Conviction profonde,

absolument irréfutable.

« ...au cours de notre sanglante histoire, la beauté a-t-elle sauvé quoi que ce soit? Il existe toutefois une certaine particularité dans l’essence même de la beauté et dans la nature même de l’art: la conviction profonde qu’entraîne une vraie œuvre d’art est absolument irréfutable et elle contraint même le cœur le plus hostile à se soumettre ».  Maria Helena Vieira da Silva(1908-1992), propos rapporté dans L’Express, 10 septembre 1972; « Paroles d’artiste », Vieira da Silva, français/english, 64 p., Lyon, Fage éditions, août 2021, (6,50€)  p. 18. L’important, le décisif, est à la fin de cette brève citation, dans les deux dernières propositions: « conviction profonde...absolument irréfutable... »...  « elle CONTRAINT même le cœur LE PLUS HOSTILE à se SOUMETTRE ». Peut-être n’est-il déjà plus temps de demander si les assertions de Vieira da Silva ne seraient pas tout de même encore un peu trop OPTIMISTES; car, n’en doutons pas, plus d’un esprit aura été immédiatement ALERTÉ par deux des mots mis en lettres capitales: CONTRAINDRE à se SOUMETTRE? C’est ça que vous venez nous dire? C’est ça que vous avez à nous dire? Vous osez venir nous parler(par citation interposée) ICI de « contrainte » et de « soumission »? Allez, allez, Monsieur, passez votre chemin, vous devez avoir perdu l’esprit; vous êtes un bien grand fou, et d’une espèce dont nous n’avons pas besoin, par les temps qui courent ». (Éloignons-nous à pas de loup pour éviter la bastonnade, ou pire. Pourtant, je me pose une question: si Maria Helena cherche, et croit trouver, de l’ « absolument irréfutable », c’est donc que la tendance à réfuter(il s’agit d’art, pas d’un procès devant les tribunaux, ou d’un article sur covid 19) est bien répandue? Et ces CŒURS HOSTILES, hostiles à la soumission, ça, c’est très bien, mais, croit-on entendre aussi, HOSTILES À L’ART, HOSTILES À LA BEAUTÉ, quels sont-ils, ces cœurs? Dis-moi, mon cœur!...(silence)). Soucieux, c’est à peine si j’aperçois, assis sur le bord du trottoir, un personnage économiquement faible, que je n’ai encore pas eu l’honneur ni l’avantage de saluer, dans le quartier. Son attitude est bizarre; posée au sol, il y a une échelle double de peintre en bâtiment, sur les barreaux de laquelle il tient les yeux fixés. Je ralentis encore un peu, cela m’est encore assez facile, mais ça ne va pas beaucoup plus loin, jusqu’à m’immobiliser pour pouvoir le dévisager commodément, et jamais un clochard n’en a pris ombrage, les clochards ont l’habitude, de moi, veux-je dire, par mimétisme. Ça y est! Je le remets! C’est saint Jean Climaque. Comment pourrais-je l’oublier? Il y a très longtemps, quelque part dans les Échelles du Levant, il m’avait dit comme ça, tout à trac: toute parole est contestée par une autre parole. Moi, je relevais mes filets...

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