La neige en été.

Présence de l’absence.

Les premières intentions de l’aviation, ce sont les neiges. Ses machines volantes, Léonard de Vinci les destinait à chercher de la neige dans les montagnes, pour la répandre, en été, sur les villes brûlantes d’Italie. « Dans l’infini de la neige là-bas au-dessous de moi, je vois un point noir qui se déplace vers mon ermitage * ». Car j’ai pris cette précaution: « j’ai mis dans le coin de ma chambre un seau d’eau...Rien de plus facile que de me couler instantanément dans l’autre monde par cet œil-de-bœuf**». Ainsi, « sur les bambous tombe la neige, drue comme du chanvre /...ça ressemble au bruit des vers à soie dévorant des feuilles / ou à celui, quand la marée descend, des crabes marchant sur le sable• ». Oui, c’est cela que j’entends dans l’autre monde où je viens de passer, le pas crissant des crabes de la neige qui tombe. Et ça vaut mieux. Car le monde, le non-autre... Souviens-toi, innombrable toi, qui ne m’écoutes pas, ayant mieux à faire: Antoine, en fuite devant Octave, ses musiciens à la proue, en pleine mer, soudain entend une voix terrible, qui crie: le grand Pan est mort!•• ». C’est maintenant le grand Logos qui meurt aussi. Ne reste que la magie. Nietzsche: « von Zeit zu Zeit wird gezaubert »; mais pas tout le temps, dit, de son côté, Artaud, parce qu’on finirait par s’apercevoir de quelque chose. Scrupule devenu inutile: il n’y paraîtra pas, dans l’apocalypse.   *Paul Claudel, Le vieillard sur le mont Omi, 19/10/1925, 15/1/1927, 230 ex., Grain; **id., ibid., Précaution utile; n.pag.; •Tang Yin(1470-1524), tr. Cheng Wing fun & Hervé Collet, Moundarren; ••Plutarque, Vie d’Antoine.

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