La colonisation et l’esclavage, des pratiques spécifiquement occidentales ?

Je suis écrivain et éditeur. Je publie un blog sur le site du Monde : Les musulmans ne sont pas des bébés phoques – De notre déni considéré comme l’un des beaux-arts http://andreversaille.blog.lemonde.fr, et dédié aux muslmans qui luttent contre la barbarie islamiste.

Mon blog sur le site du Monde : Les musulmans ne sont pas des bébés phoques – De notre déni considéré comme l’un des beaux-arts  recueille des commentaires pratiquement tous positifs. 

Mais ce qui m’intéresse, c’est le débat, or celui-ci n’est intéressant que s’il confronte des opinions divergentes. C’est pourquoi j’ai décidé de rejoindre Médiapart qui me paraît le site idéal car il réunit des blogueurs de qualité dont la majorité devrait être en désaccord avec mes analyses. 

Je serais content de débattre avec eux.

 Je terminais mon précédant billet par ces mots : 

De manière lapidaire et univoque, le tiers-monde était et resterait ontologiquement la terre des damnés victimes de la colonisation. Ce fut notre dogme le plus indiscutable. Et parce qu’il fut dominant pendant des siècles, l’Occident resterait (ontologiquement, lui aussi) responsable du malheur de ces damnés. Les tyrans exotiques avaient beau opprimer leurs peuples, la plupart d’entre nous continuaient de fermer les yeux. Je les entends encore, ces indignés : « Après les avoir colonisés pendant plus d’un siècle, on ne va tout de même pas leur faire des leçons de démocratie ! Ce serait indécent ! » 
Un demi-siècle plus tard, nous voyons les fruits de notre décence…

Notre décence et notre sens de la retenue ont été jusqu’à nous interdire, pendant longtemps, de considérer la question de l’esclavage de manière globale. Bien sûr, nous avons condamné, et avec la plus grande détermination, l’esclavage « transatlantique », celui pratiqué par les Européens entre le XVIe et la première moitié du XIXe siècle et que la loi Taubira a défini comme un crime contre l’humanité[1]. C’est bien. Quoique, comme l’a dit Mona Ozouf, c’est-là « pendre des squelettes ».

Cependant, lorsqu’un scientifique comme Olivier Pétré-Grenouilleau, qui a consacré des années de recherches à l’esclavage, publie en 2004 une somme sur la question, Les Traites négrières. Essai d’histoire globale[2], il est qualifié de négationniste et traîné dans la boue. Et pourquoi ? Parce qu’il a parlé des traites négrières : la traite transatlantique, mais également celle conduite par les Africains eux-mêmes, et celle organisée par les Arabes. Puis, propos aggravants, pour avoir déclaré que la logique et le but de l’esclavage n’étaient pas l’extermination mais l’exploitation. Le fait d’avoir analysé la question dans sa globalité et de l’avoir définie, aura suffi à le disqualifier. Du crime imprescriptible de l’esclavage, il ne pouvait y avoir qu’un seul coupable : l’Occident. Quant aux responsabilités des autres populations esclavagistes, la question ne sera pas posée : « Il ne faut pas trop évoquer la traite négrière arabe pour que les jeunes Arabes ne portent pas sur leur dos tout le poids des méfaits des Arabes », a déclaré Christiane Taubira[3]. Comment comprendre cette étrange déclaration, sinon que Taubira tombe à son tour dans l’amalgame : elle juge que, de même que les Occidentaux sont comptables de la traite transatlantique, les jeunes arabes le sont de la traite négrière arabe. Prise dans cette idée de culpabilité collective héréditaire, elle l’applique également aux descendants des esclavagistes arabes. Une situation perdants/perdants, en quelque sorte…

Une dizaine années après l’affaire Pétré-Grenouilleau, une nouvelle polémique s’engagera en 2015 autour de l’analyse historique du Code Noir faite par Jean-François Niort[4].

C'est ce dont je vous parlerai demain.

Je vous invite à me suivre sur mon blog : 

Les musulmans ne sont pas des bébés phoques - De notre déni considéré comme l'un des beaux-arts 

 

[1] La loi nº 2001-434 du 21 mai 2001 tendant à la reconnaissance de la traite et de l’esclavage en tant que crime contre l’humanité, dite « Loi Taubira », stipule que :

Article 1er : La République française reconnaît que la traite négrière transatlantique ainsi que la traite dans l’océan Indien d'une part, et l'esclavage d'autre part, perpétrés à partir du XVe siècle, aux Amériques et aux Caraïbes, dans l’océan Indien et en Europe contre les populations africaines, amérindiennes, malgaches et indiennes constituent un crime contre l'humanité.

Article 3 : Une requête en reconnaissance de la traite négrière transatlantique ainsi que de la traite dans l’océan Indien et de l’esclavage comme crime contre l'humanité sera introduite auprès du Conseil de l'Europe, des organisations internationales et de l’Organisation des Nations unies.

On remarquera que cette loi Taubira reste en deçà du décret d’abolition de l’esclavage du 27 avril 1848, qui condamne et interdit tout esclavage, et non seulement l’esclavage transatlantique et dans l’océan indien.

[2] Paris, Gallimard, 2004.

[3] L'Express, 4 mai 2006.

[4] Jean-François Niort, Le Code Noir: idées reçues sur un texte symbolique, Paris, Le Cavalier bleu, 2015.

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