annulation de la visite d'Olivier Véran à l'hôpital psychiatrique

 

Thouars : annulation de la visite d'Olivier Véran à l'hôpital psychiatrique, les syndicats désabusés

Olivier Véran, ministre de la Santé, devait se rendre ce vendredi 12 février à Thouars. Il a dû écourter sa visite, se rendant seulement auprès des proches de l'infirmière psychiatrique tuée il y a un an. Les syndicats qui attendaient un échange avec lui sont désabusés. 

 

Il reste un peu de neige

Une neige mal peignée

Sur le rebord des trottoirs

 

Là-bas

Ils émergent de leurs nuits

Les cheveux encore mal peignés

Les idées trainant sur le rebord de leurs rêves

L’absurde floconnant dans leurs têtes

Des humeurs incertaines

Des comportements mal ajustés

Des mots dans leurs êtres

Des morts dans leurs chagrins

Doucement la clinique s’éveille

Par jour de chance le soleil caresse les murs

Les oiseaux chantent à l’abri des lierres

Par jour de chance

Il n’y aura pas de cris

Il n’y aura pas de larmes

 

Entre les chambres

Se distribuent les médocs

Se prennent les tensions

L’heure de l’infirmière stagiaire

L’heure de l’aide-soignante

L’heure de l’infirmière en chef

L’heure du médecin

Comme une boite automate

La vie est réglée par une clé inoxydable

Comme celles au combien précieuses

Des cafés solubles

Le nescafé, l’eau chauffée du robinet, circule

Tel le maté des indigènes

On trempe ses lèvres

On attaque la première cigarette

On a le temps devant soi

Il va falloir l’occuper

Il va falloir l’habiter

 

 

Dans les couloirs donc

Se distribuent les premiers médicaments

S’exprime l’angoisse des nuits passées

Développe la peur des jours à venir

Le vide cogne dans les têtes

Les mains tremblent un peu

On prend une douche

Ou l’on se recouche

La lenteur hante les lieux

Les pas des professionnels traversent nos déserts

Ils tranchent dans nos peines

Chirurgiens de nos fantômes

 

Les couloirs raisonnent

Et puis les couloirs sont vides

Respirer

Respirer, écouter ce premier conseil, respirer à fond

Pour ne pas aspirer le néant, la nausée des couloirs

 

On a bien quelques antalgiques de l’âme

Mais c’est un tsunami d’absence qui désastre l’hôpital

Cet hôpital aux patients sensibles, à l’instinct des chevaux sauvages

Ce lieu de résistance pour les pieds bot de l’existence

Là-bas les pluies lavent les allées, les eaux entourent

Le delta de nos incertitudes

Là-bas on ressent sans parole

 

Alors c’est facile

D’ignorer

De déshabiller jusqu’à l’os

Ce lieu d’asile des gens fragiles

Ce petit puzzle d’humanité

Alors c’est facile

D’annuler des rendez vous

Contre un projet plus fun

Plus populaire

Alors c’est facile même pour un ministre de la santé

De faire une impasse

Des impasses

De visites et d’écoutes

Des fonds, de moyens

Ministre des solidarités

D’offrir aux déclassés

Des soins d’exclus

Savoir

Qu’un cerveau de pauvre sera toujours un cerveau de pauvre

Accepter

Encourager

Diviser, chose incroyable

Diviser la folie

La peine des pauvres

La peine des riches

Et la psychiatrie ressemble à un transatlantique dans la nuit

Tassant mais divisant

Entre ses écoutilles, au gré des réservations

Les premières classes des dernières classes

 

 

 

 

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