Ce matin, je dois écrire
Un besoin impérieux
D’une démangeaison ultime
Comme ce besoin de boire
Qui me revient
La douleur
L’alcool
La sensibilité
La peau
Les mots
L’alcoolique est il l’homme ou la femme
Dont le soleil
A brulé la peau jusqu'à l’os ?
Jusqu’au cœur ?
Je confierais encore
Au médecin de mon corps
Et de mon cœur
Des mots égarés
De femme en manque
Mais continuons
Au final
C’est toujours le thème de l’égarement
Qui me retient
Au fond, sans avoir fait le tour de mes cartes incognitos
Aurais-je une boussole ?
Un instinct ?
Comme ces oiseaux qui traversent le ciel
A la poursuite de l’été
Une boussole
Non
Du nord ou du sud
La belle affaire !
Mais de l’obscur, qui engloutit
Mais de la lumière, qui révèle
L’humain
Commençons un conte qui sera long
Des souvenirs qui remontent
Comme de mornes mines marines
Des abysses de quelque chose
Qui ressemble à l’âme
Comment parler de l’âme,
Sans ce mot ?
Je n’en connais pas d’autre
Pour ce profond intérieur
Fait de pensées et de sang
D’enfance et de larmes
Toujours on revient
Au mal à l’âme
Âme
Il n’y a pas d’autres mots
Pour te designer
Et tant pour le sexe de l’homme
Faut croire
En un manque de sérieux
Ou à cette réussite des bringues
De noyer l’âme
Au fond des draps
Et raconter
Quand les mots ne sortent que par saccades
Comme l’air
Apres un marathon
Marathon
Pour qui ne conduit pas
La banlieue est un petit marathon vert
Qui bombe dans les boulevards en cote
Fais valser les grands-mères mal accrochées
Au premier virage venu
Les bus ont réinventé le jeu du cocotier
Le bus est une formidable immersion
Au cœur des villes
Quand je manque de pinceaux
Je vais chez mon marchand de couleurs
Champigny
C’est le 110
Quand je vais acheter des maquereaux
Je vais au marché de Nogent sur Marne
C’est le 120
Parfois je vais au marché de Villiers sur Marne
C’est le 306
L’été, je vais au festival de musique du parc floral
Vincennes
C’est le 210
Vendredi dernier
Je suis allée à Champigny
Une femme en caddie monte dans le bus
Puis une autre
C’est un bus de femmes, foulards sur la tête
Des africaines en boubou
Des enfants dans les bras
C’est jour de marché
Et nous nous entassons
Le porte-monnaie plein de monnaies
Des amies entre elles
La mère et la fille
Déluges de paroles
Le monde se balade en navigo
C’est une évidence
C’est la vie
Les tatouages berbères
Se mêlent aux tatouages héros de manga
Des plus jeunes
Samedi
Je vais au marché
A Nogent
L’instinct de l’oie
Et de la petite bourgeoise que je suis parfois
Je vais dans mes contrées
De Bry sur Marne à Nogent
La départementale traverse des boulevards de pavillons
Ou d’immeubles « standing »
Oui
Ce ne sont plus les mêmes rues
Ce n’est même plus la même poussière
Et dans mon sang d’enfant gâtée
Pas même, le même regard
Je commande aux vendeurs
Dans un choix de petites crevettes grises
Je commande des petites dodues
Laissant de coté la crevette française présentée
Un peu petiote, tout en pattes et en antennes
Cette voix a coté de moi
Oui,
Mais elle est française !
Débat de nationalité
Serais-je déchue de nationalité
Pour épluchage de crevettes immigrées ?
Pour noyer la crevette
Je choisis
Un muscadet chez Nicolas
Je refuse gentiment la carte du magasin
Connaissant le bagou du gérant
Je précise, juste, que j’ai quelques raisons
Cette voix a coté de moi
Elle est contre l’alcool !
Débat de nationalité
Serais-je déchue de nationalité
Pour le refus d’un abonnement chez un marchand de pinard ?
Nogent est à bloc dans la résistance aux méchants
C’est normal
Ils ont payé très cher le droit de vivre entre eux
Laissant
Les autres gens
Dans d’autres endroits
Ils sont à fond dans leurs petites guerres
Enfin
Ils croient défendre la France
Ce qu’ils ont toujours tu
Est proclamé sur les toits
Et les toits, même au soleil, deviennent obscurs
Cet obscur objet du désir
La securit é du matelas !
Là-bas
Les bus roulent
Transbahutent les mêmes gens enfermés dans les mêmes villes
Nul besoin de murs
L’argent a fait le taf
Je vous le dis
Les maisons de briques
Ces vieux hlm
oui
Ce n’est pas la même poussière
Le même regard
Chers politiques
Vous avez réveillé cette idée du bon français
Qui berce les cœurs
Dans une nostalgie vaguement glauque
Pendant ce temps
Les femmes courent avec leurs caddies
Avec leurs enfants
A l’essentiel
Le repas et l’école
Manger
S’éduquer
Nous en sommes tous là
La géographie
Pour assouvir cette nécessité vitale
Qui soutient les nations
Dire
Que cela est le combat
Au jour le jour
De ces hommes et ces femmes
De ces villes là-bas….