L’ombre de Clavel

La Gauche malgré elle…



La Gauche malgré elle…



Petit jour blafard sur la colline de Vézelay. Ciel bas, tas de feuilles trempées, maigres guirlandes tendues entre les façades, ballottées par le vent. À l’image de la fin d’année, tout aussi maussade, et des vœux désabusés qui dégringolent depuis ce matin sur la messagerie, signalés par le son dit « submarine » du Mac, qui fait penser qu’on est en effet en train de toucher le fond.


Il y a presque quarante ans déjà, le philosophe au verbe tonitruant Maurice Clavel parcourait à grandes enjambées cette colline, où il retrouvait sa chère basilique, ses amis écrivains et journalistes, Jules Roy, Max-Pol Fouchet… On se souvient notamment de son livre magnifique Les paroissiens de Palente retraçant, avec quel souffle, l’épopée des Lip en 1973.


Clavel manque. On l’imagine sans peine aujourd’hui aux côtés « des Florange », ou réclamant trois tons plus haut encore que Cécile Duflot la solidarité de l’Église avec les mal-logés…
Mais que dirait-il de ce gouvernement qui ne cesse de piétiner la petite espérance que l’éviction de Nicolas Sarkozy - à défaut de l’élection de François Hollande - avait suscitée ; de renier ses engagements, de se prendre les pieds dans le tapis, d’étaler de tristes querelles d’egos, de tristes modèles d’arrivisme, qui n’ont pas grand chose à envier à la guéguerre des chefs à l’UMP.


Dans un petit livre dense, révolté, jubilatoire et prophétique, Dieu est Dieu, nom de Dieu, Clavel écrivait en 1975, porté par le souffle de Péguy, ces lignes parfaitement ajustées à notre situation  : « La Gauche me dégoûte. Je suis dégoûté par la Gauche. Il y a en moi, un vaste, un gigantesque dégoût venu de la Gauche. Et maintenant, je sais, je sais presque pourquoi. Le fin mot de l’affaire, c’est que je dois être de Gauche. Et que la Gauche c’est pour moi la vérité. Dire la vérité. En appeler à la vérité. Prêter au peuple le sens de la vérité. Vous comprenez, que la Droite mente, c’est son rôle, c’est son métier, c’est son job. Je m’en fous. Ça ne me fait plus ni chaud ni froid. Elle est là pour ça. Elle n’a jamais pu vivre que comme ça. Mais que la Gauche mente et la terre chavire !... »

Ce soir, on sera tenté d’écouter le Président normal nous parler d’avenir, avec tout l’entrain de ce condamné à mort, qui, montant à l’échafaud un lundi matin eut l’élégance, paraît-il, de prononcer ces ultimes paroles : « Voilà une semaine qui commence bien mal ».

Et puis on pourra se laisser bousculer une fois encore par le grand Clavel : « N’attendez de rechange que de votre recherche, paresseux gens de gauche » !

Nul doute que notre journal et ses contributeurs continueront, au fil des mois prochains, d’offrir un terreau fertile à cette recherche.

Alors… Bonne année Médiapartiens !


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