Max-Pol Fouchet, une certaine idée du journalisme

Le 1er mai prochain, Max-Pol Fouchet aurait eu cent ans… À Vézelay et dans les environs, ses amis rendent hommage à cette grande figure des médias. Sa conception exigeante de la « culture pour tous » reste un modèle autant qu’une urgente nécessité.

Vue depuis le bureau de Max-Pol Fouchet à Vézelay © AD Vue depuis le bureau de Max-Pol Fouchet à Vézelay © AD

Le 1er mai prochain, Max-Pol Fouchet aurait eu cent ans… À Vézelay et dans les environs, ses amis rendent hommage à cette grande figure des médias. Sa conception exigeante de la « culture pour tous » reste un modèle autant qu’une urgente nécessité.

 

Au premier étage de sa maison, au flanc de la colline de Vézelay, rien n’a bougé dans son bureau qui ouvre sur le paysage magnifique qu’il aimait. Moutonnement des toits, des vergers en fleurs, toutes les nuances de vert printanier des champs, des haies, des sentiers qui ourlent les vignes et se perdent plus haut dans les bois, deux serpentins brillants que forment les routes d’où parvient le bruit atténué d’un moteur pétaradant dans les virages.
C’est ici que Max-Pol Fouchet a fini ses jours, à l’été 1980 : Vézelay, paisible port d’attache de ce fils d’armateur, né en Normandie, baptisé – laïquement – au large de l’Angleterre sur un voilier nommé Liberté, boulingueur-né en quelque sorte.

Jeunesse à Alger, avec Camus pour condisciple, école française d’Athènes, il prend à l’automne 1939 la direction de la revue de poésie Fontaine* qui deviendra une publication ouvertement résistante, à laquelle collaborent Aragon, Éluard, Vercors… C’est après la guerre qu’il donne libre cours à sa passion des voyages. Il sillonne l’Europe, l’Amérique du Nord et du Sud, l’Afrique, l’Inde, l’Océanie, l’URSS.

À la clé une profusion de photos, de publications diverses – poèmes, récits de voyage, essais, romans, articles - et de documentaires, qui font aujourd’hui encore, l’objet de travaux universitaires et que Marianne, sa fille, s’emploie à partager avec un public plus large, au travers d’une association, les « Amis de Max-Pol Fouchet » qui organise des expositions, des conférences, des lectures et des rediffusions de ses films.

Ainsi peut-on découvrir un esthète, érudit, boulimique de connaissances et pédagogue fervent, abordant tous les domaines à la radio et à la télévision : littérature, archéologie, peinture, musique... avec la même jubilation et la même limpidité, réussissant là où tant d’autres échouent : une vulgarisation exigeante, respectueuse de son sujet comme de ses interlocuteurs, fondée, ainsi qu’il l’explique lui-même, non sur la « simplification » mais sur la « clarification » du discours.
C’est bien cet esprit qui l’anime dans ses émissions devenues références pour l’histoire de la télévision, parmi lesquelles Lectures pour tous, (créée avec Pierre Desgraupes et Pierre Dumayet en 1953) ou Terre des arts.

Jean Bertho a été le réalisateur de l’émission littéraire hebdomadaire Lectures pour tous, de 1965 à 1968, (date à laquelle l’ORTF y met fin, Max-Pol Fouchet s’étant rendu coupable de soutien résolu au mouvement de mai, après bien d’autres engagements dérangeants…)
Il se souvient :
« Que de livres il a dû faire vendre ! J’imagine toujours, dès le lendemain de l’émission, la ruée chez les libraires ! Quel homme de médias formidable… Jamais je ne l’ai senti inquiet avant ou pendant une émission. Pas une fois je ne l’ai vu commettre une erreur, devoir rectifier un propos. Il parlait pendant environ douze à treize minutes, sans note, comme à des amis, et presque toujours en direct. Son intervention clôturait l’émission, alors on pouvait parfois déborder. L’époque permettait ça aussi… » (1)

On se prend à rêver à une télévision qui confierait plus souvent notre temps de cerveau disponible à quelques dignes héritiers de ce passeur d’images et de savoir, allant puiser l’information de quelque nature qu’elle soit, à la source, aussi loin qu’elle se trouve, la recoupant, la confrontant, l’approfondissant, prenant pour la restituer, tout le temps qu’il faut et tout l’espace, avec une vraie générosité et un vrai bonheur du partage… sans assimiler la bienveillance à de la mièvrerie, ni penser que la vraie vulgarité relookée en fausse impertinence est une condition indispensable de la « critique ».

Un dernier trait concernant cet homme de conviction tout en affabilité et rondeur, épris de la révolution cubaine autant que de saint François d’Assise : selon son souhait, son cercueil est entré en la basilique de Vézelay, recouvert d’un drap rouge. Ultime et douce audace, qui ne manque pas de panache…

------------


Pour connaître le détail des manifestations liées au centenaire de la naissance de Max-Pol Fouchet, en Bourgogne et ailleurs, et plus largement pour se renseigner à son propos, on se reportera utilement au site très complet http://www.maxpolfouchet.com.
Il renvoie en particulier aux archives de l’INA qui proposent des extraits des émissions de radio ou de télévision citées plus haut.

* On peut lire à ce sujet le remarquable ouvrage de François Vignale, La revue Fontaine - Poésie, Résistance, engagement, Alger 1938-Paris 1947 - 
Préface de Jean-Yves Mollier. Presses Universitaires de Rennes - Collection Histoire.

(1) En 2007. Entretien à retrouver sur le site.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.