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Billet de blog 21 mai 2023

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« Ceci est le morceau probatoire à Leipzig »

Mai 1723, il y a présentement trois-cents ans, Bach s’installe, avec sa famille, à Leipzig; il vient d’y être nommé Cantor de l’église Saint-Thomas, succédant à Johann Kunau…

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…Kunau qui succéda à Johann Schelle, élève de Heinrich Schütz, lequel Schelle succéda, in einer Schale, dans une soucoupe, volante ou pas, à Johann Hermann Schein, ami de Schütz, France-Musique, « le Bach du dimanche », et «la cantate du Bach du dimanche », par Corinne Schneider, de sept à neuf heures le dimanche matin; ce 21 mai 2023; um Corinnen zu ehren, oder: zur Ehre Corinnen.  Corinne Schneider rappelle les circonstances, et nous donne à entendre successivement des extraits d’un Magnificat de Kunau, de cantates de Schelle et de Schein; ainsi que du Magnificat écrit en 1722 par Graupner, pressenti pour le poste de Cantor, et d’une pièce de Telemann, qui est dans le même cas; mais qu’une demie-heure après j’ai déjà oubliée. Graupner reste à Darmstadt avec une augmentation de salaire, et Telemann à Hambourg, où il règne sur cinq églises (dixit CS). Si bien que si Bach accède au poste, c’est grâce au carriérisme des deux que les Autorités avaient sollicités avant de penser à lui. Le carriérisme a du bon, et même Dubonnet de Cantor. Le 7 février 1723, Bach donne sa cantate BWV 22; le manuscrit autographe porte la mention, d’une main étrangère (CS):  « Ceci est le morceau probatoire à Leipzig »; et le 30 mai 1723, la première cantate du premier cycle liturgique luthérien, celui qui s’ouvre après la Trinité, la BWV 75, « Die Elenden sollen essen », il faut que les misérables mangent. À un moment, on entend à la trompette le cantus firmus du choral; profitons-en pour souligner la grande beauté de la plupart des chorals inventés par la Réforme allemande, sans lesquels Bach n’est pas concevable. Mais ce qui frappe, quand on entend à la suite ces morceaux apparentés, ceux de Kunau, Schelle, Schein, Graupner, et Telemann, puis Bach, c’est, évidemment, la transcendance de Bach. Oui, oui, les autres ont de grands, de très grands mérites, (et Heinrich Schütz, attention, les amis, est un très grand: « Heinrich Schütz schwieg », il se tut, coup de tonnerre au début du merveilleux livre de 1979 de Günter Grass, das Treffen in Telgte); et il existe des mètres linéaires d’ouvrages sur ce qu’il y a de commun entre Bach et eux; néanmoins, eux, c’est de la Prachtmusik, de la musique d’apparat, avec de la ferveur, c’est entendu, et de nombreuses « Schablonen », de nombreux stéréotypes, disons, des espèces d’écorces, en allemand on dit « leere Schablonen », des stéréotypes vides, (question que j’ai déjà posée au début de ce blog, existe-t-il des stéréotypes pleins? gibt es eigentlich fulle Schablonen?) - Bach, ça n’a rien à voir, c’est tout autre chose, même si les oripeaux sont semblables, parfois, même, presque identiques. Non, ce n’est pas une illusion rétrospective. Justement,  le mérite d’une émission telle que celle-ci est de montrer avec évidence que le partage est immédiat; oui, Bach est proche de Graupner, c’est incontestable; et pourtant, tout semble neuf. C’est le sentiment le plus simple, et quelle surprise! Bach est archiconnu, rabâché ad nauseam quelquefois, mais soudain, confronté à ses pairs, ses supérieurs, ses concurrents, il est neuf; pas entièrement, mais presque. À quoi tient cela? À plein de choses, que les musicologues excellent à expliquer; mais,  somme toute, le mystère reste à peu près intact. Comme d’habitude, quand il y en a.  Et le charme, l’un des plus puissants. Assurément, cela a quelque chose à voir avec le « je ne cherche pas, je trouve »  (qui, à juste titre AUSSI, faisait grincer des dents Bram van Velde) - le mot de Picasso cher à Sollers (pauvre cher Sollers, la mort lui va mal). Qu’est-ce que le génie? On ne le sait pas, en somme. Il donne à voir, à entendre, à comprendre, ce que nul avant lui ne voyait, n’entendait, ne comprenait, et qui EST. Qui a peur de Jean-Sébastien Bach? - sujet d’une émission antérieure, à propos d’un livre érudit. Tout le monde, au départ, en fait. Peur éversée en extase. Pierre de touche: l’œuvre pour clavier, et surtout l’œuvre pour orgue, laboratoire central; nombreux, aujourd’hui encore,  sont ceux qui ne la supportent pas. Il y a là des choses, des expérimentations, affolantes, d’une radicalité demeurée incomparable. On en reparlera. Peut-être. Maybe. Deo volente. Inch’Allah.

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