MM. Chalançon et Zemmour.

De quoi le spectacle qu’ils offrent est-il le signe?

Nous ne connaissions pas M. Chalançon, parce qu’il n’avait aucun titre à être connu de nous; mais voilà que M. Chalançon fait la Une, fait le buzz. Et commentaires de trotter, et M. Zemmour de faire grise mine, pour la première fois, peut-être, au motif d’un prurit autre que celui qui, en permanence, le dévore; mais nous ne connaissons pas non plus M. Zemmour pour autre chose que ce dont la rumeur remplit ses poches, à savoir d’être un monomaniaque en service commandé. Et maintenant, il s’agit de remettre les pendules à l’heure: ces deux messieurs ne sont rien, absolument rien, du vent, du vide, un pur néant. Non pas par nature; aucun être animé ou inanimé n’est rien par nature; mais eux, au cours d’une vie aussi riche et aussi misérable que n’importe quelle autre, ils se sont voulus, ils se sont choisis tels; ce sont des esclaves volontaires. De quoi ils se sont eux-mêmes constitués prisonniers, nous le savons, il y a pour cela bien des noms; mais nous n’allons pas nous y apesantir; ils se sont fait esclaves d’une injustice fondamentale qu’ils tremblent de ne voir pas définitive, de la prédation, de l’accaparement, de l’usurpation de privilèges exhorbitants, de la bassesse forcenée de l’accumulation, et d’un mépris criminel mis au principe de toute relation humaine, de toute économie, et de tout gouvernement. Eh bien! dira quelqu’un, cela fait beaucoup! assurément ce n’est pas vraiment rien! Si. En tant que ça parle, c’est rien, c’est du néant, du non-être. Or ils ne font que ça, s’exprimer, comme on dit maintenant, l’un à titre professionnel, et l’autre par hasard, depuis quelques jours. M. Chalançon vient de faire scandale, on n’y reviendra pas; et il estime de bonne politique d’assumer ce scandale en se vautrant publiquement dans une vulgarité qui a quelque chose de fantasmagorique; quant à l’autre compère, il n’a rien trouvé de mieux que de singer une perplexité modératrice de bon aloi. Soudain, M. Zemmour est un philosophe qui sonde l’abîme de ce qui est, en l’occurrence, une position intenable, et potentiellement dangereuse pour les usurpateurs dont il mange le pain. Je terminerai ces trop longues considérations, eu égard à la nullité de leurs prétextes et objets, par un conseil à toutes celles et ceux qui partagent les vues somme toute banales dont je me fais ici le porte-parole de passage: regardez-les parler très attentivement. L’appareil buccal de M. Chalançon est une espèce de solfatare où crèvent, à intervalles irréguliers, des abcès de boue; mais, de M. Zemmour, plus aguerri, on constate que le menton s’est amenuisé, que la bouche a fondu, que, pour un peu, il se mordrait les lèvres; et tout cet appareil tremble. Oui, il tremble. Lectrices, lecteurs, je vous laisse conclure. 

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