LE BAGNE DE LA LIBERTE

Au bagne de la liberté

On les croise à toutes heures du jour, voire de la nuit, les coureurs à pied tels des fugitifs cavalent sans se retourner, foulant le bitume des ponts et des chaussées, déferlant par milliers sur le macadam des villes comme des hordes de déchaînés. Mais qu’ont-ils à courir comme ça ?

Si comme moi vous vous êtes un jour demandé ce qui pouvait les animer et justifier leur abnégation à la sacro-sainte grasse mat’ du dimanche quels que soient les caprices du temps, je vous recommande de lire Le Bagne de la Liberté. Un essai singulier tant dans sa forme que dans son approche de la course à pied. Là où les coureurs-auteurs décriront dans des ouvrages de référence leurs sensations, prodigueront  des conseils, l’auteur Marc Desmazières, publicitaire, marathonien et écrivain, se livre, avec jubilation et humour, à une analyse contradictoire de la discipline. Discipline que s’imposent les bipèdes « Nikés », propres matons de leur bagne.

Hommage à Albert Londres, ses Forçats de la route et ses bagnes dénoncés mais également à Spinoza, son Ethique, et Dostoïevski, sa Maison des morts, qui servent ici la cause de ces fugitifs et tracent la ligne droite de la pensée de l’auteur qui narre le plus stupéfiant des trafics, celui d’endorphines.

Pour lui, bagnard de la liberté depuis 1976, courir engendre des paradoxes (addiction/ liberté,…) d’où cet essai dit « contradictoire », menant de la servitude à l’évasion de ses drôles de faux-fuyards qui se cherchent des faux-fuyants pour s’adonner à leur passion parfois non partagée.

On notera au détour de la page 109, le plus beau témoignage d’amour qu’un bagnard puisse faire à une « putain », celui d’un sportif qui « baise »  le Mont Ventoux. « Deux heures à te chauffer, à me chauffer, à embrasser ton corps, mètre après mètre, et à rêver notre abandon qui semblait toujours si loin, inaccessible. » La suite, je vous la laisse découvrir.

6 millions de fugitifs dans l’hexagone méritaient qu’on leur érige un monument : le bagne de la Liberté. Marc Desmazières, après 40 ans de réclusion, une condamnation à perpète et près de trois tours du monde dans le seul périmètre du Bois de Boulogne, multi-récidiviste en victoires de  championnats,  s’y est attelé construisant de ses mots fins et croustillants les murs invisibles de la plus grisante des cellules.

C'est par ici: http://lebagnedelaliberte.fr/

 

Marc Desmazières, Champion de France de Cross Universitaire par équipe en 1977 et  Champion d’Île-de- France de marathon V2 en 2009, est  l’auteur de :

En attendant que ma mère meure (Chronique aux Éditions de la Moulinette 2005) 

• Mauvaise Graine (Nouvelle, Grand Prix Plume d’Agence 2010)

Je vous salue Maris (Recueil de nouvelles aux Éditions Kirographaires 2011)

 

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