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Billet de blog 26 juin 2021

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Deux mots pour Jean Racine.

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 Il suffit, comme je viens de le faire, en attendant un coup de fil, ou que le thé infuse(« ne désespérez jamais, faites infuser davantage », Michaux, de mémoire), de relire une dizaine de vers de Racine, une tirade, une page, pour constater une chose: ça sonne plein. Ah ça, par les temps qui courent, c’est déjà quelque chose. Il n’y a pas de chevilles. Il y en a chez tous, notoirement chez Hugo; chez Corneille aussi parfois; ne parlons pas des tragédies de Voltaire, sur lesquelles reposait son espoir de passer à la postérité. J’explique ce terme de jargon, des chevilles, pour ceux qui ne sont pas professeurs de français. C’est du remplissage; mais pas au sens de M. Castex, ou du ministre de la santé, j’ai oublié son nom, Véreu, ou Varan, dans ce goût-là. Non. L’alexandrin est une chose contraignante. Mais une fois que vous êtes en règle par rapport aux lois des sons et du rythme, c’est-à-dire de la prosodie, ainsi qu’au regard de celles du sens général et de la grammaire, c’est-à-dire de la sémantique et de la syntaxe, sans parler de celles du discours, ni des figures de style, ou tropes, vous êtes libre d’assurer le tout par des bulles interstitielles, comme des petits morceaux d’emballage élastique entre les mots, voire les idées, emballages inspirés des solutions usuelles qui ont fait leurs preuves ailleurs. Or Racine ne fait pas ça parce qu’il fait autre chose, il parle. Ah bon. Premières nouvelles. Il parle de choses urgentes et graves. Où tout est ajusté, s’ajuste, se désajuste; alors, les mots aussi. Pas de place pour batifoler. Les situations de proche en proche sont simples(sur de plus grands arcs, c’est autre chose), concrètes, souvent de nature quotidienne, et demandent réflexion et décision, ou du moins, clarification. Presque toujours parce que quelque chose menace. On ne pense que si on y est obligé. Si bien que tous les mots employés sont là pour une raison précise, et pas pour faire joli. Ils s’agencent POUR POUVOIR, comme dirait Michaux. Aux antipodes de ce qu’un auditoire scolaire a pu, hélas, être amené à penser, c’est de l’anti-bavardage. Corneille aussi. Le grand Corneille, très forte tête politique, merveilleuse, surtout à la fin, comme Nietzsche l’a souligné. Mais justement c’est pourquoi ça résonne un peu plus dans les superstructures, avec ce qu’il faut de decorum, et de complications assez labyrinthiques. Mais il y a chez Racine des descriptions, par exemple, qui servent à informer: je défie qu’on y trouve des mots de trop, ou qu’on en trouve beaucoup, qui n’aient pas une portée immédiate. On est assez proche d’une esthétique fonctionnaliste, minimaliste, style Bauhaus. C’était nouveau; non point d’allure, mais de perfection. Le propos de Racine garde beaucoup de naturel; on pense l’inverse, parce qu’on ne voit que les conventions pour nous surannées qu’il partage avec tous ceux de son temps, et en-deça, et au-delà. Une fois comprises, elles deviennent transparentes, et certes, là il faut un peu d’aide. Mais c’est très vite acquis, et on n’y pense plus. Il n’y a pas non plus chez Racine, et c’est capital, d’objet poétique intrinsèque, obtenu uniquement pour la poésie et par ses moyens, comme chez tous ses successeurs, Mallarmé et Valéry éminemment. En revanche, on s’aperçoit que c’est Racine qui nous parle avec le plus de précision, et d’économie de moyens, de certains de nos soucis parmi les plus poignants, les plus inextricables; mais alors là, avec une finesse, une subtilité, une puissance de compréhension absolument visionnaire. Racine, peut-être plus que Rimbaud, est un Voyant. Ça vaut le coup. Aime-t-on Racine, en France? Non. C’est des chichis, pense-t-on. Louis XIV, grand siècle, classicisme, vieilleries, ennui mortel, létal, la mort. Tout faux. Dommage. QUI était Racine? C’est un mystère. Un homme franchement antipathique, et même quelquefois presque un salaud. Demandez à Molière! Souvent faible, médiocre dans ses comportements. Mais alors, comment a-t-il pu aller SI loin? On ne sait pas. On ne sait vraiment pas. Le problème se repose plus tard au sujet de Verlaine(qui n’avait qu’un seul livre à son chevet: Racine). L’Esprit souffle où il veut.

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