Panique à bord de la cinquième République

Pour une abstention massive le 7 mai

 

Je publie un mail de Bruno Menguy

Nous sommes à quelques heures du show d’obscénités et d'ébriété collective qui verra les deux vainqueurs du premier tour des présidentielles exécuter une ultime danse du ventre pour appâter l'électeur. Chacun sa clientèle, pas les mêmes cibles, pas les mêmes peurs, mais y'en aura pour tout le monde.

Ce soir les médias sont à la fête, record d'audience garanti, la belle et la bête en live, dans une version revisitée, ou une jolie fleur dans une peau de vache versus une jolie vache déguisée en fleur.

Il y aurait encore 20% d'indécis et au moins autant d'abstentionnistes potentiel à convaincre. Qui dit qu'à la fin du spectacle les rangs de l'abstention ne seront pas renforcés ?

Tandis que dans toutes les assemblées, municipales ou syndicales, jusqu'aux plus hautes chambres de la République, l'abstention est partout et par tous considérée comme une modalité du vote lorsqu'il est sollicité ; pas une personnalité politique dans son exercice d'élu ne s'est pas trouvé dans la position de s'abstenir si tel est son choix et c'est parfaitement admis . Mais, lorsqu'il s'agit du citoyen courant, l'abstention n'est plus un choix possible (étant donné la non-comptabilisation du vote blanc), elle est blâmable et certains d'ailleurs voudraient la pénaliser. Le citoyen n'a pas le choix, sa liberté d'expression est limitée, il est considéré comme captif par l'un ou l'autre des camps, il appartient avant même le vote aux candidats.

Si l'hystérisation macronienne désigne à la vindicte les abstentionnistes car ils feraient le jeu du FN, c'est par ce que la plupart appartiendraient naturellement, à leur insu, à la cause macronienne et, comme le vote positif pour Macron ne suffit pas, il faudrait y ajouter le vote négatif contre Le Pen.

C'est ainsi, faisant d'une pierre deux coups, qu'on culpabilise les abstentionnistes et qu'on traîne dans la boue Mélenchon et les « Insoumis ».

S'appuyant sur des résultats électoraux précédents et notamment ceux du premier tour de l'actuelle présidentielle, les macroniens, observant la superposition de la carte électorale de la France abstentionniste avec celle du FN (à l'exception notable de la Seine-saint-Denis), nous serinent qu'une explosion de l'abstention ferait mécaniquement exploser les scores à venir de Le Pen !

C'est une étrange déduction qui ne tient pas compte de deux points essentiels : c'est la médiocrité et le rejet du candidat Macron qui est en cause (un peu comme la droite s'est choisi un mauvais canasson) et l'abstention est l'expression de ce constat, comme un choix délibéré de ne délivrer aucun blanc seing à aucun de ces énergumènes et de réduire la victoire de l'un ou l'autre à sa plus simple et courte expression (étant entendu que pour nous un quelconque soutien au FN ne se posera jamais).

Une très forte abstention (ou par défaut le vote blanc) signerait une alerte majeure au vainqueur et aux conservateurs de la cinquième République, elle constituerait le socle d'une protestation désinfantilisée potentiellement apte à contrecarrer les mauvais coups à venir de l'un ou l'autre des prétendants. Elle sonnerait comme un avertissement plus puissant que les législatives qui ne pourront, si la poussée des « Insoumis » et leurs alliés s'y confirme, qu'appuyer la lutte de reconquête sociale à entreprendre massivement.

Nous le réaffirmons, l'abstention est un choix digne et une arme possible pour dénoncer les impostures et les non-choix, c'est une voie opérante pour contester la captation du pouvoir par un quelconque mauvais représentant et ne pas collaborer à asseoir sa légitimité. La philosophie du moins pire s'appuie sur la démoralisation généralisée, sur la démobilisation du laissez-faire, sur notre consentement à la servitude volontaire.

Nous sommes sur la corde raide ! Nous le savons ! Mais vous aussi !

On nous dit « rappelez-vous la prise de pouvoir par Hitler » sans nous rappeler que ce sont les grands propriétaires terriens, les grands industriels et les chefs d'entreprise qui ont tordu le bras au Président Hindenbourg vainqueur des élections en 1932 et l'ont forcé à démettre le gouvernement von Schleicher pour nommer chef du gouvernement Adolf Hitler. Si on suit bien, on ne risque rien puisque ceux qui hier soutenaient Hitler soutiennent aujourd'hui Macron !

Notez que Le Pen et Macron ont en commun, chacun par des voies différentes, de vouloir déposséder les dits « corps intermédiaires » et singulièrement de courcircuiter les organisations syndicales des travailleurs.

Nous voilà avertis, car ça, quelle que soit l'issue, nous devrons nous y confronter.

 

Bruno Menguy

 

Paris, le 3 mai 2017

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