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Billet de blog 27 décembre 2023

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Le cantique du veilleur

brève méditation inutile

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- inutile comme toutes les méditations - bien qu’il soit conseillé de revenir souvent à la plus fondamentale: que l’homme donc n’est qu’un balai. Un balai muni de son placard intégré. De sa chambre d’échos. Hall of Fame. Qu’est-ce qui est premier, du balai ou du placard? Qu’est-ce qui disparaît en dernier, ultimum moriens,  le placard vide, ou le balai dans la tempête? Il semble bien qu’à Gaza la solution ait été trouvée, et appliquée avec brio: ensemble. En-sem-bleu, en-sem-bleu! - comme le dit, fort justement, le slogan. J’avais un collègue et ami très cher, le professeur Huang Jizhong, de l’université de Pékin. Lors des Cent-Fleurs, ses aînés lui dirent, vas-y! parle! - et il passa subséquemment vingt années dans un camp de détention et de redressement, de 1958 à 1978. Sa femme avec leurs trois enfants en bas âge furent déportés en Mongolie Intérieure. Après la chute de la Bande des Quatre, on leur dit, tout va bien, vous êtes réintégrés au Parti Communiste de la République Populaire de Chine. Vous, Professeur, vous reprenez votre poste. Étant angliciste - il avait traduit, y a-t-il une vie avant la mort? oui! la preuve! il avait  - pour se faire un peu de pognon chinois - traduit en chinois La Case de l’Oncle Tom, un blockbuster - étant angliciste, donc, excusez-moi, c’est l’émotion - il s’était fait agréer comme traducteur officiel de l’Opéra de Pékin; et, lors d’une tournée américaine de cette ONG de réputation internationale, il joua la fille de l’air. La suite est banale. Réfugié dans une ambassade d’Amérique latine; statut de réfugié politique; merci quand même les Ricains, les choses aujourd’hui seraient peut-être moins lisses pour un Ouïgour de l’Opéra de la Fringue de Kashgar réfugié à l’ambassade du Vénézuela, à Paris. Un groupe de soutien extrêmement mince d’universitaires, dont un Quakker, merci Trembleur, lui dégota un poste, puis un second, lesquels il illustra, car, c’était l’un des plus profonds savants que j’aie connus. Il n’avait jamais été à l’école. Éducation confucéenne classique, à la maison, avec un précepteur. Cerise sur le gâteau, c’était aussi le taoïste littéral le plus pointu du monde occidental. La totale. Vingt ans de camp l’avait laissé intact - en apparence - les grands fonds me sont inaccessibles, malgré l’amitié, qui est l’enseigne de ma boutique. Quel plus fantastique éloge? Avant sa fuite, sa femme et lui avaient voulu, d’un commun accord, divorcer: « le coupe », lui, ne résiste pas; souvenez-vous de Varlam Chalamov, l’homme qui, au Jugement Dernier, aura Dieu à sa droite et le Christ à sa gauche: sa femme l’avait attendu pendant les dix-sept ans qu’il passa sur la Kolyma par moins soixante de froid dans les mines et parfois pieds-nus, et puis, non, ce n’était plus possible. Feu mon ami V.V. Ivanov, le grand hittitologue et indo-européaniste, neurologue, directeur de la Bibliothèque Nationale de Moscou, ami de Pasternak dans sa jeunesse, avait VU Chalamov, de ses yeux vu; et me décrivit son apparence à lui; c’est l’un de mes souvenirs les plus précieux. Mais à l’ami chinois et à sa femme, voici la réponse qu’on leur fit: divorcer? mais! vous n’y pensez pas! C’est impossible. Des membres éminents - comme vous - du Parti Communiste ne divorcent pas. Excellent. Qu’à cela ne tienne, une fois fixé aux USA, CC (Jizhong), comme on l’appelait, se démerda pour permettre à leur deux filles et à leur fils, et à leur mère, de le rejoindre. Hélas l’une des filles mourut de mort subite sur un livre dans une bibliothèque universitaire américaine. Le fils était à demi-fou; on peut le comprendre. Pour conclure, CC, qui, en dépit de mes objurgations, était revenu en Chine sur le tard, pour y mourir, y fut bel et bien assassiné, autour du 5 ou du 7 août 2001, comme le groupe de soutien - dont une Chinoise alliée au peintre Zao Wou Qi - eut bien du mal à l’établir. Je n’avais aucunement l’intention de raconter cette histoire, en y mettant le titre, non, je voulais simplement dire que j’en connais un qui n’a pas tant que ça changé de pavillon: dans son enfance il entendait chanter le Cantique du Veilleur, l’oriflamme des Luthériens, le grand pavois de Jean-Sébastien Bach, Wachet auf, ruft uns die Stimme, réveillez-vous, nous crie la voix; mais voilà, comme toute sa vie il a très peu dormi, d’où sa fiche signalétique Mediapart, veilleur, dans la voix se love une autre voix, il est temps de dormir, laquelle a raison? Va savoir! Peut-être n’y a-t-il pas de voix.  « Alors je rentrai dans la maison et j’écrivis, Il est minuit. La pluie fouette les vitres. Il n’était pas minuit. Il ne pleuvait pas »,

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