LES CONFLITS DU COUPLE

Comme suite aux interrogations (les miennes et celles de beaucoup d'autres) sur la moins mauvaise façon de vivre heureux à deux, de respecter son partenaire, et de passer de la passion à l'amour, voici quelques indications quant aux conflits (inévitables) qui jalonnent une relation de couple.

Ces conflits sont pour la plupart insolubles, et il est donc illusoire de croire que la communication va les résoudre.

Ils sont de 6 ordres différents :

1) L'éducation des enfants :

Pour former une famille unie, il est nécessaire que les deux parents partagent des principes éducatifs communs, au niveau de l'alimentation, de l'école, des horaires, de l'habillement, des jeux, etc. Mais la réalité est telle que la permissivité et la discipline ne sont pas réparties équitablement à l'intérieur d'un couple : l'un des parents est généralement plus permissif, et l'autre plus disciplinaire. On constate même que plus l'un est permissif, plus l'autre sera disciplinaire pour compenser ce qu'il qualifie de laxisme de son partenaire. Les couples « heureux » savent que l'enfant aura besoin autant de discipline que de liberté pour parfaire son évolution et l'édification de sa personnalité.

2) La gestion financière du budget familial :

Tout couple doit gérer de multiples dépenses afin de pourvoir au bien-être de la famille, tout en tentant de constituer un patrimoine familial (en général par l'achat d'une maison ou d'un appartement). Il n'y a aucun problème quant les deux partenaires partagent la même attitude face à l'argent. La réalité est toutefois que le sentiment de sécurité financière n'est pas, là non plus, équitablement répartit au sein du couple : l'un mettra l'accent sur « vivre ici et maintenant », alors que l'autre voudra « assurer l'avenir ». Plus l'un sera dépensier, plus l'autre voudra économiser. Il est facile, dans ces circonstances, de comprendre pourquoi l'argent et l'éducation des enfants constituent les deux principales sources de querelles conjugales. C'est tellement vrai que lors des divorces, la garde des enfants, le partage du patrimoine et la pension alimentaire continuent de diviser les partenaires longtemps après leur séparation.

3) Les relations avec la belle-famille :

L'influence des belles-familles sur la « disharmonie » conjugale n'est plus à démontrer : nombres de psychologues considèrent la belle famille comme l'ennemie n°1 du couple. L'un des deux partenaires est généralement plus enclin à entretenir des relations avec sa famille et/ou sa belle famille, alors que l'autre est plus désireux de couper les cordons ombilicaux, de mettre l'accent sur sa nouvelle famille et de vivre de façon plus autarcique. On peut inclure dans ce schéma les amis et relations personnelles des partenaires, antérieures à la constitution du couple.

4) La répartition des tâches ménagères :

Il y a dans tout couple une multitude de tâches ingrates à faire, et ce de façon routinière tant à l'intérieur qu'à l'extérieur de la maison. L'analyse des études faites sur la répartition de ces tâches démontre une généralité presque comique : les femmes sous-estiment systématiquement la part de leur partenaire dans ces tâches, et les hommes surestiment ce qu'ils font dans et autour de la maison. Avec une telle perception, il n'est pas étonnant que les tâches ménagèrent deviennent une source quotidienne de disputes (d'autant que dans le terme de « tâches ménagères », on oblitère souvent celles s'effectuant à l'extérieur de la maison, comme faire les courses, aller chercher les enfants ou les emmener chez leurs copains, etc.). Chez les couples « malheureux », chacun calcule la part de son activité par rapport à celle de l'autre, en estimant qu'il n'en fait pas suffisamment. Les couples « heureux » font le bilan total de leurs activités ménagères au lieu d'analyser les composantes de ce bilan, et ne perdent jamais de vue le fil conducteur de leur relation, qui est leur amour réciproque.

5) L'équilibre entre la vie privée et la vie professionnelle :

Il n'y a pas si longtemps, la femme était la « reine du foyer » alors que le monde extérieur était le royaume de l'homme. Les femmes se sont battues, avec raison, et ont obtenu le droit à une vie professionnelle extérieure et l'homme doit maintenant partager ces deux royaumes avec sa partenaire. Comment concilier travail et famille ?

Voilà l'un des nouveaux défis des couples modernes, où les deux partenaires veulent se réaliser professionnellement.

 

6) La sexualité :

L'épanouissement sexuel constitue aujourd'hui l'une des raisons de la formation du couple, non seulement en tant que fonction reproductive, mais aussi en tant que fonction érotique. Rares sont toutefois les couples qui, une fois la lune de miel passée, et un ou deux enfants arrivés, entretiennent une qualité et une quantité de rapports sexuels satisfaisant les deux partenaires. Un des deux aura une conception plus « génitale » de la sexualité (en général l'homme), alors que l'autre aura une conception plus romantique (en général la femme).

Ces 6 sources de conflits sont au cœur des confrontations conjugales, et peuvent se transformer en blocages permanents.

Ils sont par nature insolubles, car l'idéal serait que les deux partenaires aient une libido identique, travaillent le même nombre d'heures, partagent équitablement les tâches ménagères, entretiennent la même attitude envers les belles familles, possèdent la même sécurité (ou insécurité) financière et soient d'accords sur tous les principes éducatifs concernant leurs enfants.

Cet équilibre est évidement illusoire. Le bonheur n'est pas confortable, et il ne s'agit pas de tenter de résoudre ces conflits insolubles au risque d'un blocage permanent, en tentant de convaincre l'autre de la justesse de sa position.

Les couples heureux acceptent de vivre avec des désaccords permanents, et évitent d'en faire des sources quotidiennes de discussion.

 

Par YVON DALLAIRE

Extraits de son livre Qui sont ces couples heureux, p. 99-106 et 157-173
Les Éditions Option Santé Enr., 2006

 

Merci a Raphaël JORNET pour ses excellents compléments d'information, à lire ICI.

Bonne lecture !

 

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