Saint-Père en pays dogon

Le maître bronzier Ali Nikiema, reconnu et honoré au Burkina Faso, travaille et expose en toute modestie dans un petit village bourguignon.

Le maître bronzier Ali Nikiema, reconnu et honoré au Burkina Faso, travaille et expose en toute modestie dans un petit village bourguignon.

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Quelques feuilles légères, scotchées sur de rares vitrines de commerçants, signalent une exposition à Saint-Père-sous-Vézelay, commune rurale ceinte de vignes, que les gastronomes avertis associent plutôt à L’Espérance, le restaurant du chef étoilé Marc Meneau…


Un matin de septembre, alors que les vendanges commencent tout juste sur les coteaux voisins, on découvre dans l’ombre fraîche d’une salle voûtée du minuscule musée de Saint-Père, Ali Nikiema, grand monsieur affable, sacré chez lui « Artiste du peuple », entouré de ses deux fils, également « sculpteurs, fondeurs ».

Danse et voyage, tel est l’intitulé de l’exposition, qui résume la philosophie de l’artiste et sa perception de son continent, parcouru de migrations et de vibrations musicales, où le tragique côtoie continuellement la gaieté, et où la vie est finalement toujours plus forte que tout.
Silhouettes de bronze tout en envolées, graciles, presque filiformes, des femmes lèvent joyeusement vers le ciel leur bébé, ouvrent les bras avec confiance, tête en arrière, pour s’enivrer de danse. On pense à Giacometti qu’Ali révère… Un peu plus loin, sa sculpture se fait plus symbolique, raconte avec torsades et volutes l’itinérance et les rites du peuple dogon, la traversée du désert à dos d’âne, non sans humour parfois, comme avec ce Convoi dogon :

 

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Ali explique que fondre et travailler le bronze est une tradition ancestrale dans sa famille et plus largement dans son pays : « Quatre-vingt pour cent des gens de mon quartier s’adonnent à cette activité, de père en fils… » Lui, a eu la chance d’entrer en 1971 au Centre national d’artisanat d’art (CNAA) de Ouagadougou où son oncle était formateur. Il a effectué ensuite deux séjours en Italie, à l’école des arts de Pietra Centa, pour étudier la fonderie d'art et la sculpture sur marbre, où il a aussi appris à mêler tradition africaine et expression contemporaine.


Revenu chez lui, avec la passion de la transmission, il devient à son tour formateur au CNAA, et enchaîne les commandes, au Burkina, comme en Europe, où on lui doit des œuvres monumentales : à Ouagadougou, La Bataille du rail (1986) les bas-reliefs du grand marché (1987-1988) le Monument des sportifs africains (1998) Le Réveil (2004)… mais aussi une sculpture au parc de Skoulurd au Danemark (2003) ou une autre à Balaruc-les-Bains, en France (2005).
Car, dès 1984, il prend part aux manifestations du Village du bout du Monde, en Saône-et-Loire, patronnées par Carrefour du développement… dont on se souvient surtout comme affaire politico-financière, mais dont un effet collatéral fort sympathique est le débarquement de notre artiste en Bourgogne.


C’est à une amitié nouée à cette époque, avec la potière de Saint-Père, Sylvie Wlotkowsi, qu’il doit de venir ici tous les étés, depuis plus de vingt ans. Il y travaille et expose avec ses fils, Cheikh et Ahmed, qui ont reçu son talent et son enseignement en partage. Sa femme, Martine, peint sur la soie.


Ali utilise la technique traditionnelle de la « fonte à la cire perdue » et soucieux de l’environnement, a participé à la mise au point et à l'introduction au Burkina Faso d'un four à gaz pour la fonderie, à la fois économique et écologique.


À Ouagadougou, devenue destination très tendance avec le succès du festival de cinéma, il a monté sa propre école, Art et Nature. Il y reçoit des jeunes gens au talent brut, avides de parfaire leur technique, pour une longue formation ou occasionnellement, et aussi des artistes étrangers de plus en plus attirés par la réputation des bronziers burkinabés.


À Saint-Père, comme dans le sud de la France, Ali anime des stages, propose sur place des démonstrations de fonte du bronze. Quand il s’en retourne chez lui, il laisse ses œuvres chez Sylvie, la potière, et ses danseuses esquissent un pas entre deux coupelles craquelées de beau rouge, qu’on entend encore tintinnabuler après leur cuisson.

 

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Au détour d’une conversation, Ali dit doucement : « Quand on fait ce qu’on aime, on vit plus longtemps...»

 

 

Exposition au musée de Saint-Père, jusqu'au 20 septembre 2011 - http://www.alinikiema.africa-web.org

Oeuvres visibles ensuite à l'atelier de Sylvie Wlotkowski, 2 ruelle de l'église, 89450 Saint-Père - http://www.poterie-st-pere.com

 

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