Profil de Libriste : Frank

cozy
> Bonjour, et bienvenue. Tout d’abord, présentez-vous un peu.

Bonjour Prof Tux, je m’appelle Frank Rousseau, j’ai 32 ans et je suis libre comme l’air ! Bon en fait j’ai pas grand chose en commun avec GTO. J’aime juste passer beaucoup de temps devant mon ordi pour faire des sites et applications web et ce depuis plus de 15 ans. Et ce en tant que hobby ou activité professionnelle. Aujourd’hui je suis Co-Fondateur et Directeur Technique de Cozy Cloud, une startup qui réalise des clouds personnels libres.

> Quand et comment avez-vous découvert les logiciels libres ?

A l’époque où on montait nos premiers ordinateurs, mon frère nous a vite installé un Linux à la maison, une Slackware. Je me rends compte aujourd’hui qu’à l’époque j’y comprenais pas grand chose, mais j’ai découvert à ce moment la culture libre.
J’aimais bien les outils comme le window manager Enlightenment, l’éditeur d’images Gimp ou le navigateur web Mozilla. Ces logiciels avaient de la personnalité et j’aimais bien l’état d’esprit qu’il y avait derrière.

> Qu’est-ce qui vous a plus et qui vous a donné envie de vous impliquer ?

En fait je me suis impliqué à chaque fois que j’en ai eu marre d’une situation. Ca a commencé avec les histoires sur la musique en ligne, comme quoi on était des voleurs si on téléchargeait de la musique (à l’époque Spotify, Deezer & co n’existait pas). Avec des amis on a décidé de monter une radio qui ne passe que des musiques sous licences libres, comme ça à chaque fois que quelqu’un aimait un morceau, il pouvait le télécharger sans se sentir coupable.

J’ai adoré ce projet. J’ai découvert tout une scène d’artistes inconnu du grand public. Au bout de 3 ans j’avais un peu fait le tour du sujet et je suis passé à autre chose.  Mais voilà rapidement, une autre histoire est venu me titiller : le fait d’utiliser un réseau social compromettait ma vie privée. Du coup, je me suis dit tiens je vais développer un réseau social sous licence libre qui permettrait à chacun de maitriser ses communications (chaque utilisateur s’auto-héberge).

A ce moment là je me suis rendu compte que je m’amusais et progressais beaucoup plus en faisant du logiciel libre. En plus de parfaits inconnus s’intéressaient au projet et je pouvais leur être utile. Là c’était trop tard pour moi, j’étais déjà complètement accroc !

> D’où vous est venu l’idée de Cozy, ce cloud libre personnel, et pourquoi ?

Cozy est le fruit d’une rencontre. En décembre 2011, je me retrouve au chômage avec quelques indemnités. J’avais depuis longtemps envie de me lancer dans l’aventure entrepreneuriale. J’avais déjà quelques idées mais encore rien de décidé.

En lisant un post sur le framablog sur la vie privée, je vois le premier commentaire d’un certain Benjamin qui dit chercher des gens pour monter un projet pour résoudre le problème. Voyant ça je le contacte. Il avait pour idée de monter une entreprise qui distribuerait des serveurs personnels, en le rendant facile à administrer pour y déployer ses services personnels. De mon côté, j’avais eu les même réflexions avec Newebe (plus orienté vers le social). Il avait développé quelques installs et script sur son serveur en ligne. Pour ma part, j’avais prototypé quelque chose sur un Sheeva Plug à la maison. Bref, on s’est vite compris ! Du coup on a commencé à travailler sur le projet très rapidement à plein temps.

En avançant on s’est vite rendu compte qu’en plus de résoudre les problèmes de vie privée, le serveur personnel permettait de résoudre beaucoup de soucis liés à la fragmentation des données. C’était d’autant plus motivant. A la fois on apportait un bout de solution à un problème de société important et en même temps on amenait quelque chose de nouveau.

> Où en êtes vous de ce beau projet, les choses semblent plutôt bien avancer ?

Oui on a eu le droit à des investissements extérieurs. Résultat on est 12 à travailler à plein temps sur Cozy. Le logiciel progresse vite et bien. On va bientôt arriver à une base complète et stable. On travaille avec un beau distributeur pour permettre bientôt à n’importe qui de louer des Cozy en lignes tout bien configurés.
A côté de ça quelques grosses boites sont intéressées par le paradigme et voudrait proposer leur app pour Cozy. On commence aussi un partenariat avec une école ou les étudiants ont leur support cours et emploi du temps dans un Cozy pré-rempli qui leur ait offert à leur arrivée.

Pour l’instant tout va bien mais on aura notre heure de vérité quand on sera confronté au grand public via notre distributeur. Là il faudra que Cozy soit bien prêt.

> Comment peut-on aider et participer à Cozy ? Chacun peut développer ses propres applications ?

Et bien je dirais comme avec tout logiciel libre : en rapportant un bug, en améliorant la documentation, en développant une fonctionnalité ou tout simplement en passant le mot ! Un message sympa sur le forum nous motive beaucoup aussi.
En plus ce qui est super avec Cozy, c’est qu’on peut développer sa propre app et la partager via une URL de dépôt Git. L’intérêt de développer une app Cozy est qu’on peut développer son app en réutilisant les données des applications existantes. En tant que développeur, on perd donc beaucoup moins de temps à créer de nouvelles fonctionnalités (par exemple, pas besoin de réimplémenter une gestion de contacts à chaque fois, ils sont déjà là). Comme nous aussi sommes des développeurs webs, on a fait en sorte que l’appli développée soit le plus proche d’une appli traditionnelle. Du coup il est très facile de transformer son appli Cozy en appli autonome.

> Comment voyez-vous l’avenir de l’auto-hébergement ? Et du web en général (surveillance de masse, fermeture administrative…) ?

Je vois plutôt un bel horizon. D’une part, avec les récents scandales, les gens ont pris conscience des problèmes liés à la vie privée. Ce qui génère un bon terreau pour l’auto-hébergement. De plus chez Cozy, on se rend compte aussi que beaucoup de sociétés se sentent menacées par les géants du cloud. Ils s’attaquent à tous les secteurs. Résultat ça fait beaucoup de monde à la recherche d’une alternative.
Là où je suis pessimiste c’est que j’ai peur qu’une « élite » technophile et avertie s’auto-héberge en utilisant des logiciels comme Cozy quand la plupart des gens restent chez les géants du cloud, un peu comme avec les mangeurs de produits bio et les consommateurs de McDonald.

> Avez-vous d’autres projets pour l’avenir ?

Pour ce qui est de Cozy, nous sommes très concentrés sur nos applications actuelles. Derrière, nous serons guidés par les retours de notre lancement public. Nous sommes intéressés par plusieurs champs mais pour l’instant le plus prometteur est de devenir la première bonne alternative aux services de Google notamment sur les mails, le calendrier, les contacts et les fichiers.
En parallèle on a lancé notre labs où on expérimente des technologies légères pour déployer Cozy sur des petits matériels et pour faciliter le développement d’applications auto-hébergées.

A titre perso, j’ai des idées qui fourmillent mais je ne peux pas me disperser pour le moment. Mon projet court terme et compatible avec Cozy est de contribuer plus à d’autres projets. Je m’intéresse notamment à ExpressJS, PouchDB, Rocket et Io.js, des projets qu’on utilise ou voudrait utiliser. Mon objectif est de faire un retour d’expérience sur la contribution vue des deux côtés (vue du contributeur et vue du receveur de contributions).

> Merci beaucoup d’avoir accepté de répondre à cette petite interview.

Merci à toi. Tu nous suis depuis un bon moment et ça nous motive beaucoup !

 

 

ANDRE Ani

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