Imagine, tu es mort, mais tu vois la longue rue que chaque jour tu remontais vers la place du Panthéon, à vingt ans. Tu la vois; mais ce n’est plus la tienne; elle n’est plus pour toi, et ne le sera jamais plus. Mais alors, c’est que déjà tu es mort: car tel est le cas. Imagine, à vélo, les deux sacoches latérales pleines de livres, tu fais halte place de la cathédrale, dans ta ville natale, pour écouter le grand jeu des cloches du samedi soir, en face de l’Ancien Corps de garde, façade pure Renaissance. Mais alors, c’est que tu es déjà mort, car dans ta ville natale tu ne retourneras pas. La douleur du fantôme, ne l’avais-tu pas d’avance goûtée au bras de ta première copine à regarder, depuis la rue de l’abbé de l’Épée, au travers de la grille, le Jardin du Luxembourg entièrement désert, car il venait tout juste, à la brune, de fermer? Car vous alliez rentrer, par la rue Vavin, dans votre refuge, quelle sécurité! quelle douceur! et bientôt elle t’aura quitté. Telle est la vie que déjà elle se fane.
Billet de blog 18 novembre 2025
La souffrance des fantômes.
Imagination à vif imaginez.
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