Des coquetteries poétiques d’un haut fonctionnaire multiculturaliste

Je suis écrivain et éditeur. Je publie un blog sur le site du Monde : Les musulmans ne sont pas des bébés phoques – De notre déni considéré comme l’un des beaux-arts http://andreversaille.blog.lemonde.fr, et dédié aux musulmans qui luttent contre la barbarie islamiste.

Mon blog sur le site du Monde : Les musulmans ne sont pas des bébés phoques – De notre déni considéré comme l’un des beaux-arts  recueille des commentaires pratiquement tous positifs. 

Mais ce qui m’intéresse, c’est le débat, or celui-ci n’est intéressant que s’il confronte des opinions divergentes. C’est pourquoi j’ai décidé de rejoindre Médiapart qui me paraît le site idéal car il réunit des blogueurs de qualité dont la majorité devrait être en désaccord avec mes analyses.

Je serais content de débattre avec eux.

En librairie le 10 octobre :

 

musul-couv

À l’unisson de la vision multiculturaliste de l’Étranger régénérateur de notre société moisie, dont je vous ai entretenu hier, Thierry Tuot, auteur du Rapport au Premier ministre sur la refondation des politiques d’intégration[1] inscrira en exergue de son expertise ce bout d’élégie de Novalis tirée des Hymnes à la Nuit : « Et plus qu’eux tous, l’Étranger, Superbe aux yeux profonds, à la démarche légère, aux lèvres mi-closes, toutes frémissantes de chants… »

Et voilà comment, à force de mépriser la culture classique décrétée « bourgeoise dominante », nous finissons par avoir des haut-fonctionnaires incultes. Ah, l’ambitieuse affectation ! Coquetterie de boutons de manchette… En recopiant d’un quelconque recueil de citation cette pièce à conviction de quelques vers, Thierry Tuot n’a visiblement pas saisi que l’Étranger du romantique Novalis est métaphorique. Il s’est persuadé que celui-ci se réfère aux immigrés, et ne doute pas que ces bribes poétiques nous aideront à réfléchir aux bouleversements démographiques dus aux gigantesques mouvements migratoires, pourtant inimaginables au XVIIIe siècle.

Dans son rapport, le haut-fonctionnaire vide de son sens le principe de l’intégration : il ne s’agit plus pour l’immigré de s’intégrer, mais simplement de « s’inclure », un peu comme un passager dans un bus, sans que cela n’implique quelque adhésion que ce soit à la nation ou à ses valeurs, ni aucun principe de solidarité avec sa population. Par ailleurs, il déplore que beaucoup de Français continuent à regarder comme étrangers des immigrés ayant acquis la nationalité française. Ce faisant, il met le doigt sur l’un des nœuds de la question. Malika Sorel-Sutter[2] le rappelle : « Pour les autochtones de n’importe quel pays, une personne est reconnue comme intégrée une fois qu’elle est identifiée comme partageant la même conception de principes[3].»

 Qu’une communauté défende des valeurs concurrentes à celles de la société d’accueil ne pose pas de problèmes tant que celles-ci ne lui sont pas contradictoires, sans quoi elles peuvent menacer la cohésion nationale qui repose sur l’adoption d’un minimum de valeurs communes, en l’occurrence, la liberté individuelle et le non assujettissement à la communauté d’origine, l’égalité entre les hommes et les femmes, la neutralité religieuse, le respect de l’individu dans sa liberté de pensée, de jugement et d’opinion, toutes choses que les immigrés sont appelés à adopter. 

Le même Thierry Tuot parle d’une « célébration angoissée d’un passé révolu d’une France chevrotante et confite dans des traditions imaginaires…» Quel mépris pour l’histoire et le patrimoine ! Et quelle incapacité de faire la différence entre la nécessité d’une évolution progressive d’une société et l’appel à un bouleversement brutal imposé au nom d’une vision idéologique obsédée par la culpabilité.

La semaine prochaine, je vous entretiendrai de l’affaire Daoud.

 

Vendredi 22 septembre : Quand Kamel Daoud est accusé d'islamophobie
Lundi 25 septembre : L’affaire Daoud, le viol et le déshonneur de certains sociologues progressistes

 

[1] La grande Nation : pour une société inclusive – Rapport au Premier ministre sur la refondation des politiques d’intégration. http://www.ladocumentationfrancaise.fr/var/storage/rapports-publics/134000099.pdf

[2] Membre du Haut conseil à l’intégration de septembre 2009 à décembre 2012, c’est-à-dire jusqu’à sa dissolution par François Hollande.

[3] Malika Sorel, « La négation du facteur culturel ne peut mener qu’à l’échec des politiques d’intégration », sur le site d’Atlantico, < http://www.atlantico.fr/decryptage/negation-facteur-culturel-ne-peut-mener-qu-echec-politiques-integration-malika-sorel-815925.html>. Voir aussi Malika Sorel, Immigration/Intégration, Paris, Mille et une nuits, 2011.

 

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