Contrôles CAF: la chasse aux pauvres est ouverte!

Cette « chasse aux pauvres » est telle que le Défenseur des Droits s'en est ému et a publié en 2017 un rapport très critique sur les méthodes de contrôle de la CAF.

La chasse aux pauvres est ouverte !

ou comment les contrôles CAF précarisent un peu plus les précarisé.e.s.

Cette « chasse aux pauvres » est telle que le Défenseur des Droits s'en est ému et a publié en 2017 un rapport très critique sur les méthodes de contrôle de la CAF : ciblage des personnes d'origine extra européennes, des allocataires du RSA , car c'est bien connu, plus on est pauvre, plus on fraude ! Mais aussi mères célibataires suspectées de cacher une supposée vie de couple.

Fraudeuse parce que femme de « mauvaise vie » ? On n'en est pas loin !

Témoignage.

D'abord cela commence par la déclaration de grossesse. Comme vous êtes honnête et que vous n'êtes pas la Vierge Marie, vous déclarez votre futur enfant en précisant que vous vivez seule, le futur père ne voulant pas de cet enfant.

Tout va bien. Votre RSA est augmenté et vous touchez le pactole ! 641 euros qui s'ajoutent aux 308 euros d'allocation logement car vous vivez à Paris.

Eh oui ! Avant d'être au RSA, vous aviez un travail et vous aviez loué un logement au plus près, 800 euros pour un studio. Pas bon marché mais pas non plus très cher si l'on compare avec votre précédent logement à 600 euros dans le 11ème qui était un véritable taudis.

Ensuite vous recevez un courrier de la CAF qui vous annonce un contrôle à domicile et vous demande une longue litanie de pièces : pièces d'identité, passeport, actes de naissance, relevés bancaires de tous les comptes sur 12 mois, taxes d'habitation, factures EDF, impôts sur le revenu,tous les bulletins de salaire, les contrats de travail,les attestations chômage,indemnités maladie etc... Pour les quittances de loyer, le pauvre étant particulièrement fourbe, le contrôleur s'adresse directement au propriétaire … qui du coup vous regarde de travers !

Jour du contrôle. On sonne à 8h30. Pas tout à fait l'heure du laitier des perquisitions de police mais on s'en approche.

D'entrée, le contrôleur vous regarde de travers : « Dites donc, vous avez un petit ventre pour 6 mois de grossesse ? ». Vous vous sentez alors obligée de lui montrer les dernières images de l'échographie que vous avez affiché au mur.« Ah ! C'est parce que vous portez un grand pull » s'exclame-t-il rassuré.

Mais du coup,vous, vous n'êtes plus du tout, mais alors plus du tout rassurée...

Ensuite vient le questionnement sur « Monsieur ».Vous avez déjà signalé par téléphone que vous ne pouviez pas fournir la longue liste de pièces pour « Monsieur ». Qu'à cela ne tienne, le contrôleur, interroge, questionne votre vie privée. « Vous viviez en concubinage alors, depuis 2 ans ». Non, pas du tout, répétez-vous. Vous viviez seule à Paris, ayant votre travail, lui vivait et travaillait à 500kms de là. Vous n'avez jamais eu de « résidence commune, n'avez jamais eu de lien financier ».

« Ah !dit le contrôleur, c'était une relation pas sérieuse alors! » en vous regardant par en-dessous.

Là, comme ça fait plus d'une heure qu'il fouille dans votre vie privée et dans vos papiers, vous avez tendance à perdre votre calme. Non, c'était une relation sérieuse, comment vous permettez-vous ? Mais le contrôleur ne bronche pas. Il se permet, il se permet tout.

« Attention ! vous dit-il,j'ai le pouvoir de vous supprimer vos aides, je mets ce que je veux sur mon document ! Vous aviez une relation avec Monsieur, et il y a un enfant, c'est du concubinage !».

Non, et non, dites-vous, malheureusement, il n'y a jamais eu de résidence commune. Et comme vous êtes très malheureuse de cette rupture amoureuse, de vous retrouver seule, sans ressources, ne sachant comment affronter l'avenir avec votre futur bébé, vous sentez en même temps monter la colère et les larmes.

« Bon on verra ce que je mets comme mot pour votre relation!Passons aux relevés bancaires. Ah ! Et puisque c'est comme ça, je vais vous demander deux ans de relevés bancaires ! »Et il vous le répète, il a le pouvoir lui, le pouvoir de vous supprimer toutes vos aides, toutes.

« Oh ! Mais je vois qu'il y a des libéralités ? »

Des libéralités?mais qu'est-ce que c'est que ça ? Ce sont les aides que mes parents me versent pour ne pas mourir de faim. Car malgré les 1008 euros tout compris que la CAF 75 verse aux mères isolées, une fois enlevé le loyer, il ne me reste pas grand chose, surtout depuis que j'attends ce bébé..

« Mais ces aides doivent être déduites de votre RSA ! » Je ne le savais pas, mes parents non plus. Ils apprennent au téléphone par le contrôleur qu'ils sont fraudeurs, que s'ils aident leur fille,s'ils lui font des cadeaux ou même un prêt familial, une avance sur héritage, ses aides sont diminuées d'autant, et elle ne peut pas vivre et s'ils ne l'aident pas, elle ne peut pas vivre non plus dans un très joli cercle infernal !

J'ai bien fait une demande de logement social, pour diminuer mes frais de loyer, mais sans ressources, sans aides, ne pouvant travailler avec ma grossesse, ce n'est même plus la peine d'y penser.

Alors évidemment, ça se termine par une porte claquée derrière le contrôleur, assez satisfait de ses presque deux heures d'entretien. Il a participé à « la chasse aux pauvres », à la détection des 3% de la totalité des fraudes aux prestations sociales,seulement 3% tandis que la fraude fiscale se taille la part du lion dans ce domaine avec 95% !

 

Et moi ? Moi, je suis comme les femmes de la chanson de Jacques Brel. Moi je suis une femme qui s'accroche à ses larmes.

 

 

 

 

 

 

 

 

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