La destruction du bidonville de Paris était illégale !

Un jugement accordait un délai d’occupation aux habitants jusqu’au 15 juin 2016 afin de permettre « une prise en charge médicale » des familles pour mener à bien les traitements en cours à leur terme, ce qui est rendu aléatoire avec leur dispersion. La Préfecture de Police de Paris l'a ignoré !

Suite à la décision du Tribunal de Grande Instance ordonnant l’expulsion des occupants du terrain dit des « Poissonniers », Maître Julie Launois, avocate des familles, avait saisi le Juge de l’exécution d’une demande tendant à obtenir un délai. L’audience a eu lieu le 6 janvier 2016 et le jugement a été rendu le 27 janvier. L’avocate n’en a été informé que le 12 février.

Le jugement accordait un délai d’occupation aux habitants jusqu’au 15 juin 2016 afin de permettre « une prise en charge médicale » des familles pour mener à bien les traitements en cours à leur terme, ce qui est rendu aléatoire avec leur dispersion.

Le Tribunal ajoute que cette décision doit être adressée au Préfet de Paris par lettre simple « en vue de la prise en compte de la demande de relogement des occupants dans le cadre du plan départemental d’action pour le logement des personnes défavorisées. »

En ignorant (ou en attendant pas) ce jugement, en procédant à l’expulsion d’environ 350 occupants du terrain de la Petite Ceinture le 3 février, la Préfecture de Police de Paris s’est rendue coupable de voies de faits envers eux en bafouant une décision judiciaire.

Aujourd’hui cette évacuation tourne à la catastrophe humanitaire et sanitaire dans une des régions les plus riches d’Europe. La Préfecture n’a pas informé préalablement les habitants des chambres d’hôtels disponibles, solution inadaptée pour des familles, pour un séjour au demeurant très court, souvent en banlieue lointaine et pour une moitié d’entre eux seulement. Seule une soixantaine de personnes restent à ce jour hébergées en hôtels, menacées d’en être expulsées car arrivant à la fin de la période de 15 jours. D’autres sont allés grossir les bidonvilles de la région, en particulier en Seine Saint-Denis, y aggravant des conditions de vie déjà précaires. Les moins chanceux sont en errance dans les rues de Paris, pourchassés par la police qui aurait certainement beaucoup mieux à faire.

 

En réparation du préjudice subi, au-delà de la procédure de justice qui va être initiée par l’avocate, nous demandons que ceux qui veulent rester dans les hôtels puissent le faire le temps qu’il faudra à leur rétablissement, que ceux qui sont en errance puissent être accueillis dans les centres d’hébergement et surtout que les pouvoirs publics responsables de cette situation mettent à disposition un ou plusieurs terrains, parmi les nombreux aujourd’hui disponibles dans la Capitale et/ou la proche banlieue, afin que les occupants illégalement expulsés puissent y aménager des habitats dignes comme ils le souhaitent.

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