À PARTIR DE BERLIN

C´est dans un "Biergarten" à Berlin, à dire un café dans un jardin sous de beaux arbres, que nous nous voyons au moins une fois par semaine. Nous sommes tous de l´âge à avoir vécu les années 68 dans notre ville. Beaucoup aiment à jouer aux boules sur la partie piétonne de cette belle avenue. Nous sommes plutôt francophiles et pas trop mal informé sur les faits francais et nous en discutons ferme.

Ce sont ces années que l´on nomme faussement les années 68 (parce qu´il y eu de grands évènements précurseurs ici bien avant) qui sont le point de départ de nos amités, de nos discours et actes politiques, bien que ces derniers aient toujours été plus empreints de grandes divergences que d´inéfacables convergences, elles aussi bien réelles. Ces divergences se sont même souvent affirmées avec les années, mais nous maintenons nos amitiés par la croissance continue d´une indulgence envers les bêtises que nous supposons voir vivre dans nos vis à vis. D´autres part: la passion commune de la pétanque semble elle aussi pouvoir apaiser les passions politiques. Dans ce cadre bucolique, je me vois moi-même un peu en dehors. Comme j´ai passé mon enfance bien allemande das la France des années 50 et en partie des années 60, mon regard sur la France n´a pas cette complaisance francophile de la majorité de notre soi-disant "amicale bouliste", complaisance qui tourne parfois même à être embarassante ou carrément gênante dans son euphémiste approche de la culture et de l´histoire de France. Un regard critique de mes "copains" me soulagerait de mon devoir de mettre leurs pendules francaises quand-même un peu plus à l´heure, devoir auquel je ne manque jamais (ou disons presque jamais - il y a des moments de fatigue, quand-même!)

Quel trésor cet internet! C´est la première fois que cette fois-ci j´ai pu me rassasier des différentes campagnes électorales, abord les primaires, puis les présidentielles et maintenant les législatives. Quel marathon! Débordante de mon trop plein d´informations, je me plais à le déverser sur mes braves boulistes, souvent à partir d´un banc à proximité du terrain de jeu. Car moi-même, bien sûr, je n´y joue pas aux boules. J´en serais bien trop honteuse de me voir co-exercer ces révérences quelque peu douteuses envers tout ce qu´ils estiment être la France. Manquait plus qu´ils se remettent à fumer des Gauloises et à arborer une belle baguette de pain sous leurs bras! Alors je m´amuse surtout à raconter les faits et ébats qui sont supposés me soutenir dans mes attaques de trouble-fête qui serait atteint de partielle francophobie. Je pense que c´est comme cela que certains de mes amis m´interprètent. Depuis le temps j´ai bien affiné un solide sarcasme. Mes boulistes connaissent cela et entre "tirer ou pointer?" ils ne m´écoutent souvent que d´une oreille distraite. Pour moi, ce rituel est plutôt sain: mes chroniques méchantes du présent francais me libèrent de mes amertumes, dont certaines sont très anciennes.

Reste à lister sur ce blog quelques-unes de ces histoires que j´ai raconté sur mon banc sous de beaux tilleuls qui fleuriront bientôt, à ces femmes et hommes qui ne voulaient pas en entendre trop, bien que j´ai bien sûr aussi quelques alliés parmi eux:

- Quelle honte la ligue médiatique francaise! Et quel mérite pour les quelques-uns qui se tiennent droit et critique et embues de leur devoir d´informer équitablement! Quelques fois ce sont des médias comme tels, quelques fois c´est une voix seule qui s´élève à partir d´un journal, d´une chaîne radio ou télé, où l´on n´aurait plus espéré trouvé un seul esprit non-conformiste.

- Quelle honte, cette hargne anti-pluraliste contre ceux qui ne voulaient pas dire ces mots, ce mantra, qu´on voulait leur arracher en signe de soumision. Dans cet chasse inquisitoire on ne distinguait pratiquement plus de voix qui aurait discuté un processus et un procédé politique dans ses pours et ses contres. Un avertissement clair, net et argumenté de ne pas voter l´extrème-droite ne suffisait pas. Et plus est: même après la présidentielle qui a bien démontré que l´analyse du rapport de force concernant le FN, l´analyse qu´il n´y avait pas de danger réel d´une présidence FN et que la confiance que les dirigeants de la France Insoumise accordaient à leurs électeurs était bien fondée, même après cela on n´arrête pas d´y revenir, de continuer la liturgie d´un prétendu manque démocratique. Quelle affreuse labilité dont la France serait affligée,  se cache derrière de tels procédés?

- Quelle honte à la vue de ces médias avec leurs figures de proue louées aux anges, leur assigant d´énormes considérations et des valeurs quasi-sacrales (ces prêtres laiques qui expliquent le monde). Je ne regarde que certains échantillons d´émissions, en voici deux que j´aimerais commenter:

1. Dans une France de souffrance sociale, de millions de pauvres et de millions de chômeurs et de millions de travailleurs pauvres et de millions d´enfants dont l´éducation nationale ne se soucie peu, il existe une émission nommée C À VOUS. Ce qui n´est pas le question. La question se pose, quand les protagonistes de cette émission s´amusent de facon répétée de petits sketchs titrés "Coucou, les pauvres!". Des personnes censées être appelées à imposer des positions de morale républicaines (d´après leurs procédés d´interviews ceci semblait être implicitement et explicetement leur dessein), ne se gênent pas de faire en passant et en rigolant ces petits passages d´un cynisme souligné. D´en être effectivement indigné, ne révèle sûrement pas une incapacité à l´humour.

2. Une autre émission s´appèle ON N´EST PAS COUCHÉ. Là on semble se positionner dans une atmosphère bon-enfant, on laisse parler et on écoute pour la plupart du temps sympathiquement des gens de toutes couleurs professionnelles, culturelles et politiques. Les échanges avec deux interviewers (j´ai oublié le mot que vous utilisez d´habitude) sont souvent rudes, mais cela fait partie du jeu, appartient aux joutes politiques. Mélenchon y est invité plusieurs fois, sûrement aussi, parce qu´il fait monter le nombre de spectateurs par ses performances intelligentes et divertissantes. Puis arrive le temps de fin de la rigolade et des joutes intelligentes, la fin du pluralisme heureux. Un M. Moix, qui avait eu l´idée issue de"grande intelligence" politique, de proposer à Mélenchon de s´unir à M. Dupont-Aignant pour gagner l´élection - celui-ci aurait des positions similaires à propos de l´Europe, ce Monsieur se rallie quelques jours plus tard à Mme Le Pen. M. Moix se découvre tout à coup absolument intraitable pour ce grand et inexcusable péché démocratique que Mélenchon aurait commis en limitant ses consignes à ne donner pas une voix au FN. Je n´ai pas encore lu des livres de M. Moix et je pense qu´il est rare que quelqu´un qui est si cru et quelque peu "ballot" politiquement, ne le soit pas aussi poétiquement. Mais je verrais, peut-être je fairais quand-même l´expérience que quelqu´un peut être imbécile et doué en même temps. La collègue de ce M. Moix (son nom m´échappe en ce moment), nerveuse et pas très concise dans ses démarches oscille un certain temps entre sa répulsion contre ce Mélenchon prolétaroide et le danger de succomber à son charme et ses brillantes argumentations. Elle s´en remet aussitôt la chasse contre Mélenchon ouverte et s´y classe résolument avec un ton de bourgeoise qui l´a échappé belle au-devant de ce diable séducteur.

Et il reste ce M. LAURENT RUQUIER! On se demande ce qui a pu lui arriver. Lui, il s´acharne vraiment contre cet homme avec qui il a eu des fréquents échanges et débats de grande légèreté et de sympathie qui n´aparaissait pas être truquée. Il semblait aussi que Ruquier qui est ouvertement gay, ait gardé une forte sympathie pour Mélenchon d´avoir été le premier politiciens qui avait ouvert les premières portes à la lutte pour l´émancipation des homosexuels depuis les années 80. Même si l´on n´a pas l´échine de supporter la mise en marginalité qui était peut-être en jeu dans l´échiquier sur lequel joue M. Ruquier: la hargne et la persévérance de ses contributions démagogiques laissent penser, que celui qui trahit cherche toujours à conforter sa mauvaise conscience en en faisant un peu trop pour rester crédible sur les raisons qu´il met en avant.

Eh bien! Voilà pour aujourd´hui. Salut la France, prenez un peu sur vous et soyez courageux. C´est ce qu´on attend de vous un peu partout dans le monde et sûrement pas d´être ce mignon pays qui reste élégant (et si l´on quitte les sentiers communs reste terrible et souffrant), mais n´a plus la force d´entrainer.

PS: Si le coeur vous en dit ou la tête, je vous informe volontièrement sur ce qui ses passe ici. Nos élections auront lieu en septembre.

 

 

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