Bumo rgya bzah, Mgar rtsen gnia Womba, et la servante.

C’est une histoire tibétaine, que sa pertinence dont je trouve vers le moderne monde dans mon avis personnel elle excelle de se ressouvenir maintenant toujours en notre universel du particulier et aussi Mediapart. À mon avis.

Nous sommes en l’an 641 de notre ère et ça se voit! Lhunpo Gara, ambassadeur extraordinaire(ils le sont tous) du puissant(depuis peu) roi thibétain(comme écrivait le très cher Segalen) Srong bstan Gampo, eh bien, regardez-le(mais pas sur YouTube): il est maintenant à la cour de Tai Tsoung, empereur chinois, pour conduire à Lhassa la princesse Wén Tchén, nommée Poumo Gyatza dans l’idiome du scoop que je vous révèle, où elle « doit » épouser le roi idiomatique, icelui Gampo. Jusque là, tout va bien, vous suivez. Mais l’empereur chinois impose à l’ambassadeur tibétain une série presque interminable d’épreuves aussi supposément insurmontables qu’elles sont drôlatiques et futiles: c’est comme ça, dans ce genre d’histoires; on ne se refait pas. L’empereur enfin a cogité l’épreuve définitive: que l’ambassadeur reconnaisse la princesse, qu’il n’a jamais vue, il ne manquerait plus que ça! « parmi quelques centaines de jeunes filles qui sortiraient par différentes portes de la ville, et qu’il l’arrête au passage ». Quoi de plus raisonnable? Mais quelques centaines de jeunes filles? Mazette, Mgar rtsen gnia Womba, c’est à dire Gara(l’ambassadeur)(tibétain), est fichu, pour vous c’est clair, pour moi aussi. On est d’accord. C’est rare. Mais une (humble) servante de Poumo(la princesse à reconnaître) va aider, et donc sauver, l’ambassadeur Lhunpo Gara. J’ai encore un peu varié les blazes, mais ça va, ça commence à rentrer. Mais la méthode de la servante(restée sans nom, ça aussi, c’est typique; du moins dans cette version) n’est pas identique à celle du Discours de la méthode, de René des Cartes, toujours cité, et si rarement lu jusqu’au bout. Elle se met au fond d’un trou creusé profond profond dans la terre(pas dans la mer, dude), tenant une conque à la main. (Cette conque trahit l’origine authentiquement tibétaine du conte). Sur ses instructions, Gara couvre sa tête d’un panier, sur lequel il place des mottes d’herbe plantée de plumes. Ainsi attifée, la sublime et traîtresse servante, du fond du trou, en parlant dans la conque, révèle à Gara l’identité de la princesse Poumo(Gyatza): quelle robe, quels bijoux, quelle porte de la ville. Et ça marche. Gara prend Poumo par la main et la demande pour son roi. Ça boume du tonnerre. Mais pas pour Tai Tsoung, l’empereur! Lui, il est très, très perturbé. Il convoque ses devins, « et leur ordonne de découvrir la source d’où Gara tenait ses info[rmation]s ». Moi, j’aurais fait pareil. Les devins(ici je passe une scène des plus pittoresques, mais ma lectrice est aussi pressée que mon lecteur) rendent ce verdict: Gara a été mis au parfum par, je cite, « un être qui vit sous la terre, a une tête en osier, et des cheveux d’herbe avec des plumes. Il n’a ni yeux, ni nez, ni bouche; de sa tête d’osier sort une voix pareille au mugissement des conques ». Bien sûr que l’empereur ne les croit pas. « Il n’existe pas d’être tel que vous le dites », &c., &c. , je passe une seconde scène des plus folklo[rique]s, les devins bastonnés, dispersés, virés. Pur-&-simplement virés. Et maintenant, quelle est, ô mes ami(e)s, la moralité de cette histoire? La moralité de cette histoire, selon moi, est double. Première partie, grand A, il y a des servantes géniales. Deuxième partie, grand B: comme vous pouvez le constater, les devins ont vu parfaitement juste. Tout. Tout ce qu’ils ont dit était exact et vrai. Les Voyants voient juste. CQFD. Cette histoire, qui est le résumé d’un poème tibétain, se trouve pages 19 à 22 d’un livre de l’inoubliable Alexandra David-Néel, intitulé: À l’ouest barbare de la vaste Chine, paru chez Plon en juillet 1947. Merci, Alexandra.

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