Lettre ouverte à Mr Hamon

Lettre ouverte à Mr Hamon

Monsieur Hamon,

Vous semblez somme toute assez fier de votre campagne et de vous-même. (je fais référence à votre courriel du 27 avril à 9h45)

Jusqu’aux dernier jours nous avons attendu que vous fassiez la seule chose raisonnable pour éviter l’élimination de la gauche. Vous ne l’avez pas fait.

Vous auriez tord de croire que votre entêtement vous rapportera quoi que ce soit à part la colère du peuple de gauche dans ce pays et dans toute l’Europe.

Vous saviez que votre score serait misérable, mais par excès d’égo (et de calcul solférinien ?) vous vous êtes maintenu appelant à corps et à cris les électeurs à votre secours, quand il était de votre devoir que VOUS portiez secours à la gauche en appelant au rassemblement autours des insoumis.

Vous n’avez pas encore compris que seul un large mouvement populaire pouvait changer le cap mortifère du néolibéralisme. Vous avez préférer vous pincez le nez face à Mélenchon, que l’on ne demande à personne d’aimer, plutôt que prendre la meure de l’urgence à soutenir ce grand mouvement citoyen où l’on pouvait trouver autant de non encartés (voir beaucoup plus) que d’encartés du PC, du PG, d’Ensemble !, d’EELV et même du PS, surtout vers la fin.

Et retenez bien ce chiffre Monsieur Hamon : 1.8%................c’est tout ce qu’il nous fallait pour renvoyer le FN à ces juges. Ces 1.8%, vous en portez seul la grande responsabilité.

Solférino valait-il ce désastre ???

Vous nous culpabilisez maintenant d’injonctions à faire barrage à Le Pen ?

Macron et Le Pen sont vos créations, et pourtant, aucune trace de repentance. Jospin fut plus digne en son temps. Et s’il mit 5 jours avant d’annoncer qu’il appelait à faire barrage au FN, sans s’avilir à appeler à voter Chirac, comment pouvez vous reprocher aujourd’hui à Mélenchon d’attendre le vote des insoumis, et de s’en tenir à leur choix et juste à leur choix ?

Vous êtes dans l’ « effet de gel » Monsieur Hamon, il va falloir vous réveiller, présenter vos excuses aux militants de gauche et appeler à un vaste rassemblement autours des candidats FI aux législatives. Pas de tractations de comptoir qui ne vaillent, les investitures ont été validés par le vote des insoumis dans chaque circonscription, et tout le monde pouvait s’y présenter (encartés comme non encartés).

Pour ce deuxième tour, nous sommes nombreux à  appeler à un grand pique-nique sur la place publique afin de revendiquer notre « abstention active » face à un choix entre la peste et le choléra. J’en appelle pour ce  jour là à la lettre ouverte de Mirbeau (1888) « la grève des électeurs ».

Mr Mibeau nous apprend une chose essentielle : il n’y a pas pire avilissement que d’accepter de choisir son bourreau. 

Je ne reviendrais pas sur la grande mystification Macron, organisée par les patrons de presse avec la complicité d’un certain nombres de vos « camarades » PS. La seule façon maintenant de nous prouver que vous n’avez pas participer consciemment à ce « coup d’état » des élites bien pensante, serait d’appeler à un vote massif en faveur des candidats FI aux législatives, les seuls candidats dont nous soyons sûr qu’ils respecteront la volonté populaire car ne dépendant d’aucun parti.

 

Voulant croire encore avec ceux qui croient encore en vous,

 

Salut et fraternité,

 

Anne Diaz

 

 

 

De : Benoît Hamon [mailto:benoit.hamon@benoithamon2017.fr]
Envoyé : jeudi 27 avril 2017 09:45
À : annediaz@orange.fr
Objet : Lettre de Benoît Hamon

 

Je veux vous remercier pour votre confiance pendant cette campagne présidentielle. Je suis fier d’avoir mené cette bataille avec vous, engagés dans un parti ou non, militants chevronnés ou jeunes citoyens.

 

 

 

 

 

 

Cher.e ami.e,

 

Je veux vous remercier pour votre confiance pendant cette campagne présidentielle. Je suis fier d’avoir mené cette bataille avec vous, engagés dans un parti ou non, militants chevronnés ou jeunes citoyens. Avec le Conseil citoyen, qui a réuni durant plusieurs semaines 42 citoyens tirés au sort parmi plusieurs milliers de candidats et chargés d’enrichir mon projet présidentiel, nous avons ouvert une nouvelle étape de la démocratie et prouvé la maturité et la pertinence de l'intervention citoyenne à chaque étape de la vie démocratique. Ensemble, nous avons réussi à dépasser le mythe stérile de l’homme providentiel et fondé la construction de notre projet sur notre intelligence collective.

 

Hélas, j’ai échoué à déjouer le désastre qui nous était promis depuis plusieurs mois, sinon quelques années. Pour la seconde fois de son histoire, la gauche n’est représentée au second tour de l’élection présidentielle quand l’extrême droite, elle, fait à nouveau peser son ombre sur notre République. Je prends l’entière responsabilité de cet échec et j’imagine votre déception.

 

Je ne regrette pourtant rien du combat engagé pendant ces mois de campagne.

 

Les forces de gauche n’ont jamais cessé de lutter même lorsqu’elles ont été mises en minorité dans les urnes, surtout lorsque l’extrême droite se trouve aux portes du pouvoir. Emmanuel Macron est notre adversaire politique mais Marine Le Pen est une ennemie de la République. À tous ceux qui auraient la moindre hésitation, je leur dis, accompagné de toute la force de notre histoire : le Front National au pouvoir c’est demain la fin de la démocratie, la remise en cause de toutes nos libertés, et l’inégalité érigée en principe et pour commencer celle entre les femmes et les hommes. Cela, la gauche ne peut l’accepter, et c’est pourquoi j’ai appelé sans équivoque à voter pour Emmanuel Macron. C’est ici la seule position responsable et lucide.

 

Être responsable et lucide, c’est aussi comprendre que la menace que fait peser le nationalisme ne s’évanouira pas avec la victoire d’Emmanuel Macron et la mise en œuvre de politiques de dérégulation de la protection sociale, des services publics et du marché du travail. Les populismes prospèrent en Europe et ce que vit la gauche française, les forces socialistes et sociale-démocrates européennes le vivent également. Nous savons tous pourtant que seule une gauche résolue, sociale, écologique, démocratique et européenne est en mesure de faire reculer durablement l’extrême droite. La bataille culturelle et politique à mener est immense. La gauche a des territoires entiers à reconquérir et des millions de Français à convaincre. Nous devons partir à la reconquête des villes et des campagnes mais aussi des têtes et des cœurs. Ce travail sera long et exigeant mais nous ne pouvons accepter que la gauche laisse plus longtemps le terrain perdu à l’extrême droite.

 

Ce combat doit commencer dès les législatives prochaines. Si la gauche a été absente du second tour des élections présidentielles, elle ne peut en aucune manière manquer le rendez-vous décisif des législatives. Tous les efforts de rassemblement et d’unité doivent être faits en vue de cet objectif.

 

Soyez fiers du travail engagé. Loin des polémiques stériles et des affaires, nous avons mené la seule bataille qui vaille, celle des idées. Nous avons remis la gauche sur son axe historique et sa finalité première : l’égalité, la justice, et l’aspiration simple à une vie meilleure.

 

Disons-le, le manque d’unité, les trahisons parfois, ont handicapé tous les efforts de tous ceux qui, comme vous, ont mené cette campagne. Mais il faut maintenant regarder devant nous. La renaissance sera difficile mais elle sera féconde. Ma conviction est absolue : les thèmes que nous avons réussi à placer au cœur de cette campagne, le revenu universel d’existence, le partage du temps de travail, la création d’une taxe sur les robots, la reconnaissance du vote blanc, le 49.3 citoyen, la sortie du nucléaire, le retour de la police de proximité, la création d’un service public de soutien scolaire, tous ces thèmes sont ceux de l’avenir et contribueront fortement à la gauche de demain.

 

La défaite électorale n’a en rien entaché mes convictions et ma volonté de porter nos valeurs. Ensemble, demain, nous ferons vivre cette gauche sociale-écologique. Je compte sur chacun. Rien ne se fera sans vous.

 

Fidèlement,

 

Benoît Hamon

 

 

 

 

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.