Une dictature sans faille : une nécessité patriotique !

Je suis écrivain et éditeur. Je publie un blog sur le site du Monde : "Les musulmans ne sont pas des bébés phoques". Il est dédié aux musulmans qui luttent contre la barbarie islamiste. Dans ce billet, je fais la critique de ma famille idéologique, la gauche de la gauche, dont je fais toujours partie, et de son aveuglement face aux dictatures du tiers-monde.

Mon blog sur le site du Monde : Les musulmans ne sont pas des bébés phoques – De notre déni considéré comme l’un des beaux-arts  recueille des commentaires pratiquement tous positifs. 

Mais ce qui m’intéresse, c’est le débat, or celui-ci n’est intéressant que s’il confronte des opinions divergentes. C’est pourquoi j’ai décidé de rejoindre Médiapart qui me paraît le site idéal car il réunit des blogueurs de qualité dont la majorité devrait être en désaccord avec mes analyses. 

Je serais content de débattre avec eux.

 

La mise au pas et l’autoritarisme s’instaurèrent dans les Etat décolonisés sans que nous, les « tiers-mondistes », cillions. Une fin grandiose justifiait des moyens, peut-être parfois regrettables, mais indispensables, clamions-nous.

À partir de là, les populations se retrouvèrent enfermées dans des tyrannies d’autant plus opprimantes qu’impossibles à dénoncer : galvanisante sous la colonisation, la critique de la domination s’avérait impensable après l’Indépendance. On ne dénonce pas les héros de l’émancipation. On ne dénonce pas ses frères. Ce serait trahir. Certains l’auraient-ils tenté, leurs voix auraient été inaudibles. Car, en plus de la dictature, nous étions là, nous les tiers-mondistes, la conscience du monde, et nous veillions au grain. Couvertes par nos perpétuelles ovations d’infatigables compagnons de route qui n’en finissaient pas de congratuler ces ex-combattants en qui nous refusions de voir les destructeurs d’un semblant de démocratie naissante, aucune voix dissidente ne serait entendue.

Malgré l’évidence, nous ne voulions pas admettre que des peuples dominés pouvaient surgir des dominateurs aussi implacables sinon plus que les anciens administrateurs d’un colonialisme vieilli dont la vigueur s’était bien affaiblie. Étouffés de bonne conscience tiers-mondiste, englués dans l’opiniâtre fidélité à notre ligne, nous ne marchandions jamais notre soutien aux dictateurs pour autant qu’ils veuillent bien se déclarer progressistes. Notre compréhension à leur égard fut sans concession.

Aveugles au choix du nationalisme excluantque ces tyrans avaient choisi d’instaurer, nous avions été jusqu’à applaudir leur détestation de l’Occident. Et ce nationalisme bientôt exacerbé ne manqua pas de dénoncer l’« ennemi intérieur » ou le « saboteur » de l’édification nationale : toute critique fut dénoncée comme antipatriotique et à la solde de l’impérialisme occidental.

En Algérie et dans d’autres États arabes décolonisés, on voyait déjà poindre la nécessité pour leurs autorités d’apparaître comme la perpétuelle victime de l’Occident. Et ce sentiment d’une impuissance de dominés irresponsables, nous le leur avons lourdement infusé, avalisant du même coup leur autoritarisme comme un moment de transition inévitable, un « despotisme de défense » dû à la guerre que les Occidentaux continuaient souterrainement à infliger à leur nation… Ainsi avons-nous pleinement légitimé cette instrumentalisation de la situation internationale à des fins de politique intérieure, reproduisant l’argument bolchevik qui bâillonna pendant tant de décennies les populations russes : l’impératif d’une dictature sans faille par nécessité patriotique.

La lutte pour l’émancipation des peuples colonisés était certes exaltante, mais pourquoi nous sommes-nous sentis obligés de sacraliser, inconditionnellement et pour l’éternité, la cause de régimes tiers-mondistes dévoyés ?

Nous qui n’arrêtions pas de nous flageller la coulpe pour les péchés de nos aïeux, combien de temps sommes-nous restés aveugles à nos propres lâchetés ? Et combien de temps encore refuserons-nous de réfléchir à la part de responsabilité de tant de tiers-mondistes, candides ou cyniques ou les deux, dans bien des échecs de la décolonisation, notamment de celles des pays arabes et d’Afrique noire ?

Avons-nous seulement pensé au désarroi et à l’isolement des décolonisés humanistes face au désastre, coincés qu’ils furent entre la dictature à l’intérieur, les ricanements d’ex-colonialistes à l’extérieur, et nos applaudissements réjouis à l’endroit de leurs oppresseurs ? À cause de notre omerta, il leur faudra des années pour parvenir à briser le silence. Les dissidents de la décolonisation n’auront même pas eu le soutien que nous avons tardivement apporté à ceux de l’empire soviétique…

 

Mardi 30 mars, je vous entretiendrai de notre sentiment de culpabilité qui nous donne si bonne conscience…

 

 

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