Hôpital d’Avallon, Urgence(s) !

Comme beaucoup de petits hôpitaux de province, celui d'Avallon est en cours de démantèlement. À la clé, quarante suppressions d'emploi et l'insécurité pour la population.

Comme beaucoup de petits hôpitaux de province, celui d'Avallon est en cours de démantèlement. À la clé, quarante suppressions d'emploi et l'insécurité pour la population.

 

 

Le samedi, c'est jour de marché à Avallon, sous-préfecture de l'Yonne. Un joli site qui surplombe la vallée du Cousin à laquelle on accède par des chemins bucoliques serpentant à travers des jardins en terrasses. Marché réputé qui attire la population avallonnaise et environnante, aussi bien que les Parisiens amateurs de flânerie et de produits estampillés « terroir », il s‘étale de la halle couverte aux rues et places voisines, quasiment jusqu'aux grilles de l'hôpital.

 

Ce samedi matin, 21 mai, c'est aussi jour de manifestation à l'hôpital. Sur les coups de dix heures, le personnel venu en nombre, des élus de tous bords, la poitrine barrée par leur écharpe tricolore et une petite foule animée, jeunes couples, enfants, personnes âgées, se mêlent sous les drapeaux, les ballons et les pancartes de la CGT.

 

De restructurations en restructurations imposées par l'ARS (Agence régionale de santé) l'hôpital a vu ses prérogatives se déliter dangereusement. Après la fermeture du service de réanimation, du laboratoire, de la maternité, c'est maintenant la fin du service de chirurgie qui est exigée pour le 1er juillet prochain, ainsi que la réduction de celui des urgences et une « mutualisation » des SMUR (services mobiles d'urgence et de réanimation) avec le GCS (groupement de coopération sanitaire) sud-Yonne et haut-nivernais. Mutualisation, terme pudique qui cache en fait la suppression quasi certaine d'au moins un des trois dispositifs du secteur, celui d'Avallon, de Clamecy ou de Tonnerre. La réorganisation du service de radiologie, quant à elle, reste programmée dans de nouveaux locaux, avec du matériel de pointe permettant de pratiquer IRM et scanners, mais avec suppression des deux postes de radiologues hospitaliers, au profit d'une « mutualisation » là aussi, avec des praticiens privés.

 

Francine, manipulatrice en radiologie et déléguée CGT explique : « Jusqu'à maintenant, les urgences fonctionnaient vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sept jours sur sept. Lorsqu'un médecin de garde partait avec le SMUR pour secourir un malade, il en restait toujours un autre pour accueillir ceux qui venaient directement à l'hôpital. Désormais, les urgences et la radio ne fonctionneront que de 8 h 30 à 18 h 30 et quand le médecin sera appelé ailleurs, il n'y aura pas d'urgentiste sur place. »

 

Dans le cortège qui chemine à travers le marché, une jeune maman couve des yeux une blondinette dont la frimousse disparaît sous un grand chapeau de soleil. Pour l'heure, la mini terreur dort paisiblement dans sa poussette, mais quand elle est réveillée... « Nous sommes spécialistes des urgences le dimanche à dix heures du soir », raconte la jeune femme, souriant bravement au souvenir des brûlures de la casse-cou, sans oublier l'épisode traumatisant du petit morceau de carotte avalé de travers et passé directement dans les poumons. « On a été drôlement contents de trouver un médecin radiologue et un pédiatre... »

 

À côté d'elle, un ambulancier peine à trouver les mots pour dire sa colère : « On intervient dans un rayon de trente kilomètres autour d'Avallon. Quand quelqu'un fait un infarctus, tout se joue à quelques minutes pour la prise en charge par l'hôpital. Alors quand on parle de supprimer deux SMUR dans le secteur... » Car si l'ARS décide que c'est le SMUR d'Auxerre qui interviendra désormais, les temps d'acheminement des secours par la route, dans l'Avallonnais, seront portés à une heure et demie.

 

Pour ce qui est de l'efficacité de la chirurgie à l'hôpital d'Avallon, Jean-Yves Caullet, le maire socialiste, en témoigne, levant avec précaution son bras en écharpe : « Je viens d'être opéré ici ! » Au micro, lui aussi martèle : « Nous n'avons rien contre le principe de mutualisation, mais quand une personne fait un infarctus à Lormes, ce qui compte c'est le temps qu'elle va mettre à trouver un médecin, pas l'organisation administrative. » Résolu à défendre la cause de l'hôpital auprès de l'ARS, il plaide pour une organisation concertée, « compatible avec la dureté des temps budgétaires » mais qui maintienne la qualité de soins de la population et sauve les emplois, pas seulement d'ailleurs les quarante directement concernés au 1er juillet : « Comment voulez-vous amener de nouvelles entreprises à s'implanter, des familles à s'installer si on leur dit qu'ici on ne peut pas se soigner ? »

 

Sur le passage des manifestants, devant les stands de cerises de l'Yonne, on se raconte « la dame qui a accouché dans sa voiture... pas eu le temps d'arriver à l'hôpital, depuis qu'ils ont supprimé la maternité d'Avallon et celle de Clamecy... » ; des personnes âgées soupirent « Maintenant tu auras tout le temps le temps de mourir... » et puis sous les drapeaux et le ciel bleu sans nuage, on en revient au sujet du jour : « Mais comment il fait Strauss-Kahn pour trouver tout cet argent ? »

 

Le soleil qui tape dur à présent sur la façade élégante, pur XVIIIe de l'hôpital, en fait cruellement ressortir les lézardes. Comme celles d'un système de santé à la française autrefois fameux et qu'on n'en finit pas de piétiner.

 

Au téléphone, samedi, on ne pouvait joindre la direction de l'hôpital : « Les administratifs ne sont pas présents le week-end ».

 

 

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