Un silence complice

Face au silence assourdissant du parti et des principales figures du mouvement écologiste suite à la parution de l’enquête menée par David Perrotin « Esther Benbassa, la sénatrice EELV qui piétine la santé de ses assistants », nous, ancien.ne.s collaboratrices et collaborateurs parlementaires et ancien·ne·s étudiant·e·s d’Esther Benbassa souhaitons une décision politique à la hauteur de la gravité des faits reprochés. « Par son refus de statuer clairement, EELV entretient délibérément une culture du silence des victimes et de l’impunité de ses élu·e·s. »

« Saluer le courage de ces militantes qui ont osé braver la loi du silence. Quand on est victime, c’est extrêmement lourd et très dur [...] de sentir qu’on n’est peut-être pas soutenue si on sort dans les médias ou dans une instance X ou Y, qu’on ne sera pas reconnue comme telle ». Ainsi s’exprimait Julien Bayou en 2016 sur l’affaire Denis Baupin, accusé par des militantes EELV de harcèlement et d’abus sexuels.

Il faut, en effet, beaucoup de courage pour oser prendre la parole et protéger les autres. Ce courage qu’au sein du groupe parlementaire Ecologiste – Solidarité et Territoire, du parti EELV et des candidats aux primaires EELV, très peu, à l’exception notable de Sandrine Rousseau, ont osé saluer, suite à la parution de l’enquête menée par David Perrotin et publiée par Mediapart le jeudi 8 juillet 2021.

À la parution de l'article, nous, ancie·ne·s collaboratrices et collaborateurs parlementaires et ancien·ne·s étudiant·e·s d’Esther Benbassa,  avons ressenti un profond soulagement et avons accueilli avec beaucoup de reconnaissance les nombreux messages de soutien qui nous ont été adressés.

Force est hélas de constater que ce réconfort a été de courte durée face au silence assourdissant du parti et des principales figures du mouvement écologiste. Certes, le groupe parlementaire a décidé de la mise en retrait d'Esther Benbassa mais cette mesure n'est que temporaire. 

Guillaume Gontard, président du groupe parlementaire, laisse entendre que le choix de la réintégration de la sénatrice ou de son exclusion s'appuierait sur une décision de justice. Cette posture est déconcertante alors qu'EELV défend la libération de la parole des victimes de discriminations et de harcèlement trop souvent entravée par la difficulté de se lancer dans un processus judiciaire long et difficile, surtout pour des personnes déjà épuisées parfois brisées par ce qu'elles ont vécu. Par ailleurs, les faits reprochés à Esther Benbassa sont, pour la plupart, déjà prescrits, en vertu d’une loi n’accordant que six ans aux victimes pour oser affronter leur harceleur·se ; un délai bien court pour quiconque connait l’état dans lequel l’on se trouve en sortant d’une telle spirale d’humiliation.

Nous sommes heurté.e.s par ce silence complice. Pour nous, victimes, il s’agit là d’une inique double-peine : en plus d’avoir subi de la part d’Esther Benbassa un harcèlement au travail systématique et brutal pendant de trop nombreuses années (et le contenu de l'article de Mediapart n'est que la partie émergée de l'iceberg), nous devons désormais subir l'inertie d'une classe politique dans le déni, refusant de condamner publiquement des comportements pourtant connus de toutes et tous depuis fort longtemps.

Par son refus de statuer clairement, EELV entretient délibérément une culture du silence des victimes et de l’impunité de ses élu·e·s. Nous nous refusons à croire que le parti et que le groupe cautionnent des agissements d'une telle gravité, en contradiction totale avec les valeurs et les principes prônés par EELV.

Il est sans doute difficile dans le cas présent de reconnaitre n'avoir pas su réagir plus tôt alors que tout le monde savait. Mais alors qu'EELV se lance dans la bataille présidentielle avec l'ambition d'accéder au pouvoir, le parti et les candidats à la primaire écologiste doivent être à la hauteur et prendre leurs responsabilités en dénonçant clairement les agissements d'Esther Benbassa et en prenant les décisions appropriées. C’est à la fois un gage d’exemplarité et un moyen d’éviter qu’il y ait d’autres victimes.

Nous avons eu le courage de libérer la parole. Nous souhaitons être écouté·e·s, cru·e·s et soutenu·e·s. Plus que des messages creux et des procédures inefficientes, nous souhaitons une décision politique à la hauteur de la gravité des faits reprochés.

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« Nous souhaitons garder l’anonymat afin de préserver nos emplois actuels ainsi que nos vies privées. De plus, il s’agit d’une démarche non pas individuelle mais collective. »

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