La maladie des choses
J’achète objets
de plastiques et de plâtres
Criant, criard, braillant, couinant
Toujours à clefs
Ou
Se secouant vertigineusement
Sûr,
c’est ma propre clef que je cherche
Je tape dans l’enfance
Au rayon Bazard
Au niveau pêche à la ligne
Lorsqu’on c’est promis
de ne jamais perdre.
Petites figurines
au fond des poches
pour avancer
automatiquement
sur le trottoir des villes
avec cette mouette
qui se moque à la commande
Je refais mon monde
(même si j’ai honte
de cet éternel « made in Taïwan »)
Je retape le monde
avec du plâtre peint
des anges à luth
et puis quelques cigales de même espèce.
C’est assez horrible, sans doute,
mais ce secoure des choses l’est également.
Alors pourquoi cacher
par « un bon gout »
l’évidence de ces béquilles ?
Fluos ou à paillettes
qu’importe
au contraire
comme ce petit soldat de plomb
qui aimait sa ballerine de papier
je cultive mon monde technicolor et maladroit.
Le cadeau bonux
Le gadget pif
Les points totals
Je suis née dans un univers
de cadeaux
naïfs et ignobles a la fois
Mais l’ignoble
courre partout
pendant que frénétiquement
Je compte mes jouets.
Je suis une adulte
qui demande à l’enfant
de le porter.
J’ai choppé la maladie des choses
avec la varicelle.
C’est mon berceau que je reconstruis
avec ma maison de poupée
jusqu’au jour où je serais grande.
Mais de cela j’ai un peu peur
de ne pas aimer.