La gendarmerie quand même...

Bien malmenée depuis son rattachement au ministère de l'Intérieur et malgré les menaces qui planent sur son avenir, la gendarmerie continue de promouvoir les valeurs qui lui tiennent à cœur en matière de sécurité et de susciter des vocations.

Bien malmenée depuis son rattachement au ministère de l'Intérieur et malgré les menaces qui planent sur son avenir, la gendarmerie continue de promouvoir les valeurs qui lui tiennent à cœur en matière de sécurité et de susciter des vocations. (1)

 

Monéteau, banlieue d'Auxerre, samedi 30 avril. La cour du « foyer communal », délicieusement provinciale, pavoisée de fanions multicolores, écrasée de soleil sous un ciel moutonneux, a des airs de kermesse et de toile de Raoul Dufy. Une banderole tendue à l'entrée proclame « Herrzlich Willkommen ». On attend pour le semi-marathon annuel la délégation allemande de la ville jumelle, Förhen, et cette année, outre les coureurs, un groupe de réservistes de l'armée, venus rencontrer leurs homologues de l'Yonne qui organisent leur JNR (journée nationale de la réserve).

Venus en nombre, les gendarmes.

Plutôt mal connue de nos concitoyens qui, à l'œil nu, sur un bord d'autoroute ne pourront différencier un gendarme d'active d'un réserviste, la réserve opérationnelle de la gendarmerie est constituée essentiellement d'anciens de la gendarmerie et des autres armées, et de volontaires ayant suivi la PMG (Préparation militaire gendarmerie) ou la PMSG (Préparation militaire supérieure de gendarmerie), ceux qui en ont les capacités et le souhait pouvant ensuite poursuivre un cursus d'élève officier de réserve. La réserve opérationnelle renforce les unités d'active au quotidien et lors d'évènements impliquant de grands rassemblements, type manifestations sportives et culturelles principalement.

Alex, quarante-six ans, cadre à la Poste, revêt ainsi fréquemment l'uniforme depuis vingt ans. Il a connu le dispositif à une époque où les gendarmes d'active voyaient débarquer avec un scepticisme évident ces gendarmes à temps partiel. Après son service national, solidement enrichi de « formations et d'acquisition de compétences potentiellement utiles à la gendarmerie », il fait partie de ceux qui, par ce dédoublement au long cours, ont assuré le succès de la réserve opérationnelle. Un métier civil et un autre, « passion » dit-il. Loin des tirades sécuritaires qui font la part belle à la peur et au rejet, mais sans angélisme pour autant, Alex prône l'utilité d'un regard citoyen sur la Défense nationale, la médiation entre le civil et le militaire, la volonté de promouvoir les valeurs de république, de démocratie, de sécurité, de tolérance. Aujourd'hui, avec le grade de chef d'escadron, il assume avec la même foi des missions opérationnelles variées, parmi lesquelles l'information et l'éveil à la citoyenneté des jeunes. Dans le cadre de ses interventions lors de JDC (journées défense citoyenneté), il en rencontre de tous les horizons, pas mal bousculés quand, à rebours des habituels discours stigmatisants, il parle d'emblée de missions reposant sur « la confiance, la responsabilité, le service, le respect ». « On a une déontologie. Celui qui tutoie, qui se comporte mal avec un jeune n'a pas sa place dans la gendarmerie. Ce sont les magistrats qui jugent, pas nous. On n'a pas à pratiquer la double peine ». Et bien sûr, ça marche ! Alex évoque avec admiration sa dernière recrue, un jeune qui a connu nombre de galères, avant de passer un CAP d'horticulture et de trouver un travail de jardinier pour lequel il n'hésite pas à se lever à cinq heures du matin. Rachid lui a raconté simplement qu'il « aimait bien les gendarmes » ; chaque fois qu'ils ont contrôlé ses papiers, eux, l'ont toujours « respecté ». Aujourd'hui donc, il souhaite consacrer une part de son temps « à les aider, en se mettant au service de la population », dans le cadre de cette structure rigoureuse qui le sécurise et lui assure la reconnaissance qui lui a longtemps manqué. « Il m'a scotché ce mec, c'est typiquement pour lui que la réserve est faite ! »

 

Dans un coin de la salle, Caroline, Élodie et Axel, fraîchement passés par la JDC, bavardent avec deux gendarmes réservistes taillés en armoires à glace... laquelle glace, si on ose dire, est rompue depuis un bout de temps, à en juger par leurs éclats de rire. Les deux étudiantes et le jeune aide-comptable vont effectuer leur PMG et se posent la question d'une carrière dans la gendarmerie. Attirance de Caroline pour le terrain, les enquêtes... Souhait des trois de pouvoir accomplir « des tâches diversifiées, d'être utiles », interrogation d'Axel sur son aptitude à supporter la vie en caserne... En tout cas, ils l'affirment devant leurs massifs anges gardiens tout sourire, s'ils n'intègrent pas la gendarmerie, c'est sûr, ils seront réservistes !

 

Combien d'escadrons de gendarmerie sont-ils condamnés cette année ? On avance le chiffre de sept. Huit ont déjà été supprimés en 2010, sans que les gendarmes, il est vrai, ne s'autorisent de « grève de la faim » à fort impact émotionnel du côté du ministère de l'Intérieur. En attendant 2012, avec l'espoir d'une politique qui rende à l'idée de sécurité toute sa dimension de proximité, de dialogue et de maillage du territoire, les gendarmes continuent donc de cultiver discrètement leur différence et leur efficacité. « On a une belle arme, dit Alex. Qu'elle dure... »

 

(1) Sur ce sujet, lire notamment Gendarmerie : la contestation qui vient, par Erich Inciyan , 4 mars 2010.

 

Pour en savoir plus sur la réserve en gendarmerie :

http://www.gendarmerie.interieur.gouv.fr/fre/sites/Gendarmerie/A-votre-service/Reserve-gendarmerie/La-reserve-en-gendarmerie

 

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