Le FN fait un flop à Avallon


À Avallon, le FN essaie opiniâtrement d’allumer une querelle avec la modeste communauté musulmane. Mais jusqu’à maintenant, sans résultat.

Emplacement de la future mosquée, quartier de la Morlande, Avallon. © AD Emplacement de la future mosquée, quartier de la Morlande, Avallon. © AD


L’initiative d’Édouard Ferrand, président du groupe FN au conseil régional de Bourgogne, a fait long feu. Il avait prévu de tenir une conférence de presse ce samedi 7 janvier à 10 heures, au Bar Le Relax à Avallon, sur le thème « Avallon est en danger ! »


Seulement il avait négligé de prévenir le propriétaire du bar, qui, averti par la bande, a refusé catégoriquement de se prêter à l’opération. « D’autant, rapporte notre confrère Franck Morales, de L’Yonne républicaine, que lorsqu’il a demandé des explications à l’élu frontiste mercredi soir au téléphone, ce dernier a évoqué « une rencontre informelle ». « On nous met devant le fait accompli et en plus on nous ment. C’est dégueulasse ! »
 Comme cet homme, qui nous disait n’aspirer qu’à retrouver la paix et l’anonymat, après un pic de notoriété soudaine dont il se serait bien passé, Jean-Yves Caullet, le maire PS d’Avallon, est navré. Manifestement, pas grand monde n’a envie de s’épancher sur des sujets qui font l’objet d’un consensus, au risque d’attirer l’attention, à propos des projets de la petite cité, de personnes extérieures plus ou moins bien intentionnées.


Sujet de préoccupation numéro un de monsieur Ferrand : la vente par la ville d’un terrain en vue de l’édification d’une « mosquée » :

« La ville, explique Jean-Yves Caullet, a décidé de vendre ce terrain parce que les musulmans depuis plusieurs décennies, prient en toute discrétion et sans poser aucun problème, dans un demi sous-sol, au bas d’un immeuble. Ils souhaitent aménager un lieu plus confortable et fonctionnel. Le président de l’association qui porte ce projet est installé à Avallon depuis plus longtemps que moi ! C’est quelqu’un du cru… »
Tout cela se fait donc « tranquillement, progressivement, sans éclat ». Sauf que, pendant les cantonales, poursuit le maire, le FN a saisi ce cheval de bataille, et fait introduire un recours devant le tribunal administratif de Dijon, recours rejeté nettement le 14 décembre dernier. « On m’a accusé de violer la loi de 1905, de financer le culte musulman. Je n’ai violé personne, assure Jean-Yves Caullet, ironique, et surtout pas la loi de 1905 en « vendant » et non en « finançant » ce terrain de 1000 m2 à un prix supérieur à celui des domaines, et après une enquête publique ! »


Deuxième sujet de discorde potentielle : l’agencement d’un carré musulman dans le cimetière communal.


« On a aussi réservé ces vingt places dans le cimetière, poursuit le maire, à la demande, déjà ancienne, de jeunes dont les grands-parents âgés souhaitent être inhumés ici, où ils ont fait leur vie, près des leurs, qui pourront ainsi continuer à honorer leur tombe. » Pourquoi un carré spécifique ? Pour des raisons logistiques : le rite musulman ne prévoit pas de caveau. La juxtaposition de différents types de tombes pourrait conduire à des éboulements et il est donc plus pratique de ménager un endroit adapté à ce type de sépulture.


Enfin, Avallon, comme bien d’autres municipalités, a choisi de financer chaque année le transport des animaux destinés à la fête de l’Aïd, ce que dénonce Édouard Ferrand :

« La République est une et indivisible. Elle garantit le libre exercice des cultes mais interdit à quelque collectivité publique que ce soit d’assumer les dépenses relatives à l’exercice d’un culte. » Point sur lequel il a juridiquement raison, reconnaît-on à la mairie, qui justifie sa décision : cette mesure, permet d’encadrer l’acheminement des bêtes jusqu’à l’abattoir (la ville d’Avallon n’en possédant plus) en s’assurant de conditions sanitaires correctes. Coût de l’opération l’année dernière : 239,20 €.


Pour Jean-Yves Caullet et son équipe, la cause est entendue : nouvelle période électorale, nouvelle tentative du FN de faire parler de lui. Et il est un peu agacé, le maire, de cet écho, même assourdi, « parce qu’il ne se passe rien à Avallon, les choses suivent leur cours paisiblement, et c’est très bien comme ça. »


Jean Tribut, le curé de la paroisse d’Avallon ne dit pas autre chose : il estime que l’édification de la mosquée, par son caractère officiel et institutionnel, ne pourra que faciliter les relations entre communautés, en permettant par exemple une meilleure identification des interlocuteurs : « C’est toujours par l’ouverture, l’accueil, la compréhension, la connaissance de l’autre, qu’on fait reculer la violence qui résulte bien souvent de l’ignorance. Mais cela implique qu’un authentique dialogue soit préservé. »
S’appuyant sur les paroles du Concile à propos de la liberté religieuse comme droit fondamental de la personne, « je ne comprends pas, dit-il fermement, qu’on puisse s’opposer à une telle demande. La prière ouvre au Divin autant qu’à l’humain. »


Donc, apparemment « circulez, il n’y a rien à voir »… qu’un terrain nu le long d’un parking, sous les immeubles bien entretenus du quartier populaire de la Morlande. L’association maghrébine porteuse du projet peut maintenant rêver à la maison qu’elle va bâtir, en concertation avec la mairie. Elle évoque une salle de prière et une autre de thé, ouverte à tous, quelle que soit leur confession.
Mais la personne de l’association, plus spécifiquement chargée des contacts avec la presse, que nous devions pourtant rencontrer, reste injoignable.

Dernière illustration de l’adage qui semble prévaloir ici : « Pour vivre heureux, vivons cachés » ?

 

Ce texte figure dans une version plus détaillée sur le site de Dijonscope, dans son édition de ce jour.

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