime devoir redevenir un aspect essentiel des relations entre êtres humains (et qui a largement influencé, d’ailleurs, le fondement de notre idéal Républicain et la Déclaration des droits de l’homme de 1789 .

Kant doit plus que jamais être d’actualité, et au-delà des interprétations multiples, variées et contradictoires, de son œuvre immense au cours des deux derniers siècles, il est plus facile (et utile) pour l’appréhender aux premiers abords de commencer par sa vision de la Morale, dont il fait état dans deux de ses œuvres majeures : la « Fondation de la métaphysique des mœurs » (1785) et sa « Critique de la raison pratique » (1788).

Bien que l’idéal soit de lire l’œuvre du maître dans sa langue d’origine (le prussien du XVIIIème siècle), je vais tenter, avec mes (très) modestes moyens intellectuels, de vous éviter cette torture (atroce) et vous faire partager une très belle vision de ce qui devrait, idéalement, fonder l’essentiel des rapports entre les Hommes.

I) Les Hommes (ou les Humains, les gens, nous, bref l’Humanité), ont deux caractéristiques fondamentales qui les différencient des animaux, et que Jean –Jacques Rousseau décrit très bien dans son « Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes » (Les intégrale de philo/Nathan_1981) : la liberté et la perfectibilité.

Cette définition « anthropologique » de l’Homme selon Rousseau va être le fondement de la construction de la morale kantienne :

-La liberté est la capacité de l’homme, par sa volonté, à sortir d’un déterminisme naturel auquel n’échappe pas un animal. Si je souhaite prendre une cuite, et boire jusqu’au coma éthylique, je peux le faire (mais c’est rare, je vous rassure) alors que mon corps est sensé, idéalement pour fonctionner, ne boire que quelques litres d’eau par jour (surtout en cas de canicule).En gros, l’homme peux choisir de ne pas être agit par ses pulsions, instincts ou tendances naturelles, fussent-elles salutaires pour lui (en prenant un plaisir certain dans la débauche, par exemple) : « C’est ainsi que les hommes dissolus se livrent à des excès, qui leur causent la fièvre et la mort ; parce que l’esprit déprave les sens, et que la volonté parle encore quand la nature se tait » nous dit Rousseau.

L’animal en revanche, est tellement déterminé par sa nature qu’il ne peut y échapper : « C’est ainsi qu’un pigeon mourrait de faim près d’un bassin rempli des meilleures viandes, et un chat sur un tas de fruits ou de grain, quoique l’un et l’autre pût très bien se nourrir de l’aliment qu’il dédaigne s’il s’était avisé d’en essayer» (toujours Rousseau).

-La perfectibilité (ou l’historicité) est la caractéristique qui clairement fait la différence entre l’Humanité et le Monde Animal (à ne pas confondre avec les journaux du même nom), aux niveaux de l’éducation et de l’histoire collective. L’homme a besoin de ses semblables pour être éduqué, guidé, car il est libre, sans déterminisme naturel lui permettant de vivre en société comme les abeilles, ou survivre dès sa naissance comme un alligator sortit de son œuf.

Au niveau de l’histoire collective, la différence entre les humains et les animaux est encore plus évidente : les animaux n’ont pas d’histoire, et une ruche ou une termitière il y a 50 millions d’années sera exactement la même qu’aujourd’hui.

Par contre, je vous laisse recenser les différences entre Lutèce et Paris, dans un laps de temps bien plus court…

Il y a une évolution titanesque des sociétés humaines sur les plans culturels et politique car la liberté guide les hommes et non le déterminisme naturel.

 

II) Il y a 3 conséquences à cette définition de l’Homme au niveau de l’éthique de Kant (de sa morale), propos qui fait l’objet de ce billet :

-Le désintéressement : si la nature de l’Homme est égoïste, la condition suprême pour qu’il puisse faire passer autrui avant lui est qu’il fasse abstraction de lui-même, pour laisser la place aux autres. Il ne pourra le faire qu’en usant de sa liberté de résister aux penchants naturels (égoïstes) qui le caractérise : la condition de l’Altruisme est qu’on se limite pour que les autres puissent vivre.

C’est la première chose à apprendre aux enfants au début de leur éducation : ils n’ont pas cette faculté innée en eux.

De plus, un acte n’est moral que s’il est désintéressé : si on est pris en auto-stop, et qu’à l’arrivée le chauffeur demande 100 €, il n’ya pas d’acte moral (mais une belle arnaque si on a fait que 5km - valait mieux prendre un taxi…).

-L’universalité : quand on agit après avoir pris une décision, il faut se demander si l’action vaut pour les autres, et si elle prend en compte l’intérêt général.

L’être humain mérite d’être respecté quelque soit sont appartenance particulière à une race, religion, ethnie, etc.…

Ainsi, quand un député fait une loi, elle doit être édictée pour l’intérêt général, et non pas celui particulier d’un seul, ou d’une caste.

-Le devoir : cela ne va pas de soit d’être moral. Il faut faire un effort pour l’être, ce n’est pas acquis. Les enfants ne sont pas immédiatement des êtres moraux, cela s’apprend, cela s’enseigne, cela s’exerce, et c’est là toute l’importance de l’éducation.

Nous avons avec Kant une morale du devoir, de l’impératif, du travail sur soi.

L’essentiel à retenir chez Kant (au niveau e la morale telle qu’il nous la présente, et qui est à mon sens à retenir) , est le concept de respect et d’amour de l’autre pour ce qu’il est, c'est-à-dire le merveilleux et éphémère résultat de 15 milliards d’années d’évolution des premiers atomes de l’Univers vers la conscience de la matière, et de concourir, par notre action et notre capacité à étouffer notre égoïsme particulier, à la pérennité de son prochain.

De nombreux développements techniques et controversés ont été de pairs avec une analyse de la pensée kantienne sur le sujet, mais rares ont été ceux dégageant clairement les enjeux et les conséquences pratiques qu’elle impliquait.

Il est extrêmement difficile de faire abstraction de soi pour faire de la place à « l’autre ».

C’est pourtant ce qui caractérise la grandeur de l’Homme : par l’usage de notre libre volonté pour parvenir à cette ultime notion de l’éthique dévoilée, Emmanuel Kant nous démontre en substance que nous devons aimer l’autre, car c’est ce qui nous est permis de part notre nature (et à la limite, il évacue même l’idée de Dieu par rapport à ce concept de morale « autonome » qui peut se passer de Dieu en mettant l’Homme au centre de son système d’éthique …mais cela fera l’objet d’un autre séminaire, sachant que cela n’a pas empêché Kant d’avoir une très profonde foi chrétienne qu’il jugeait non incompatible).

Il est donc très intéressant de mettre en relation la propagation d’une telle idée par rapport à l’avancée technique de ces deux derniers siècles, et très frappant de constater comment une « découverte » aussi fondamentale sur l’Homme puisse être aussi longue à faire appliquer à la Civilisation humaine, alors que pour un brevet technique consécutif à une découverte technologique (qui rapporte des €) il ne faut que quelques mois…

Que la route est longue et ardue…..

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Tous les commentaires

Comme suite à une interrogaton sur la question Kantienne "comment les jugements synthétiques a priori sont-ils possibles", sur le billet de la pensée complexe, je reproduis ici aussi ma réponse, car le contexte (Kant) est plus approprié:

Après moult recherches sur la question (et surtout sa signification), je fais part ici des conclusions auxquelles ont abouties l'intense mobilisation des quelques neurones qui me restent (en remerciant Monsieur Luc Ferry pour son aide précieuse):

En gros, Il va s'agir de relier les phénomènes entre eux pour produire de l'"ordre" dans le "désordre" (un "jugement synthétique" étant l'établissement de liens de causalité entre les phénomènes, nous faisons comme dit Kant, des "jugements synthétiques à priori").

La réponse à cette question "hermétique" est donc : par l'activité de la pensée, par son travail, qui sort du contemplatif pour aller dans l'action, la "pratique": Le pensée introduit de l'ordre dans lemonde entre les phénomènes, à partir de son activité.

Finalement, en décortiquant un jargon kantien qui se veut scientifique (alors qu'à mon sens la philosophie est plus une pratique qu'une science), il ressort des évidences: l'ordre des choses n'est pas donné, il est construit par l'intellect.

N'étant pas spécialiste, j'ai dû m'en remettre à de plus érudits que moi, professeurs émérites dont l'expérience et la subtilité m'ont fait accéder à une compréhension sommaire, au regard de mes modestes facultés intellectuelles, mais claires.

Je partage donc le fruit de ces réflexions, afin que tout le monde en profite.