Sur la plage
Je courrais le feu au pied vers la mer
La grande, la bleue, hypnotisante mer
Toujours présente, toujours dominante
Monstre et maternelle
Je me battais, insensée avec elle
Digues et châteaux contre vagues déferlantes
Digues et châteaux toujours recommencés
Car enfant ont tiens la force des reconstructions
Et le gout des combats pour le combat même
Toujours recommencer jusqu'au soir
toujours inventer des architectures naïvement indestructibles
avaler encore et encore
par des crocs turquoises
La nuit j'entendais la mer victorieuse chanter
En m'endormant, épuisée.
Sur la plage
Sous le soleil, plein soleil qui dévorait nos cheveux
Il fallait être belle
Toute à la gloire de l'été
Nos printemps amoureux
Rentrer le ventre
Trouver l'âme sœur
Pour partager l'ombre des pins
Sur la plage, fallait être belle
Sur la plage
Voir l'écume jouer avec les enfants
Qui ne sont pas miens
Et donc je les regarde pareils
Sur la plage
Les vagues aux rythmes indolents
Aux rythmes sauvages
A compter
Les points gagnés
Les points perdus
Voir l'horizon
Et jeter tout au loin
Tant l'infini est loin, au bout du compte
Sentir le l'odeur du sel marin
Sentir mêler aux algues la vie même,
Etre en vie.
Etre en vie
Voir devant la plage
Assises
Seuls, en couples, en groupes
Ces dames,
Ces hommes,
En chapeau et chemisiers,
regarder la plage.
Enfin comprendre
Le regard
Le regard du temps
La patience contre l'éternel
Mes futurs cheveux blancs
Sous les mouettes furieuses
Non ! tous mes combats ne seront pas perdus
Oui ! je serais une vieille guerrière
Puisqu'il faut se faire des promesses
Comme ces cadeaux de noël fait à soi-même
Anne, que veux-tu ?
Cris et furies sous des ciels de tempêtes
Ciels des gris plombés sur un sable d'argent
Dans cette encre Prusse que j'aime tant
Encore quelques guerres naïvement menées
Quand à cette tache sur la clé
Ma sœur
Je la garde jalousement.
Oui
Lorsque le temps appartiendra au recul
Etre assise sur le banc
Etre assise
Au milieu du monde en vacances
et
enfin
Voir les vagues
Mourir
Sur la plage.