Jour de vote à Vézelay

Pour le deuxième tour de la primaire, la colline éternelle s’est offert un beau suspense.


 © JFLQ © JFLQ
Pour le deuxième tour de la primaire, la colline éternelle s’est offert un beau suspense.

Vézelay, dimanche, onze heures du matin.
 

Dehors, des familles se hâtent vers la basilique toute proche, dans une envolée de cloches dominicales.


Dedans, on prend son temps.

- « Aubry, c’est une femme… »
- Ouais, mais son soutien à Guérini me reste en travers de la gorge !
- Hum. Remarque, Hollande, on ne l’a pas beaucoup entendu non plus dans cette affaire… »


Devant le bel escalier XVIIe de la mairie, ces trois-là hésitent encore avant de déposer leur bulletin dans l’urne. Ils ont « voté Arnaud » par conviction et par défi dimanche dernier, mais aujourd’hui, on ne les sent pas portés par l’exaltation. Du coup, ils se rabattent sur la question essentielle : « Qui est à même de mieux battre Sarkozy ? »


 © AD © AD

 

Dans la salle des mariages, Gérard Delorme, Françoise Baudot, et Bernard Deschamps (1), du conseil municipal d’Avallon, ont repris du service au bureau de vote, comme dimanche dernier. Le défilé des électeurs a des petits airs potaches inhabituels, sous les lourdes tapisseries qui n’ont pas dû souvent voir tant de légèreté et d’insouciance un jour de scrutin. Un joyeux drille cherche fébrilement un « bulletin Sarko » et fait rire la file d’attente.


La semaine dernière, le canton rural de Vézelay qui compte quelque 4 000 électeurs a produit 205 votants : 76 pour François Hollande, 50 ex aequo pour Arnaud Montebourg et Martine Aubry, 18 pour Ségolène Royal, 7 pour Manuel Valls… aucun pour Jean-Michel Baylet… et 4 nuls…


Dix-sept heures


Un peu plus tard dans l’après-midi, le spectacle est dans le ciel : les oies sauvages viennent d’entamer leur migration vers le sud. Les mains en visière, la tête renversée dans le soleil, on contemple les minces triangles ondoyants, on s’inquiète déjà pour celle un peu à la traîne, dont on redoute qu’elle n’arrive pas au terme du voyage…


La nouvelle est parvenue jusqu’au bureau de vote, où on suppute gentiment sur l’arrivée imminente du froid.


Côté activité, ça ne marche pas terrible. À la même heure, curieusement, il y a moins de monde que dimanche dernier. 49 nouveaux électeurs, mais aussi 34 qui ne sont pas revenus voter pour le deuxième tour. On aimerait bien les voir débarquer et on s’interroge sur les raisons de cette désaffection…


Dix-huit heures trente-huit


Il manque encore 4 votants pour atteindre le même chiffre de participation que dimanche dernier. « Après ce ne sera que du bonus ! »


L’air fraîchit, le ciel rosit, on remet des pulls, on prédit qu’il va geler dès cette nuit. Du bout des doigts, on tapote son stylo avec un peu d’impatience sur le bord de la table.


Dix-huit heures quarante-cinq


Crissement de chaussures sur le parquet ciré… Un homme entre, carte d’identité à la main, suivi de sa femme. Une exclamation de soulagement les salue. Et voici que deux autres personnes surgissent… Accueil bruyant et chaleureux, explications, congratulations. Chassé-croisé dans un joyeux brouhaha vers les isoloirs. Ça y est ! On a pile les 205 de la semaine dernière.


Il reste dix minutes.


Dix-huit heures cinquante-sept


« Tu as quelle heure, toi ? »
On décide d’attendre le carillon officiel de la mairie pour clore le scrutin.


Silence autour de la table.


Les sept coups sonnent et leur écho résonne longtemps dans l’air pur du soir.


Dix-neuf heures trente


Sur le tapis de velours rouge les jeux sont faits. Les comptages ont commencé à la faible lumière de lampes un peu trop discrètes. La voix de Jocelyne égraine les noms des deux candidats dans un silence ponctué de froissements d’enveloppes. Le résultat s’annonce extrêmement serré.


Dix-neuf heures trente-neuf


Le maire de Vézelay, Claude Michon, se glisse discrètement dans la salle.


Sur la première centaine de bulletins dépouillés, François Hollande devance Martine Aubry de 6 voix.


On attaque la deuxième centaine. Une vague Hollande… Aubry rattrape… Un bulletin blanc, soigneusement découpé par un électeur soucieux de ne pas trancher… On se jette des coups d’œil inquiets par-dessus l’épaule.


On arrive à 103 pour Hollande, 93 pour Aubry.


Il reste cinq bulletins.


Résultats définitifs : 104 Hollande, 97 Aubry, 1 blanc, 3 nuls.


Claude Michon va pouvoir fermer sa mairie, qu’avec un joli fair-play il avait prêtée à ses concitoyens de gauche, « le petit café en prime », font remarquer ces derniers, touchés par la qualité d’un accueil loin d’être généralisé. Soucieux d’incarner « des valeurs sociales » au-delà des structures partisanes, le maire, à propos du scrutin d’aujourd’hui, dit simplement espérer « que le résultat soit assez net pour que le candidat désigné soit incontestable ».


Vingt heures


Le carillon de la mairie sonne une heure supplémentaire, tandis que Gérard Delorme signe le dernier PV.


Heureux du bon déroulement de la primaire, « ce bon exercice, moderne, bien préparé », il rend notamment hommage à tout le travail d’organisation réalisé en amont… Mais il aurait préféré la victoire de Martine Aubry et regrette « l’attitude d’Arnaud Montebourg entre les deux tours ».


Les résultats nationaux commencent à se préciser. Personne ne s’attarde.


Tiens finalement, quand on sort, il ne fait pas si froid que ça…
(1) Photo : de gauche à droite, Bernard Deschamps, conseiller municipal, Gérard Delorme et Françoise Baudot, adjoints au maire d'Avallon.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.