« De mortuis nihil, nisi bene », « au sujet des morts, rien, sinon en bien », en nous l’adolescent éternel dira: cet adage n’est, depuis l’Antiquité, qu’un faible indice parmi tant d’autres, qui sont beaucoup plus contraignants, de la congruence, modulo tribu, des termes « société » et «hypocrisie », hypocrisie totale et constitutive, que l’adolescent, devenu misanthrope chevronné, étendra, par généralisation prétendument abusive, à tout discours, le sien excepté: hypocrisie et société sont interchangeables, l’une « est synonyme » de l’autre. Mais l’idée première était autre: s’il ne faut, des morts, dire que du bien, c’est parce qu’en dire du mal ferait « revenir » ce mal. Deux choses, ici: puissance magique de la parole. Durant les quatre-vingt-dix-neuf centièmes de son histoire, l’humanité y a cru, et y croit encore un peu, bien que nous occupions maintenant l’infime promontoire extrême de cette histoire; non seulement toute parole est devenue inutile et vaine, mais encore, comme Baudrillard l’a dit très tôt chez nous, « si l’on parle d’une chose, c’est qu’elle a disparu ». Puissance ontologique du Mal. Toute la tradition philosophique occidentale, on le sait, de Platon à Leibniz, a voulu, à tout prix, considérer le mal comme erreur, ignorance, manque, non-être. Les rares exceptions, Jacob Boehme, Léon Chestov, ont été taxées d’irrationalisme, puis éradiquées du cursus. Regard en coulisse sur ce qu’est le rationalisme… Or, seul le mal est la réalité: c’est ce que dira un esprit sobre. Pensiero povero. Pourquoi, s’il faut un pourquoi? Parce que la teneur de mal dans le bien (à l’intérieur du bien) est supérieure à la teneur de bien dans le mal (au sein du mal). Proposition ridicule; entièrement métaphysique. Alors, plus sèchement: la probabilité de l’occurrence de ce qui disconvient dans ce qui convient est supérieure à la probabilité inverse. Pourquoi? Contemplez la Nature, et notre place infime. Par l’absurde: contemplez maintenant à quoi nos commodités l’ont réduite. Disconvenance absolue, mal radical: de la planète morte, rien, sinon en bien. De mortuo mundo nihil, nisi bene.
Billet de blog 29 décembre 2022
Nihil nisi
Pensiero povero (le roi Pelé est mort - The news, 20:00)
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