Et un nouveau profil de libriste

Tux

> Bonjour, pouvez-vous vous présenter un peu pour commencer ?

Je m’appelle Olivier, j’ai une formation en sciences humaines, et je suis un ex cadre. J’anime chaque samedi le magazine #HotLine sur Radio Ici&Maintenant! (FM 95.2), émission en direct qui traite d’informatique.

 > Comment avez-vous découvert les logiciels libres ? C’était il y a longtemps ?

Ma première rencontre avec le logiciel libre date du milieu des années 90. A l’époque je squattais la salle informatique de mon UFR qui disposait d’un accès Internet. Plutôt à l’aise avec les machines, je me suis retrouvé à faire pas mal de support informatique auprès d’étudiants dont la plupart n’avaient jamais touché un ordinateur. C’est comme ça que je suis devenu assez pote avec l’admin système dont le poste était sous RedHat. Ne reconnaissant pas le bureau Windows et l’interrogeant sur le sujet, il m’a expliqué ce qu’était Linux, j’ai tout de suite voulu expérimenter. Autant dire que mes premières tentatives d’installation ont été une succession de catastrophes. Je n’ai jamais réussi à faire tourner KDE qu’il fallait compiler à la main… La configuration d’XFREE était une galère incroyable. Bref, c’est à partir de ce moment là que j’ai commencé à m’intéresser aux logiciels libres recherchant toutes les alternatives non propriétaires disponibles pour remplacer les logiciels commerciaux imposés à tout utilisateurs de PC sous Windows tandis que je remettais à plus tard ma bascule vers GNU LINUX.

 

 > Qu’est-ce qui vous a plus et qui vous a donné envie de vous impliquer ?

Ce qui m’a plu, c’est d’abord le fait qu’une alternative existe aux logiciels propriétaires et notamment à Microsoft Windows. J’ai toujours préféré les nationales aux autoroutes. Ensuite, je pense que le modèle de développement et de distribution colle plutôt bien à la vision que j’ai d’une société plus humaine, ignorante du profit et de la compétition, articulée sur l’échange et le partage.

Je n’ai jamais eu « envie de m’impliquer », je ne suis pas un militant dans l’âme. Mon engagement à promouvoir le libre tiens à une inclination naturelle à partager ce qui me paraît aller dans le sens d’un accès de chacun à l’autonomie.

Or, utiliser des logiciels libres, comprendre puis adhérer aux principes de l’open-source me semble être un élément parmi d’autres pour accéder à ce but.

 > Comment vous est venu l’idée de cette émission de radio, et pourquoi ?

Je ne suis pas le créateur de cette émission. Depuis le 21 juin 1981, Radio Ici&Maintenant ! consacre les samedis après-midi aux « nouvelles technologie ». Dans ses premières années, la radio diffusait des programmes sur les ondes que les auditeurs enregistraient sur cassette… Plusieurs générations d’animateurs se sont succédées, et à chaque fois, bien que toujours sur la même case horaire, le contenu s’est adapté à la personnalité derrière le micro et les potards. Le concept même de Hotline, l’idée de faire une émission entièrement consacrée à de l’assistance informatique est hérité de mon prédécesseur, Richard, qui tenait une boutique à quelques encablures des studios et a assuré l’antenne durant quelques années.

J’avais participé comme chroniqueur à la mouture précédente qui s’intitulait « conférence de rédaction.com » ; sorte de debrief sur l’actualité geek de la semaine. On était en 2001, autant dire que c’était plutôt précurseur. Ensuite, j’ai animé des magasines plus orientés politique et société jusqu’en 2004 tout en continuant de m’occuper de toute l’informatique à la radio que j’ai intégralement migré sous linux.

Lorsque j’ai pris la relève de Richard partis en retraite en 2008/ 2009, j’ai fais un mix des deux émissions. J’ai conservé la partie assistance et « éditorialisé » sur les thématiques portées par le libre.

 

 > Que pensent vos auditeurs du libre ? Comment voient-ils ce mouvement ?

D’une façon générale, et il faut un peu connaître la radio pour l’imaginer sans peine, tout mouvement qui se présente comme alternatif et dont la légitimité s’éprouve est à même d’intéresser nos auditeurs.

Durant la première année de l’émission, j’ai organisé une install partie dans les locaux de la radio tout en assurant le direct, passant des uns aux autres pour recueillir leurs impressions sur la métamorphose de leur environnement de bureau. Je m’étais entouré d’un de mes amis debianiste converti à Ubuntu ainsi que d’un auditeur venu nous aider. Nous avons traité une vingtaine de PC et reçus plus d’une soixantaine de personnes venus voir à quoi ce Linux pouvait bien ressembler. On distribuait les CD d’installation que nous avions obtenus de Canonical.

Durant plusieurs semaines après cette émission, les nouveaux migrés ont appelé durant l’émission pour poser des questions à mesure qu’ils prenaient le contrôle de leur système d’exploitation tandis que d’autres, perdus dès le premier écran du CD sur lequel ils s’étaient décidés à booter, finissaient leur installation avec notre aide, en direct.

Tout cela a clairement contribué à entériner l’orientation de Hotline. Le verrous de l’inconnu avait sauté et cette époque coïncide avec l’arrivée d’UBUNTU qui a su rendre Linux plus accessible.

Pour autant, il ne s’agit pas d’imposer un modèle contre un autre. Ce que j’essaie de faire, c’est éduquer aux problématiques du libre pour que chacun puisse se déterminer en conscience. L’enjeu est de faire entendre qu’au non choix d’utiliser un environnement et son écosystème logiciels peut se substituer un choix politique, la prise en main et le contrôle d’une informatique qui jalonne chacun de nos actes les plus banals.

> Quels sont vos projets pour l’avenir ?

Dans l’avenir immédiat, je souhaite organiser une nouvelle install partie à la radio. Cela demande un peu d’organisation et surtout, des collaborations extérieures car je pressens une grande participation compte tenu du contexte actuel : la défiance croissante de chacun vis à vis des géants de l’Internet et la sensibilisation à des thèmes qui touchent au social et à l’écologie (obsolescence programmée du matériel qui fini sans retraitement dans des décharges à ciel ouvert à l’autre bout du monde, condition de production inhumaine et participation de chacun à l’exploitation de millions d’enfants, de femmes et d’hommes pour que continue de se vendre cet erzatz de bonheur venté par des politiques marketing obscènes…

Depuis les révélations d’Edwards Snowden la preuve est faite que chacun est prisonnier de chaînes numériques ; ce qui change, c’est que personne ne peut plus être une victime sinon consentante. Quand « on se doutait », cela restait confortable de l’ignorer, maintenant « qu’on sait », la posture est plus délicate à tenir.

Ce contexte profite à la promotion du libre et à la philosophie que porte l’OpenSource.

> Que pensez-vous de la communauté du logiciel libre, et de son évolution.

N’étant pas militant, je fraie peu dans ce milieu. Depuis presque un an, je diffuse la revue de presse du libre que produit l’APRIL mais je n’ai jamais reçu l’un de ses membres à l’antenne. Quand à la Quadrature du Net qui milite notamment pour un Internet neutre, on l’entend de façon régulière par la voix de Philippe Aigrain que Lissandru, autre animateur de la radio, contacte régulièrement pour des antennes en semaine.

Globalement, j’ai toujours un problème avec le positionnement des groupes et associations qui sont moins dans l’éducation populaire que dans l’évangélisation condescendante des masses. Peu importe l’intention, imposer un modèle contre un autre ne me semble pas productif. Expliquer, débattre concrètement de ce qui prévaut au fonctionnement de chacun de ces modèles en terme politique, social et économique permet à chacun de prendre ses responsabilités vis à vis de ses choix… ou de ses non choix. En clair, il ne s’agit pas de juger la façon dont chacun agit vis à vis de son écosystème informatique mais plutôt de s’assurer qu’il le fait en conscience.

> Le mot de la fin, pour donner envie de rejoindre le mouvement du libre ?

Le savoir, c’est le pouvoir ; il se partage.

 

 > Merci beaucoup d’avoir accepté de répondre à cette petite interview.

 

ANDRE Ani

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