Le sort des bidonvilles parisiens se décident dans les prochains jours

Le sort des bidonvilles parisiens se décident dans les prochains jours, une décision de justice est attendue le 16 janvier. La Préfecture ne proposera rien d'autre qu'une destruction sans solution de relogement. Une alternative humanitaire proposée à la Mairie de Paris est actuellement à l’étude. Une course contre la montre est engagée.

En décembre 2015, une association des habitants du bidonville de la Porte de Clignancourt s’est créée « Les Bâtisseurs de cabanes », afin de sortir de l’impasse qui consiste à détruire les bidonvilles sans solutions de logement, obligeant ainsi les habitants à en construire d’autres comme seule alternative à dormir dans les rues. Cette association comprend environ 60 adhérents représentant environ 50 familles.

Dans son projet de proposer aux Pouvoirs publics des solutions, l’Association a reçu le soutien d’entreprises partenaires : une entreprise de construction « Habitats Solidaires », un cabinet d’architecture connu pour avoir participé à la réalisation du centre d’accueil des sans-abris du Bois de Boulogne, « Agence AIR Architectures », un charpentier membre de la coopérative « Alter-Bâtir », une entreprise d’insertion par un chantier-école « APIJ-Bat ». Le projet ainsi élaboré répond au besoin de logements temporaires des habitants en bidonvilles.

Ce projet a obtenu l’attention de la Mairie de Paris dont le Conseil a voté le 17 février 2016 un vœu stipulant qu’une étude de faisabilité sera menée « en tenant compte des initiatives et propositions portées par les acteurs associatifs ayant accompagné les familles qui occupaient le terrain de la Petite Ceinture dans le 18ème » pour « un projet d’habitat concerté à réaliser au plus tard en 2017 ».

L’étude de faisabilité promise est actuellement menée par la Mairie de Paris.

Ce projet est également en concordance avec le projet n°26 voté dans le cadre du budget participatif de Paris (« Des abris pour les personnes sans domicile fixe », le plus approuvé par les Parisiens, doté d’un budget de 5 millions d’euros) ainsi qu’avec un projet à financement européen, géré par la Région Ile-de-France, pour favoriser l’insertion des populations défavorisées telles que les Roms (suspendu en avril et qui doit être relancé avant mars 2017), doté également de plusieurs millions d’euros.

Après la destruction du bidonville de la Porte de Clignancourt le 3 février 2016, les membres de l’Association des Bâtisseurs de cabanes se sont trouvés dispersés dans plusieurs bidonvilles d’Ile-de-France en particulier à Epinay-sur-Seine, au Bourget, à Champs-sur-Marne, à Gennevilliers, à Saint-Denis, souvent détruits au bout de quelques jours ou plusieurs semaines.

Ces destructions fragilisent et précarisent des familles dont le souci est de pouvoir s’intégrer dans la société française comme de nombreux travailleurs étrangers l’ont fait avant eux. Ainsi que l’attestent en particulier les souhaits de scolarisation des enfants. Des bidonvilles, la partie la plus visible du mal-logement en France, ont existé dans le passé, mais jamais les pouvoirs publics n’ont mené de campagnes de destructions massives comme c’est le cas aujourd’hui sous couvert d’une discrimination ethnique.

A la suite des destructions des bidonvilles citées, les membres de l’Association des Bâtisseurs de cabanes se retrouvent actuellement sur les bidonvilles de la Porte de La Chapelle – Pont des Poissonniers dans le 18ème et rue Ernest Roche – Porte de Clichy dans le 17ème.

Une audience du tribunal en référé se tient le 6 janvier pour décider du sort des bidonvilles parisiens. La décision de justice est attendue pour le 16 janvier. Nous craignons un jugement défavorable, c’est-à-dire une destruction sous 48 heures, comme ce fut le cas l’an dernier, et qu’ainsi plus de 400 personnes dont de nombreux enfants se retrouvent de nouveau dans les rues de Paris ou de la proche banlieue par période de grand froid.

Une destruction sans réelle solution de relogement, c’est ce que prépare le Ministère de l’Intérieur, via la Préfecture de Police de Paris, puisque dès début janvier la police effectue les repérages.

 

Notre association demande une stabilisation de quelques mois de ces deux campements non seulement pour des raisons humanitaires opposables au droit de la propriété de la SNCF qui laisse ces terrains à l’abandon depuis plusieurs dizaines d’années, mais surtout afin de laisser le temps de construire un projet d’habitats temporaires dignes avec la Mairie de Paris pour les personnes résidantes en bidonvilles.

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