La CFDT, un nécessaire retour vers le futur

Le mouvement social combat les dérives libérales héritées du XIXème siècle, présentées comme modernes. Ce mouvement se renforcerait avec l'alternative d'une autre forme de société possible. Ce n’est pas le code du travail (3.860 pages, édition Dalloz) qu’il faut réformer, mais les codes des sociétés (2.864 pages) et du commerce (3.790 pages).

Aujourd’hui la direction de la CFDT, de cooptation en cooptation, est devenue le complément syndical de la fraction pro-gouvernementale du Parti dit Socialiste. Mais il fut un temps où les idées novatrices de la CFDT offrait au mouvement syndical une perspective autre que l’étatisation partielle ou totale de l’économie.

En témoigne le document d’orientation « Perspectives et Stratégies » adopté au 35ème Congrès confédéral (mai 1970).

Ci-dessous des extraits (Constats - Perspectives) de ce qui sera la feuille de route de toute une génération de militants, toujours d’actualité même si sa phraséologie date un peu.

Constats « Les travailleurs sont tenus à l’écart des centres de décisions dont cependant dépend l’essentiel de leur vie ; le pouvoir s’éloigne de plus en plus de la base et se concentre suite au phénomène général qui entraîne les entreprises vers le gigantisme. Cet éloignement est géographique et structurel : éloignement géographique avec centres de décisions situés parfois sur un autre continent, éloignement structurel, les holdings notamment suppriment toute possibilité de contact des travailleurs ou de leurs élus avec les centres de décision. »

« Au sein de l’entreprise, les droits arrachés par l’action accroissent le pouvoir des travailleurs mais ne changent pas un type de pouvoir et d’exercice de l’autorité qui relève d’une conception monarchique. Même lorsqu’elle cherche à se dissimuler sous un faux-semblant de participation, elle enserre le travailleur dans une hiérarchie rigoureuse rappelant la hiérarchie militaire et lui refuse tout droit d’intervention sur l’objet et l’utilité sociale de son travail. »

Contre le réformisme. « Aucune modification à ce système n’est de nature à répondre aux aspirations fondamentales de liberté et de responsabilité des travailleurs, la C.F.D.T. lui oppose donc le projet d’une autre société. »

« Pour la C.F.D.T. cette lutte a comme objectif fondamental de substituer à la société capitaliste et technocratique une société socialiste et démocratique, société qui assure à chaque homme, à chaque femme, la possibilité de construire librement sa personnalité à travers les rapports sociaux, les structures, le type de production et de consommation, d’en maîtriser le processus de développement et de construction, C’est une société autogérée. »

« Dans cette perspective, aucun secteur de la société ne peut rester en dehors de l’autogestion. L’autogestion, c’est la gestion des entreprises par les travailleurs mais aussi de l’ensemble de l’économie et de la cité par le peuple. L’autogestion répond au besoin fondamental de responsabilité, de justice et de liberté chez les travailleurs ; elle est de nature à créer un type nouveau de rapports sociaux basés sur l’égalité et la solidarité effectives. »

« C’est notamment dès l’entreprise que les travailleurs doivent devenir maîtres du produit de leur travail. Il s’agit de donner aux travailleurs et à leurs élus la responsabilité des décisions essentielles de la politique générale de l’entreprise et le pouvoir de nommer et contrôler les dirigeants sans transformer le syndicalisme en institution gestionnaire. »

« Pour le fonctionnement de ce système de gestion des entreprises, le rapport de base de la société capitaliste, en vertu duquel l’argent est source de pouvoir sur les personnes et sur les choses, devra être brisé. Dans ce but, les moyens de production doivent devenir une propriété sociale, c’est-à-dire non étatique, sous des formes appropriées aux différents types d’entreprises. »

« Au niveau de l’économie, le système de planification démocratique préconisé dès 1959 par la C.F.D.T. permettra l’élaboration des choix de la Nation dans un processus continu de confrontation entre les plans élaborés au niveau des entreprises autogérées, des collectivités territoriales notamment, permettant leur harmonisation et leur insertion dans les orientations de caractère national. »

« Au niveau politique, une économie ainsi structurée suppose un pouvoir qui soit le promoteur et le soutien de ces orientations fondamentales. Cela implique un cadre politique qui assure la garantie des libertés individuelles et collectives, permette le pluralisme, respecte les droits de l’opposition, l’indépendance du mouvement syndical, et enfin comporte des institutions politiques décentralisées. »

« Cette société décentralisée au triple plan de la propriété économique, des procédures de planification et des structures politiques s’oppose fondamentalement aux systèmes étatiques centralisés dont la preuve est faite qu’ils ne peuvent aboutir qu’au totalitarisme politique et à la disparition des libertés fondamentales. »

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