Municipales : La gauche résiste à Auxerre

L’UMP, qui revendique Auxerre comme une des villes emblématiques à conquérir, pensait surfer sur la vague d’impopularité du gouvernement. Mais un sondage donne l’avantage au maire sortant. La campagne est relancée.

L’UMP, qui revendique Auxerre comme une des villes emblématiques à conquérir, pensait surfer sur la vague d’impopularité du gouvernement. Mais un sondage donne l’avantage au maire sortant. La campagne est relancée.


Bonne surprise pour les uns, coup de massue pour les autres ; selon l’enquête Ipsos/Steria réalisée pour France 3 Bourgogne le 12 mars dernier, (1) le maire sortant Guy Férez et sa liste de rassemblement Divers gauche arriveraient confortablement en tête au premier tour des municipales, avec 45 % des voix, contre 35 % à Guillaume Larrivé (UMP-UDI).
Le FN obtiendrait 10 % - ce qui laisserait envisager une triangulaire au second tour - le Front de gauche est crédité de 9 % et Lutte Ouvrière de 1 % des voix.
Dans tous les cas, la liste de Guy Ferez l’emporterait au second tour, plus nettement avec une triangulaire : 51 %, contre 40 % à la droite et 9 % au FN.
En cas de duel, on obtiendrait 53 % pour l’équipe sortante, contre 47 % pour la liste UMP-UDI.

De quoi faire grimper la tension du côté de Guillaume Larrivé, à une semaine du scrutin. Le « sarkoboy » député de l’Yonne et conseiller municipal à Auxerre, faute d’un projet réellement novateur et concret, tente de déplacer le débat sur le terrain national et concentre ses attaques sur le maire. Il ne perd pas une occasion de lui rappeler son soutien à François Hollande lors de l’élection présidentielle, bien que Guy Ferez exprime depuis longtemps sa déception devant l’action du gouvernement et qu’il ait d’ailleurs fédéré une liste élargie du PC au MoDem.
Guillaume Larrivé oublie au passage son propre soutien à Jean-François Copé, lors des primaires UMP. Amnésie opportune à l’heure des révélations sur la société Bygmalion, dont l’onde de choc s’est propagée jusqu’à la tête du club de foot auxerrois dans la tourmente, l’AJA, par le biais de son propriétaire Emmanuel Limido, sérieusement mis en cause dans l’enquête du Point. À propos de soutien, on notera que Guy Roux n’a pas reconduit celui qu’il avait apporté à Guillaume Larrivé pour les législatives.


De manière générale, il se dit que le député en fait un peu trop. Ses partisans arborent en tous lieux l’écharpe aux couleurs de leur champion… Le 9 mars, c’était jour de fête sur les quais de l’Yonne rénovés (2), et la consigne avait été donnée de laisser de côté la campagne afin que tous les Auxerrois puissent se retrouver sans arrière-pensée partisane. Guy Ferez, savourant le fruit de son travail, s’est fondu tranquillement dans la foule (quelque 10 000 personnes). Mais Guillaume Larrivé avait mobilisé et pavoisé une péniche et assurait le show. Une initiative diversement appréciée jusque parmi ses sympathisants.


« Parachuté » a fini par lâcher le maire à propos du député qui ne cache pas ses ambitions ministérielles et fréquente abondamment les plateaux de télévision parisiens. Ce dernier a aussitôt réagi dans une lettre à en-tête de l’Assemblée nationale, avec copie aux médias, dans laquelle il étale sa « blessure » (3).
S’il poursuit sur ce registre, c’est l’abstention… et le Front national qui pourraient en tirer quelque avantage supplémentaire, comme le montre le score prêté à sa tête de liste Julien Guibert, dont la campagne est pourtant « discrète », observent nos confrères d’Auxerre TV. Il faut dire que Julien Guibert prend la suite d’un Richard Jacob bien plus médiatique, conseiller municipal FN qui avait appelé à voter pour Guillaume Larrivé au deuxième tour des législatives. Il a été exclu depuis du parti avec qui il ne cesse de batailler, à coups de formules aussi pacifiques que : « Le lobby gay au Front national est une verrue qu’il faut absolument se débarrasser (sic) » ou encore « Marine fait connerie sur connerie ». (4)


Avec un certain succès, le conseiller sortant Alain Raymont, pour le Front de gauche, tente de maintenir un débat d’idées. Son score (9 % d’après Ipsos) pourrait lui permettre entre les deux tours de fructueuses discussions avec Guy Ferez, qu’il ne ménage pas, notamment sur la question de l’endettement de la ville et des choix budgétaires qui en résulteront, conséquence de ses importants travaux de rénovation.


Serein, Guy Ferez s’appuie sur son bilan, et s’attache à « accomplir [son] mandat de maire jusqu’au bout », refusant de se laisser entraîner dans une querelle nationale. On le comprend. À en croire le même sondage, 62 % des Auxerrois se disent satisfaits du travail accompli jusqu’à présent. Rapporté aux 45 % d’intentions de vote au premier tour, ce chiffre illustre tout le paradoxe de cette élection.

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(1) Sondage réalisé du 10 au 11 mars 2014 sur un échantillon représentatif de 604 personnes âgées de 18 ans et plus, inscrites sur les listes électorales à Auxerre, constitué selon la méthode des quotas.
http://bourgogne.france3.fr/2014/03/12/municipales-auxerre-le-maire-sortant-guy-ferez-est-donne-favori-431913.html

(2) Voir notre papier http://blogs.mediapart.fr/blog/anne-duvivier/241013/municipales-duel-feutre-auxerre, 23 octobre 2013.

(3) Guillaume Larrivé a en effet des attaches familiales à Auxerre.

(4) 28 février 2014, Auxerre TV. http://www.auxerretv.com/content/index.php?post/2014/02/28/Richard-Jacob-dénonce-le-Carré-Rose-au-FN

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